Règles tarifaires pour la recharge des véhicules électriques : pourquoi la Belgique reste-t-elle le ‘ Far West ’ ?

Recharger une voiture électrique en Belgique peut coûter plus de deux fois plus cher d'une borne publique à l'autre. Organisation belge de mobilité La VAB parle du ‘ Far West ’ et souhaite que les tarifs soient fixés au niveau maximal.

Le ministre belge de la Protection des consommateurs, Rob Beenders, a réagi en appelant à l'adoption de règles européennes plus strictes visant à simplifier et à rendre plus transparente la tarification, éventuellement dès 2027.

Or, l'UE dispose déjà d'une législation obligeant les opérateurs de recharge à communiquer leurs tarifs et leurs frais supplémentaires. Alors pourquoi les conducteurs se retrouvent-ils encore confrontés à des factures inattendues ?

Une récente enquête menée par la chaîne publique belge VRT NWS, portant sur plus de 25 000 bornes de recharge, a révélé des différences frappantes. Une session de recharge comparable pouvait coûter 24 € à Hasselt, mais 64,20 € à Zandhoven, soit une différence de près de 170%. Les tarifs de l'électricité variaient de 0,22 € à plus de 1,30 € par kWh.

Ils facturent ce qu'ils veulent

Gert Verhoeven, de la VAB, estime que les opérateurs de bornes de recharge publiques disposent d'une trop grande liberté pour imposer des frais supplémentaires, ce qui rend de plus en plus difficile pour les automobilistes de comparer les prix.

Le problème est particulièrement aigu au niveau des bornes de recharge publiques plus lentes, que l'on trouve généralement dans les rues résidentielles et les parkings municipaux. Outre le coût de l'électricité proprement dit, les automobilistes peuvent devoir s'acquitter de frais de raccordement, de suppléments d'itinérance et de tarifs horaires, parfois même la nuit.

La VAB réclame davantage de transparence et la mise en place de tarifs forfaitaires maximaux, à l'instar des prix maximaux réglementés que la Belgique applique à l'essence et au diesel.

La Belgique est-elle moins chère que ses pays voisins ?

Étonnamment, la Belgique ne figure pas forcément parmi les pays européens où la recharge publique des véhicules électriques est la plus chère.

Les tarifs des bornes de recharge publiques en Belgique semblent relativement bas, mais des frais cachés peuvent faire grimper considérablement la facture finale /ChargeInsights.eu

 

Selon la base de données européenne sur les tarifs de recharge ChargeInsights, les tarifs ponctuels annoncés en Belgique s'élèvent en moyenne à environ 0,38 €/kWh pour la recharge en courant alternatif et à 0,41 €/kWh pour la recharge en courant continu classique. Les chiffres comparables s'élèvent à environ 0,45 € et 0,54 € aux Pays-Bas, et à 0,56 € et 0,57 € en Allemagne.

Toutefois, la base de données ne couvre qu’une partie du réseau de recharge, et son échantillon belge est fortement concentré sur un nombre limité d’opérateurs. Surtout, ces moyennes ne tiennent pas compte des frais supplémentaires et ne peuvent être considérées comme représentatives des factures finales des automobilistes.

Cela illustre le problème fondamental : la comparaison des prix de l'électricité annoncés ne donne aux automobilistes que très peu d'indications sur ce qu'ils devront réellement payer.

L'Allemagne est confrontée au même problème

La Belgique n'est pas un cas isolé. Une étude réalisée en 2026 par la fondation allemande Stiftung Klimaneutralität a analysé environ 99 000 données tarifaires provenant de 375 exploitants de bornes de recharge et de 412 prestataires de services de mobilité.

L'étude a révélé que les conducteurs pouvaient payer des prix très différents à une même borne de recharge selon qu'ils réglaient directement, utilisaient le contrat de l'opérateur ou recouraient à une carte de recharge d'un tiers.

La prime médiane pour l'itinérance auprès d'un opérateur tiers s'élevait à 34%, tandis que les tarifs de recharge rapide ponctuelle variaient entre 0,39 € et 0,94 €/kWh.

Une étude du Parlement européen publiée en mai 2026 a également mis en évidence le manque de transparence, la comparabilité limitée et les problèmes potentiels de concurrence dans le domaine des bornes de recharge publiques au sein de l'Union européenne.

L'Europe dispose déjà de règles

Pourtant, une grande partie des questions que Rob Beenders, ministre belge chargé de la protection des consommateurs, souhaite aborder est déjà couverte par la législation européenne.

Le règlement de l'UE relatif aux infrastructures pour les carburants alternatifs (AFIR), applicable depuis avril 2024, exige que les tarifs de recharge en public soient raisonnables, transparents, non discriminatoires et facilement comparables.

Aux bornes de recharge d'une puissance égale ou supérieure à 50 kW, les exploitants doivent afficher le prix de l'électricité au kWh applicable ainsi que les éventuels frais d'occupation. Sur les bornes de recharge plus lentes, tous les éléments composant le tarif applicable doivent être clairement indiqués avant le début de la recharge.

Les opérateurs de cartes de paiement doivent également indiquer les frais d'itinérance applicables et les autres frais avant le début de la session.

Toutefois, le règlement ne fixe pas de prix maximal précis et n'interdit pas la plupart des frais supplémentaires. Il n'exige pas non plus nécessairement que le montant exact de la facture finale soit communiqué à l'avance, car celui-ci dépend de la consommation d'énergie et de la durée de connexion.

De nouvelles règles ou une meilleure application de celles-ci ?

Dans Réponse à l'enquête de la VRT, Beenders a plaidé en faveur de règles européennes plus simples et plus strictes, qui pourraient entrer en vigueur en 2027. Il a reconnu que les tarifs de recharge varieraient inévitablement d'un endroit à l'autre, mais a insisté sur le fait que les automobilistes devaient comprendre ce qu'ils paient.

La législation européenne impose également aux autorités nationales de veiller au respect de ces dispositions. Selon M. Beenders, la Belgique procède déjà à des contrôles annuels.

Cela soulève une question délicate : si la transparence est obligatoire depuis plus de deux ans, pourquoi les consommateurs ont-ils encore du mal à comprendre les tarifs de recharge ?

Newmobility.news a demandé au cabinet du ministre combien d'opérateurs avaient fait l'objet d'un contrôle en 2025 et 2026, si des infractions avaient été constatées, et s'il ne serait pas préférable de disposer d'informations plus claires sur les prix tout compris plutôt que de recourir à des tarifs maximaux réglementés.

Les plus grands perdants sont ceux qui n'ont pas d'allée

Pour les automobilistes qui peuvent recharger leur véhicule chez eux, les tarifs des bornes publiques peuvent parfois constituer une source d'agacement. En revanche, pour les résidents d'immeubles ne disposant pas de place de stationnement privée, la conduite d'un véhicule électrique peut changer la donne sur le plan économique.

Pour une consommation annuelle de 2 700 kWh, payer 0,80 € par kWh au lieu de 0,38 € entraîne une augmentation des dépenses d'électricité de 1 134 € par an, hors frais supplémentaires.

Les tarifs en fonction de la durée peuvent compliquer encore davantage la situation. S'ils peuvent légitimement dissuader les conducteurs d'occuper inutilement les bornes de recharge, ils suscitent toutefois la polémique lorsqu'ils s'appliquent à la recharge nocturne ou lorsque les véhicules sont encore en cours de recharge.

Un marché concurrentiel n'implique pas nécessairement que les prix soient identiques. Il implique en revanche que les consommateurs les comprennent et comparent les différentes offres.

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