De la copie à l'innovation : la révolution automobile chinoise

Pendant des décennies, les constructeurs automobiles chinois ont appris à fabriquer des voitures auprès des constructeurs européens, japonais et américains. Aujourd’hui, cette relation s’inverse de plus en plus, les constructeurs européens se tournant vers la Chine pour s’approvisionner en batteries, en composants électroniques et en logiciels.

Lors de son congrès annuel à Suzhou, la Société chinoise des ingénieurs automobiles (China-SAE) a dévoilé dix avancées technologiques qui devraient franchir des étapes importantes en 2027.

Des batteries à plus grande autonomie aux voitures qui alimentent le réseau électrique, ces prévisions donnent un aperçu de ce que les automobilistes pourraient découvrir dans les années à venir. Mais dans quelle mesure ces technologies sont-elles révolutionnaires, et la Chine est-elle vraiment à l'avant-garde dans ce domaine ?

Certaines innovations sont sur le point d'entrer en production, tandis que d'autres en sont encore au stade expérimental.

1. Batteries à électrolyte solide : La Chine prévoit que des cellules d'une capacité de 400 Wh/kg entreront en production pilote en 2027, offrant environ 50% d'énergie en plus par kilogramme que les batteries lithium-ion haute performance conventionnelles actuelles.

Mais la course est mondiale. Mercedes-Benz a déjà parcouru 1 205 km sans recharge avec un modèle expérimental EQS à batterie à semi-conducteurs, équipé de cellules développées aux États-Unis.

BMW teste actuellement une technologie similaire, tandis que le constructeur japonais Toyota vise une commercialisation en 2027-2028 et que la société sud-coréenne Samsung SDI prévoit de lancer la production à partir de fin 2027. Le véritable défi consistera à produire ces batteries à un coût abordable et en quantités suffisantes pour équiper les voitures grand public.

2. Nouvelles puces informatiques : Les voitures modernes intègrent des dizaines de modules de commande électroniques qui gèrent tout, des vitres électriques au système de freinage. La Chine prévoit de produire en série des puces essentielles à la sécurité basées sur RISC-V, une architecture de processeur ouverte initialement développée aux États-Unis.

Cela permet aux fabricants chinois de concevoir des processeurs sans avoir à verser de redevances sur le jeu d'instructions sous-jacent, ce qui pourrait réduire les coûts et diminuer la dépendance vis-à-vis des technologies étrangères.

3. Un contrôle plus intelligent du véhicule : Des systèmes informatiques intégrés assurent de plus en plus la coordination de la direction, du freinage, de la suspension et de l'accélération, améliorant ainsi la tenue de route en virage, l'adhérence et la stabilité.

La nouvelle iX3 de BMW utilise déjà son ordinateur ‘ Heart of Joy ’, tandis que BYD propose la technologie de contrôle de la carrosserie DiSus. Le fournisseur allemand Bosch a développé des systèmes intégrés similaires. La Chine s'attend à une adoption plus large de ces technologies, y compris sur des modèles plus abordables.

4. Les voitures alimentant le réseau électrique : La technologie « Vehicle-to-Grid » (V2G) permet aux véhicules électriques en stationnement de réinjecter de l'électricité dans le réseau lorsque la demande est forte. La Chine prévoit de disposer d'au moins un gigawatt de capacité flexible cumulée d'ici 2027.

L'Europe mène déjà des expériences dans ce domaine, notamment avec la flotte de covoiturage bidirectionnelle de Renault à Utrecht et un service commercial en France. Toutefois, la mise en place de véhicules compatibles, de chargeurs spécifiques, d'une homologation du réseau électrique et de tarifs d'électricité adaptés est indispensable pour que les ménages puissent en tirer un avantage financier.

5. Pièces en magnésium : De grandes pièces moulées en magnésium d'un seul tenant pourraient remplacer les structures conventionnelles plus lourdes, ce qui permettrait de réduire la consommation d'énergie et d'augmenter potentiellement l'autonomie des véhicules électriques. Le défi consiste à concilier légèreté, durabilité et coûts de fabrication abordables.

6. Flottes de camions autonomes : La Chine prévoit que plus de 1 000 camions hautement automatisés seront mis en service à titre expérimental en 2027, notamment dans les ports, les mines et les centres logistiques.

L'Europe ne reste pas en reste : l'entreprise suédoise Einride exploite un camion électrique sans conducteur pour le compte de Lidl sur les routes publiques allemandes, tandis que Volvo utilise des camions autonomes dans des carrières scandinaves.

Anvers s'apprête à mettre en place un système de transport autonome de conteneurs reposant sur une technologie chinoise. L'extension de ces opérations au-delà des frontières nationales reste toutefois un défi.

7. Moteurs électriques intégrés aux roues : L'intégration directe des moteurs dans les roues permet de se passer des arbres de transmission classiques, de gagner de la place et d'assurer un contrôle individuel de chaque roue, ce qui améliore la traction et l'agilité.

La Renault 5 Turbo 3E, d'une puissance de 555 hp, qui sera commercialisée en 2027, est équipée de deux moteurs intégrés aux roues développés au Royaume-Uni, tandis que le constructeur chinois Dongfeng a mis au point le modèle eπ 007 à quatre moteurs. Le surpoids lié aux roues, les problèmes de durabilité et les coûts continuent toutefois de freiner l'adoption de cette technologie par le grand public.

8. L'intelligence artificielle à bord de la voiture : Les assistants IA équipent déjà certains modèles Mercedes-Benz et BMW, mais dépendent souvent d'une connexion au cloud. La Chine prévoit que, d'ici 2027, les voitures grand public intégreront des modèles d'IA comportant plus de 14 milliards de paramètres.

Les futurs systèmes pourraient anticiper les problèmes mécaniques, expliquer les avertissements affichés sur le tableau de bord, interpréter des situations de circulation complexes ou optimiser la recharge et les itinéraires.

Le traitement local promet des réponses plus rapides, une meilleure protection de la vie privée et une moindre dépendance à la couverture mobile. Mercedes-Benz développe une technologie similaire en collaboration avec le spécialiste américain Liquid AI.

9. Les voitures qui communiquent avec la route : Imaginez que vous receviez une alerte vous signalant la présence d'un cycliste caché derrière un immeuble, ou que votre vitesse soit automatiquement ajustée pour vous permettre de passer tous les feux verts d'affilée.

La Chine prévoit une production limitée, d'ici 2027, de systèmes combinant les données des véhicules avec celles des capteurs routiers et le cloud computing. L'Europe dispose déjà de cette technologie.

Volkswagen a produit plus de deux millions de véhicules équipés de la technologie Car2X, tandis que les Pays-Bas comptent environ 1 700 feux de signalisation connectés, contre 240 en Flandre. L'intégration de ces systèmes pourrait permettre aux véhicules d'anticiper les dangers situés hors du champ de vision de leurs conducteurs.

10. Impression 3D métallique : Au lieu de fabriquer et d'assembler par soudage plusieurs pièces métalliques, les fabricants pourraient imprimer des composants complexes en une seule pièce, ce qui permettrait de réduire le poids et le travail d'assemblage.

Cette technologie pourrait également révolutionner le secteur des réparations : imaginez un carrossier imprimant un support obsolète plutôt que de remplacer un ensemble coûteux. Mercedes-Benz propose déjà des pièces de bus imprimables localement, tandis que Porsche utilise l'impression 3D pour fabriquer des composants rares destinés aux voitures de collection. La Chine prévoit une production plus rapide et moins coûteuse d'ici 2027, même si les coûts et la certification de sécurité restent des obstacles.

Les rôles s'inversent

Toutes ces technologies ne sont pas d'origine chinoise. Des ingénieurs européens, japonais et américains en développent bon nombre depuis des décennies. Ce qui distingue de plus en plus la Chine, c'est sa capacité à intégrer rapidement les innovations et à les commercialiser à des prix compétitifs.

Son immense marché intérieur y contribue. Selon l'Agence internationale de l'énergie, la Chine a produit près des trois quarts des voitures électriques mondiales en 2025 et plus de 80% de ses cellules de batterie.

Cette évolution des relations est particulièrement visible chez Volkswagen, qui envisagerait, selon certaines informations, d'intégrer son architecture électronique chinoise, développée conjointement avec Xpeng, dans ses modèles européens. Stellantis s'intéresse également à la technologie chinoise dans le cadre de son partenariat avec Leapmotor.

Pourtant, l'Europe conserve des atouts considérables dans les domaines de la dynamique des véhicules, de l'ingénierie de la sécurité, des techniques de fabrication de pointe et des composants automobiles. Les exemples de Renault, BMW, Bosch et Mercedes-Benz montrent que l'innovation européenne est loin de disparaître.

Les prévisions de la Chine ne constituent pas des promesses selon lesquelles ces dix technologies seront toutes largement disponibles l'année prochaine. Certaines sont déjà utilisées ailleurs ; d'autres se heurtent encore à d'importants obstacles techniques et commerciaux.

L'Europe n'a pas cessé d'innover. Mais elle ne peut plus partir du principe que le reste du monde se tournera toujours vers elle pour la prochaine grande avancée dans le domaine de l'automobile.

Vous aimerez peut-être aussi

Créez un compte gratuit ou connectez-vous.

Accédez à la lecture de cet article, ainsi qu'à un nombre limité de contenus gratuits.

Oui, je souhaite recevoir les nouveaux contenus et les mises à jour.