Les voitures de fonction électriques en Belgique s'apprêtent à franchir un nouveau cap fiscal. À partir de janvier 2027, les véhicules électriques commandés à partir de cette date verront, pour la première fois, leur généreuse déductibilité fiscale réduite.
La société de leasing Ayvens estime que le report à l'année prochaine d'une commande de 50 BMW iX1 pourrait lui coûter près de 35 000 € sur cinq ans.
Mais cela justifie-t-il pour autant de précipiter le renouvellement de la flotte avant le 31 décembre ? La réponse est plus complexe que ne le laissent supposer les chiffres clés.
L'un des géants européens du crédit-bail
Ayvens est l'une des plus grandes sociétés européennes de location longue durée et de gestion de flottes automobiles. Né de l'acquisition de LeasePlan par ALD Automotive, filiale de la Société Générale, en 2023, le groupe gère environ 3,1 millions de véhicules dans 41 pays, dont plus de 500 000 véhicules électriques.
Ayvens jouit d'une influence particulière au Benelux, où ces deux anciennes sociétés sont implantées depuis longtemps.
Rien qu'aux Pays-Bas, Ayvens gérait environ 245 000 véhicules à la fin de l'année 2025, tandis que sa filiale belge comptait environ 151 000 véhicules en location en mai de la même année.
À eux deux, ces pays totalisent près de 400 000 véhicules, ce qui souligne l'influence considérable du groupe sur l'électrification des flottes et sur le marché européen des véhicules électriques d'occasion.
Une échéance qui vaut 34 800 € ?
Dans le cadre de la réforme fiscale belge relative aux véhicules de société, les véhicules entièrement électriques commandés avant la fin de l'année 2026 restent 100% déductibles fiscalement pendant toute la durée de leur utilisation par l'entreprise ou le client en leasing.
Pour les véhicules électriques commandés à partir du 1er janvier 2027, ce pourcentage passe à 95%, puis à 90% en 2028, à 82,5% en 2029, à 75% en 2030, puis à 67,5% à partir de 2031.
Il est important de noter que le pourcentage de déduction applicable est déterminé par la date de la commande ou du contrat de location, et non par la date de livraison ou d'immatriculation. Un véhicule électrique commandé en décembre 2026 et livré plusieurs mois plus tard peut donc bénéficier du traitement le plus favorable.
Pour illustrer ces conséquences, Ayvens a calculé le coût de la location d'une BMW iX1 sur 60 mois et 100 000 kilomètres.
Selon ses hypothèses, le coût mensuel moyen passe de 892,34 € pour un véhicule commandé en 2026 à 903,94 € pour le même véhicule commandé en 2027.
Cela représente une différence de seulement 11,60 € par mois. Mais pour un parc de 50 véhicules, cela correspond à 6 960 € par an, soit 34 800 € sur cinq ans.
De faibles pourcentages, des budgets importants
“ Pour les gestionnaires de flottes, le timing devient un facteur stratégique ”, explique Xavier Kervyn de Meerendré, directeur de la communication chez Ayvens.
La société de crédit-bail fait valoir que même une réduction relativement modeste de la déductibilité peut avoir une incidence sur le coût total de possession (TCO), en particulier pour les entreprises qui gèrent de grandes flottes.
Il convient toutefois de replacer ces chiffres dans leur contexte. La différence de 34 800 € mentionnée par Ayvens ne représente qu’environ 1,31 TP3T du coût estimé sur cinq ans de la flotte, qui s’élève à plus de 2,6 millions d’euros.
Ce calcul repose sur les hypothèses propres à Ayvens, qui n'ont pas été entièrement divulguées. Les variations des prix des véhicules, des tarifs de location, des coûts énergétiques ou des remises accordées par les constructeurs pourraient l'emporter sur la différence fiscale.
Une voiture commandée en janvier 2027 pourrait même s'avérer globalement moins chère si un constructeur proposait des offres promotionnelles suffisamment intéressantes.
Les entreprises devraient-elles remplacer leurs véhicules électriques avant l'heure ?
Cela soulève une question plus fondamentale : l'échéance budgétaire qui approche justifie-t-elle le remplacement d'une voiture de fonction électrique qui fonctionne encore parfaitement bien ?
Pas forcément. Résilier prématurément un contrat de location existant peut entraîner des coûts supplémentaires, tandis qu'un nouveau véhicule entame un nouveau cycle d'amortissement.
Les batteries des véhicules électriques modernes s'avèrent également plus durables que ne le laissaient présager de nombreuses prévisions initiales, ce qui permet aux entreprises d'envisager des intervalles de remplacement plus longs.
Ayvens reconnaît lui-même ce dilemme et recommande une approche différenciée. Les véhicules fortement sollicités pourraient être remplacés plus tôt, tandis que d'autres pourraient rester en service plus longtemps.
La société de crédit-bail fait également état d'un intérêt croissant pour les contrats à plus long terme, qui permettent aux clients de bénéficier du régime fiscal en vigueur pendant une période prolongée. Elle n'a toutefois pas fourni de chiffres illustrant l'ampleur de cette tendance.
Les hybrides rechargeables empruntent une voie différente
Cette réforme établit également une distinction de plus en plus nette entre les véhicules entièrement électriques et les modèles équipés de moteurs à combustion.
Pour les entreprises assujetties à l'impôt sur les sociétés, les voitures particulières à essence, diesel et hybrides rechargeables commandées à partir de janvier 2026 ne sont plus fiscalement déductibles.
Les travailleurs indépendants assujettis à l'impôt sur le revenu bénéficient d'un régime transitoire distinct. Les véhicules hybrides rechargeables éligibles pourront encore bénéficier de déductions pouvant aller jusqu'à 100% s'ils sont commandés en 2026, en fonction de leurs émissions de CO₂ certifiées, les règles devenant progressivement moins favorables par la suite.
Les voitures entièrement électriques restent donc l'option fiscale la plus intéressante pour les flottes d'entreprise, malgré la réduction progressive des déductions qui leur sont applicables.
Une éventuelle ruée de fin d'année
L'approche de la date butoir pourrait également avoir une incidence sur le marché belge des véhicules électriques, au-delà des contrats de leasing individuels.
Les entreprises qui prévoient déjà de renouveler leur flotte début 2027 ont tout intérêt à avancer leurs commandes, même si les véhicules ne sont livrés que l'année prochaine.
Cela pourrait entraîner une concentration artificielle des commandes vers la fin de l'année 2026, suivie d'un ralentissement de la demande début 2027. La concrétisation de ce scénario dépendra de la réaction des exploitants de flottes et des offres commerciales des constructeurs.
Le paradoxe sous-jacent réside dans le fait que le système fiscal belge, initialement conçu pour accélérer l'électrification, influe désormais également sur le moment choisi pour le remplacement des véhicules électriques.
D'un point de vue environnemental et économique, il peut parfois être plus judicieux de prolonger la durée de vie d'un véhicule électrique existant plutôt que d'en commander un nouveau, ne serait-ce que pour bénéficier d'une déduction fiscale plus importante.
Pour les gestionnaires de flotte, il ne s’agit donc pas nécessairement de tout remplacer avant le 31 décembre. Il convient de calculer avec soin si l’avantage fiscal l’emporte sur le coût réel du renouvellement du parc automobile.
Et même si la réduction prévue pour 2027 est relativement modeste, la différence deviendra nettement plus importante pour les véhicules électriques commandés au cours des années suivantes.


