Renault renforce son engagement en faveur des véhicules électriques ‘ Made in France ’ avec un investissement supplémentaire de 13 milliards d'euros

Renault renforce son ancrage industriel en France. Dans une interview accordée à France Inter, le PDG François Provost a déclaré que le groupe comptait investir plus de 10 milliards d'euros en France au cours des cinq prochaines années, principalement dans la mobilité électrique et dans des voitures plus abordables.

Renault avait déjà chiffré plus précisément cet engagement en juillet, lorsque M. Provost avait déclaré que le groupe investirait 13 milliards d'euros supplémentaires dans le cadre de la stratégie « futuREady », à condition que les conditions nécessaires soient réunies.

Cela fait suite à environ 13 milliards d'euros déjà investis dans le pays depuis 2021, ce qui pourrait porter le total des investissements industriels et technologiques de Renault en France à environ 26 milliards d'euros sur une décennie.

Ces fonds visent à renforcer ce que le groupe présente de plus en plus comme un écosystème de véhicules électriques fortement ancré au niveau local, couvrant les voitures, les moteurs électriques, les batteries, l'ingénierie et les fournisseurs.

Ce nouvel investissement n'est pas inconditionnel. Renault souligne qu'il dépend du maintien d'un environnement économique, social et politique suffisamment compétitif en France. Néanmoins, M. Provost prévoit que la production automobile française augmentera d'au moins 25% cette année, pour passer d'environ 500 000 véhicules en 2025.

Écosystème électrique français

Contrairement à un investissement axé sur une seule nouvelle usine, la stratégie de Renault couvre une grande partie de la chaîne de valeur des véhicules électriques. Son pôle ElectriCity, situé dans le nord de la France, regroupe les sites de Douai, Maubeuge et Ruitz, tandis que l'usine de Cléon produit des moteurs électriques. La production et le développement des batteries sont également de plus en plus localisés en France.

Depuis 2010, le groupe Renault a produit plus d'un million de véhicules électriques en France, dont environ 600 000 chez ElectriCity. Renault emploie environ 39 000 personnes dans le pays et estime que 35 000 emplois supplémentaires dépendent indirectement de sa chaîne d'approvisionnement française.

L'entreprise conserve également environ 60% de ses activités de recherche et développement en France. Renault précise que 69% de la valeur ajoutée générée par la Renault 5 est produite dans le pays. D'ici 2030, le dernier programme d'investissement devrait permettre le lancement de neuf modèles supplémentaires pour les marques du groupe Renault et de quatre pour les constructeurs partenaires.

La Renault 4 est fabriquée à Maubeuge, autre pilier du pôle de production « ElectriCity » de Renault, situé près de la frontière belge /Renault

La Renault 5 est devenue l'un des symboles les plus marquants de cette stratégie. Elle est produite à Douai, aux côtés de la Mégane E-Tech, de la Scénic E-Tech, de l'Alpine A290 et des modèles électriques destinés à Nissan et Mitsubishi. Non loin de là, à Maubeuge, sont fabriquées la Renault 4 et le Kangoo.

Une situation différente en Allemagne

L'expansion de la production française de véhicules électriques de Renault contraste avec la situation en Allemagne, où les constructeurs investissent eux aussi massivement dans l'électrification tout en réduisant leurs coûts, leurs capacités de production et leurs structures organisationnelles.

À elle seule, Volkswagen prévoit de supprimer plus de 35 000 emplois dans ses activités allemandes d'ici 2030, tandis que le groupe Volkswagen dans son ensemble vise une réduction d'environ 50 000 emplois au sein de VW, Audi, Porsche et Cariad.

Parallèlement, un nouveau conflit social touche désormais environ 100 000 salariés de Volkswagen, après que l'entreprise a mis fin à plusieurs accords salariaux en vigueur depuis longtemps.

BMW, bien que disposant d'une situation financière plus solide, a également lancé un nouveau programme d'amélioration de l'efficacité et souhaite simplifier son organisation tout en poursuivant le déploiement de la gamme de voitures électriques « Neue Klasse ».

Il ne faut pas exagérer ce contraste. Les constructeurs allemands continuent d’investir des milliards dans les véhicules électriques, les batteries, les usines et les logiciels. Mais ils financent cette transition tout en réduisant parallèlement une structure industrielle historique bien plus vaste et coûteuse.

La Chine constitue un autre point de divergence majeur. Volkswagen, BMW, Mercedes-Benz et Porsche y ont développé des activités importantes et réalisé des bénéfices considérables. Mais elles sont désormais confrontées à des concurrents chinois qui gagnent rapidement en puissance sur ce qui était autrefois l’un de leurs principaux marchés de croissance. Renault s’est largement retiré du marché chinois des voitures particulières grand public il y a plusieurs années.

Ce qui semblait auparavant être une faiblesse fait désormais que Renault est nettement moins exposé à l'érosion de la position des marques européennes en Chine. Sa stratégie se concentre désormais davantage sur les voitures européennes des segments B et C, notamment sur des véhicules électriques relativement abordables tels que les Renault 4 et 5.

Le Benelux prend de plus en plus d'importance

Pour la Belgique et les Pays-Bas, l'investissement français de Renault est loin d'être une simple question de politique industrielle abstraite. Le nord de la France est en effet devenu le centre de production des véhicules électriques de Renault pour le Benelux.

Une grande partie des voitures électriques produites à Douai et à Maubeuge est directement destinée aux marchés européens voisins, la Belgique et les Pays-Bas figurant parmi les marchés automobiles les plus électrifiés d'Europe.

En Belgique, les voitures entièrement électriques ont représenté une part record de 50,91 TP3T des nouvelles immatriculations en septembre et de 39,11 TP3T au cours des neuf premiers mois de 2026. Même parmi les particuliers, leur part a dépassé les 201 TP3T pour la première fois.

Les Pays-Bas affichent une tendance similaire. Les véhicules électriques à batterie (BEV) ont représenté 41,21 TP3T du marché au cours des trois premiers trimestres. Renault était la quatrième marque du pays en septembre, avec 2 490 immatriculations, tandis que la Renault 5, fabriquée en France, occupait la cinquième place parmi les modèles électriques les plus immatriculés, avec 594 unités.

Région d'exportation particulièrement importante

Le Benelux constitue donc une région d'exportation particulièrement importante pour les usines françaises de Renault. Les voitures construites à seulement quelques centaines de kilomètres de Bruxelles, d'Anvers ou de Rotterdam sont commercialisées sur des marchés où les véhicules électriques sont déjà en train de se généraliser, plutôt que de rester un marché de niche.

Renault n'est pas épargné par les difficultés générales auxquelles est confrontée l'industrie automobile européenne. La concurrence chinoise s'intensifie, les coûts de production restent élevés et la rentabilité des véhicules électriques est toujours sous pression. Mais le groupe opère un choix industriel clair.

Plutôt que de vider de sa substance son tissu industriel français, Renault mise 13 milliards d'euros supplémentaires sur le fait qu'une partie importante de la chaîne de valeur de la voiture électrique puisse rester en France, soutenue par des marchés voisins où les véhicules électriques sont très présents, tels que la Belgique et les Pays-Bas.

Le succès de ce pari dépendra de la capacité de Renault à maintenir des prix abordables pour ses modèles fabriqués en France, tels que les Renault 4 et 5, tout en s'appuyant sur des véhicules comme la nouvelle Twingo E-Tech pour démocratiser davantage la mobilité électrique sur le marché européen.

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