Le monde entier se dote d'énergies renouvelables à un rythme record, mais ses réseaux électriques et ses capacités de stockage peinent à suivre le rythme.
Dans son nouveau rapport « World Energy Transitions Outlook 2026 », publié le 13 octobre, l'Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) explique que l'électricité issue des énergies renouvelables se développe plus rapidement que les infrastructures et les systèmes énergétiques nécessaires à son utilisation efficace.
L'IRENA met en garde : l'installation d'éoliennes et de panneaux solaires ne suffira pas à remplacer les combustibles fossiles. Le prochain défi consiste à mettre en place un système énergétique flexible et électrifié.
Un scénario dans lequel les véhicules électriques pourraient faire partie de la solution grâce à une recharge gérée, en se rechargeant lorsque les énergies renouvelables sont abondantes, et grâce au V2G, plutôt que de constituer simplement une source de demande supplémentaire.
Contradiction fondamentale
Le rapport met en évidence une contradiction fondamentale : si les capacités de production d'énergie renouvelable atteignent des niveaux records, cela ne signifie pas pour autant que les combustibles fossiles sont progressivement remplacés au même rythme.
En 2025, la capacité installée en énergies renouvelables dans le monde s'élevait à environ 693 GW, portant le total à 5,2 TW. Cependant, cette capacité devra passer de 5,2 TW à 38,2 TW, l'électricité devant couvrir plus de la moitié de la consommation finale d'énergie d'ici 2050.
Le monde ne se transforme pas assez vite
Le monde doit cesser de mesurer le succès de la transition énergétique principalement à l'aune du nombre de gigawatts de capacité solaire et éolienne installés. Il faudrait plutôt s'orienter vers l'électrification du transport routier, le remplacement du chauffage au gaz par des pompes à chaleur, l'amélioration de l'efficacité industrielle et le maintien d'un équilibre entre l'offre et la demande d'électricité.
Les principaux problèmes sont de plus en plus étroitement liés : vieillissement et saturation des réseaux électriques, capacité de stockage par batterie insuffisante, flexibilité insuffisante du système, hausse de la demande en électricité et progrès décevants en matière d'efficacité énergétique.
‘ C'est important pour la mobilité ’
Il existe également une distinction importante entre le développement des énergies renouvelables et la suppression de la consommation de combustibles fossiles. Un pays peut développer massivement l'énergie solaire et éolienne tout en continuant à consommer presque autant de pétrole pour les transports ou de gaz pour le chauffage.
Le message central de l’IRENA est que la transition énergétique doit remplacer la consommation de combustibles fossiles, et non pas simplement la compléter par de l’électricité propre supplémentaire. Cela revêt une importance particulière pour la mobilité, car les voitures, fourgonnettes, bus et camions électriques comptent parmi les moyens les plus efficaces de transformer l’électricité renouvelable supplémentaire en une réduction de la consommation de pétrole.
Belgique
En Belgique, la mobilité électrique pourrait contribuer à résoudre ce problème. La transition vers les transports électrifiés constitue une solution concrète pour remplacer la consommation de pétrole par une électricité issue de plus en plus de sources renouvelables.
Le 8 octobre, cinq jours seulement avant la publication du rapport de l'IRENA, le gestionnaire de réseau belge Elia Group a publié sa première « Évaluation des besoins en flexibilité à l'horizon 2026 ». Cette étude examine comment la Belgique peut s'adapter à l'augmentation de la production d'électricité d'origine renouvelable tout en préservant la stabilité du réseau et en évitant des coûts d'infrastructure superflus.
En juillet, EV Belgium a fait valoir que les voitures électriques devaient de plus en plus être considérées comme des systèmes de stockage d'énergie mobiles plutôt que comme de simples consommateurs d'électricité supplémentaires. Mais les véhicules électriques pourraient-ils contribuer à résoudre le problème du réseau électrique qui menace de freiner leur propre adoption ?
L'autre version de l'histoire
La situation aux Pays-Bas illustre l'autre facette du problème. La saturation du réseau électrique freine déjà le raccordement des entreprises, l'électrification industrielle et le développement des infrastructures de recharge. Les gestionnaires de réseau néerlandais reconnaissent que, malgré l'accélération des investissements, le développement du réseau ne parvient pas à suivre le rythme de la demande croissante.
Cela illustre clairement l'avertissement lancé par l'IRENA. Développer la production d'énergie renouvelable et vendre davantage de véhicules électriques ne constituent qu'une partie de la solution ; le réseau doit également raccorder, transporter, stocker et distribuer de manière intelligente l'électricité ainsi produite.
En d'autres termes, les véhicules électriques peuvent apporter de la flexibilité, mais ils ne peuvent pas supprimer la nécessité de renforcer les réseaux électriques. Il convient de continuer à faire clairement la distinction entre la recharge intelligente, qui déplace la demande, et la recharge bidirectionnelle, qui réinjecte de l'énergie dans le réseau.


