La voiture électrique va monter dans les tours

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* Le Soir Bruxelles, Le Soir Wallonie
Les constructeurs européens doivent vendre un million de voitures électriques en 2020.

Michel De Muelenaere

D’ici deux ans, l’offre de véhicules électriques sera « plus abordable, fiable et aboutie ». C’est la conviction de l’organisation Transport & Environment, qui publie ce lundi une étude sur la manière dont les constructeurs automobiles peuvent respecter les nouvelles normes européennes pour les émissions des voitures. Pour éviter les amendes dont ils seront redevables en cas de non-respect des normes, les constructeurs devront vendre environ 5 % de véhicules électriques en 2020 et 10 % en 2021, a calculé T&E. Ils n’en étaient encore qu’à 2,9 % en juin 2019. Cela signifierait un million de voitures électriques vendues en 2020, moitié full électrique, moitié hybride.

En 2021, les émissions moyennes des voitures devront être de 95 grammes de CO 2 au kilomètre, selon la loi européenne qui comporte de nombreuses « flexibilités » âprement négociées par les industriels. Actuellement, la moyenne est de 120,4 g/km, selon les derniers chiffres de l’Agence européenne pour l’environnement. Il y a plusieurs manières d’arriver à l’objectif de 95 grammes. Les constructeurs peuvent améliorer les performances de leurs moteurs thermiques et réduire les ventes des véhicules les plus émetteurs de CO 2 en valorisant une gamme de véhicules plus légers et plus performants. Mais le plus efficace et le plus économique, affirme T&E, sera d’augmenter considérablement les ventes de voitures zéro ou très basses émissions – full électriques ou hybrides rechargeables. Cela demandera de tenir les promesses de la production, mais aussi des prix attractifs et des politiques de marketing plus ambitieuses.

Message entendu ? A l’occasion du Salon de l’auto de Francfort qui s’ouvre mardi à la presse, de nombreux constructeurs devraient présenter de nouveaux modèles de voiture électrique. Parmi eux, la très attendue Volkswagen ID.3 et, dans un autre registre, la Porsche Taycan. En 2021, prédisent les études de marché, les constructeurs européens devraient proposer pas moins de 214 modèles électriques, contre 60 en 2018 ; plus qu’un triplement de l’offre. Ce sont Volkswagen (41 modèles attendus), PSA (23) et Mercedes (21) qui mèneront le bal. Cette ambition est soulignée par les 145 milliards d’euros qui seront investis d’ici à 2023 dans 16 usines de production de batteries lithium-ion. Et l’effort ne pourra pas s’arrêter. Les normes d’émissions pour 2025 et pour 2030 seront encore plus strictes : elles seront réduites de 15 % et de 37,5 % par rapport à 2021.

Une bonne chose, selon Transport & Environment pour qui les Etats doivent jouer leur rôle afin d’encourager la progression de la voiture électrique. La fiscalité est notamment un outil majeur. On connaît l’exemple de la Norvège qui a supprimé la TVA sur la vente de voitures électriques et leur accorde une série d’avantages (dispense de péage urbain, utilisation des bandes bus, certains stationnements gratuits…). Près d’une voiture vendue sur deux est électrique – 31 % full électrique – en 2018. Les Pays-Bas et la Suède ont aussi mis en place des incitants : ils atteignent des parts de marché de 6,8 et 8, % respectivement. En Belgique, les voitures électriques représentaient 0,2 % du parc automobile en 2018 (10.774 voitures) ; les hybrides 1,6 % (92.514), selon les chiffres de la Febiac, la fédération des constructeurs.

« Les gouvernements doivent adapter leur fiscalité mais aussi électrifier les véhicules des entreprises et les taxis, favoriser ceux qui achètent des véhicules propres et sanctionner les gouffres à carburant, étendre les points de recharge sur les routes, dans les entreprises et à domicile. » Récemment, l’association européenne des constructeurs automobiles (Acea) et l’ONG ont lancé un appel aux gouvernements afin qu’ils favorisent l’installation de bornes de recharge pour les véhicules électriques. Selon l’Acea, l’Europe aurait besoin de 1,2 million de points de recharge publics en 2025, contre 175.000 aujour d’hui .

Du côté des industriels, il faudra cependant se poser la question des modèles qui seront produits et mis en avant, poursuit le rapport de Transport & Environment. Contrairement aux idées reçues et à certaines affirmations entendues dans le secteur, c’est bien le boom enregistré dans les ventes de SUV – plus puissants, plus lourds et moins aérodynamiques – qui a engendré une dégradation des performances environnementales du parc automobile, selon l’ONG. Au niveau européen, 5,3 millions de SUV et crossover ont été vendus en 2018. La part de marché des SUV qui était de 7 % en 2009 est passée à 36 % en 2018 et devrait atteindre 40 % en 2021. Cet accroissement a entraîné une augmentation de 2,6 grammes de CO 2 émis au kilomètre parcouru, « soit 10 fois plus que l’augmentation de 0,25 gramme de CO 2 attribué au déclin des ventes de véhicules diesel ». Un SUV émet 15 % de CO 2 en plus qu’une voiture conventionnelle équivalente, dit T&E. Et c’est sans parler de la place supplémentaire qu’occupent ces voitures plus grosses sur la voirie et des matériaux nécessaires pour leur fabrication.

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