Même technologie, voitures différentes : le PDG de Renault fixe de nouvelles règles à ses partenaires

François Provost, PDG de Renault, souhaite que Nissan, Mitsubishi et Ford confèrent aux voitures construites sur des plateformes Renault une identité plus distincte. Ses propos vont au-delà d'une simple critique de la ressemblance entre la Nissan Micra et la Renault 5.

Ils soulignent comment l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi traditionnelle évolue progressivement vers un réseau plus large de partenariats industriels, Renault jouant de plus en plus le rôle de fournisseur de technologies et de services de fabrication pour des marques concurrentes.

Dans un entretien accordé à magazine britannique Autocar Lors du Salon de l'automobile de Paris, M. Provost a reconnu que Renault n'avait pas exigé une différenciation suffisante entre ses propres véhicules et ceux développés pour d'autres constructeurs.

“ Nous n'avons pas suffisamment mis l'accent sur la différenciation ”, a-t-il admis, en décrivant explicitement son approche comme s'écartant de celle de son prédécesseur, Luca de Meo.

La nouvelle Nissan Micra électrique illustre bien ce problème. Bien que son extérieur présente des éléments stylistiques caractéristiques de Nissan, son habitacle reste remarquablement proche de celui de la Renault 5 sur laquelle elle est basée. Les modèles européens de Mitsubishi, notamment la Colt, l’ASX et la Grandis, vont encore plus loin dans leur ressemblance avec leurs équivalents Renault.

Partager la technologie, pas les identités

M. Provost souhaite désormais que les futurs partenariats permettent de préserver des identités de marque plus fortes, même si cela implique des investissements supplémentaires en matière de conception et d'ingénierie.

Il est intéressant de noter que Ford, le tout dernier partenaire industriel majeur de Renault, dispose déjà d'une expérience considérable dans ce domaine.

Les modèles électriques Explorer et Capri reposent sur la plateforme MEB de Volkswagen, mais présentent des carrosseries et des habitacles clairement conçus par Ford. Ils démontrent que deux constructeurs peuvent partager une technologie électrique coûteuse sans pour autant produire des voitures quasi identiques.

Dans le cadre d'un accord annoncé en décembre 2025, Renault va développer et fabriquer deux modèles électriques Ford à prix abordable dans le nord de la France, le premier devant faire son apparition dans les concessions début 2028.

M. Provost affirme que le PDG de Ford, Jim Farley, partage son point de vue selon lequel ces véhicules doivent rester indéniablement des Ford. La difficulté consistera à parvenir à cette différenciation sans compromettre les avantages en termes de coûts liés au partage des plateformes.

Une alliance transformée

Les implications vont au-delà du simple aspect esthétique. Depuis sa restructuration en 2023, l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi s'est éloignée du modèle de forte intégration associé à l'ancien président Carlos Ghosn.

Renault et Nissan ont acquis une plus grande autonomie stratégique, et un accord révisé en mars 2025 a permis aux deux constructeurs de réduire leurs participations croisées directes de 15% à 10%. Nissan a également été libéré de son engagement à investir dans Ampere, la filiale de Renault spécialisée dans les véhicules électriques.

Pourtant, la coopération industrielle se poursuit. Renault fabrique la Micra électrique pour Nissan et développe actuellement un modèle électrique dérivé de la Twingo pour son partenaire japonais. Les deux entreprises poursuivent également leur coopération sur d'autres marchés.

Loin de marquer la fin de l'Alliance, les propos de M. Provost laissent entrevoir un nouvel équilibre : la coopération reste précieuse, mais les projets individuels doivent de plus en plus présenter un intérêt commercial pour chaque partenaire.

De chef de file de l'Alliance à fournisseur industriel

Cette approche est au cœur de la stratégie de Renault FutuREady stratégie, présentée en mars 2026. D’ici 2030, le groupe français prévoit de fabriquer plus de 300 000 véhicules par an pour cinq constructeurs externes : Nissan, Mitsubishi, Ford, le groupe Volvo (Renault Trucks) et Geely.

Cette stratégie vise à répartir les coûts de développement, à améliorer le taux d'utilisation des usines et à tirer parti de l'expertise croissante de Renault dans le domaine des véhicules électriques abordables.

L'arrivée de Ford revêt une importance particulière. Elle démontre que la technologie européenne de Renault en matière de véhicules électriques peut attirer des clients au-delà de ses partenaires historiques de l'Alliance, tout en offrant à Renault une nouvelle opportunité d'augmenter ses volumes de production.

Toutefois, une plus grande différenciation a aussi un coût. Des carrosseries, des intérieurs et des équipements uniques accroissent la complexité technique et peuvent nuire aux économies d'échelle, en particulier sur le segment très concurrentiel des petits véhicules électriques.

L'indépendance sans isolement

Pour Nissan et Mitsubishi, l'évolution de la stratégie de Renault représente à la fois des opportunités et des défis. L'accès à des plateformes européennes compétitives reste un atout précieux, mais la coopération future pourrait nécessiter des investissements plus importants dans l'identité propre à chaque marque.

Pour Renault, le défi est presque inverse : comment tirer le meilleur parti de ses activités technologiques et industrielles sans diluer l'identité de ses propres modèles, qui connaissent un succès croissant.

Le message du vice-recteur n'est donc pas nécessairement que l'Alliance a perdu de son importance, mais que l'exclusivité n'est plus sa caractéristique principale.

 

 

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