Les ventes de véhicules électriques du groupe Renault ont bondi de près de 85% au troisième trimestre 2026, ce qui a permis au constructeur français de maintenir son chiffre d'affaires malgré une baisse de 6% du nombre de véhicules vendus.
Mais derrière ces chiffres se cache un contraste de plus en plus marqué : les modèles électriques de Renault ont le vent en poupe, tandis que Dacia perd du terrain, même si la Sandero reste l'une des voitures les plus vendues en Europe.
Renault a annoncé jeudi un chiffre d'affaires trimestriel de 11,6 milliards d'euros, en hausse de 1,51 TP3T par rapport à la même période de l'année précédente. Le chiffre d'affaires du secteur automobile est resté pratiquement inchangé à 9,8 milliards d'euros, tandis que celui des services financiers a progressé de 111 TP3T pour atteindre 1,76 milliard d'euros.
Le groupe a vendu 497 799 véhicules dans le monde, soit une baisse de 6%. Renault a néanmoins maintenu ses prévisions pour l'ensemble de l'année, tablant sur une marge opérationnelle d'environ 5,5% et un flux de trésorerie disponible lié à l'activité automobile d'environ 1 milliard d'euros.
L'électrification devient l'atout majeur de Renault
L'évolution la plus marquante est l'accélération de la mobilité électrique. Les voitures entièrement électriques ont représenté 25,81 TP3T des ventes de voitures particulières du groupe Renault en Europe au troisième trimestre, contre seulement 13,61 TP3T un an plus tôt. Si l'on inclut les hybrides purs et les hybrides rechargeables, les véhicules électrifiés ont représenté 54,91 TP3T.
La marque Renault a elle-même enregistré de très bons résultats. Ses ventes de véhicules électriques en Europe ont progressé de 75,21 TP3T sur neuf mois, grâce notamment à la Renault 5 et à la nouvelle Twingo E-Tech électrique, qui a déjà séduit près de 26 000 acheteurs.
Renault s'est également hissé à la deuxième place sur le marché européen des voitures particulières. Les véhicules utilitaires constituent un autre point fort. Renault a vendu 192 367 véhicules utilitaires légers en Europe au cours des neuf premiers mois de l'année, soit une hausse de 8,11 TP3T sur un marché qui n'a progressé que de 1,11 TP3T.
Ses ventes de fourgons électriques ont progressé de 22,91 TP3T, tandis que le Master domine le segment des grands fourgons. Le futur Trafic électrique devrait contribuer à renforcer la position de Renault dans un secteur où l'électrification progresse beaucoup plus lentement que chez les voitures particulières.
Le paradoxe de la Sandero de Dacia
Dacia présente un tableau différent. Ses ventes mondiales ont reculé de 12,81 TP3T au troisième trimestre et de 9,71 TP3T sur les neuf premiers mois de l'année. Pourtant, la Sandero reste la voiture particulière la plus vendue en Europe auprès des particuliers, selon Renault, ce qui montre qu'un leader du marché peut tout de même voir ses volumes baisser.
Le problème ne réside pas nécessairement dans le fait que Dacia ait perdu de son attrait. La marque est prise entre une demande croissante de véhicules électrifiés, un cycle de vie des produits en pleine évolution et une concurrence de plus en plus intense.
Renault reconnaît explicitement la pression croissante exercée par les constructeurs chinois, notamment sur le segment C, où le Bigster est en concurrence.
Dacia riposte avec la Sandero Hybrid, une Spring revisitée, désormais produite en Europe, et la Striker. Parallèlement, les hybrides représentent déjà 24,61 TP3T des ventes de Dacia, tandis que les véhicules au GPL en représentent 39,21 TP3T supplémentaires.
Le GPL n'est-il pas forcément un inconvénient ?
Le fait que Dacia continue de miser sur le GPL n'est pas forcément un inconvénient pour les consommateurs. Aux prix actuels du carburant en Belgique, une Sandero Eco-G coûte environ 7,30 € aux 100 km en carburant, soit moins qu'un modèle comparable à essence ou hybride intégral.
Cela correspond à peu près à la consommation d'un véhicule électrique utilisant des bornes de recharge publiques à courant alternatif. Associé à son faible prix d'achat, cela fait du GPL une option intéressante en termes de coût total de possession (TCO), en particulier pour les conducteurs qui n'ont pas accès à une borne de recharge à domicile.
Avec un prix d'achat à partir de 15 590 €, le GPL reste une alternative intéressante pour les acheteurs soucieux de leur budget et ne disposant pas de borne de recharge à domicile.
La question est de savoir combien de temps cet avantage perdurera, à mesure que les voitures électriques abordables se généralisent. Le défi consiste à passer à l'électrique sans sacrifier l'accessibilité financière qui a fait le succès de Dacia.
À l'autre extrémité du marché, Alpine connaît une expansion rapide. La marque de voitures de sport a immatriculé 12 269 véhicules dans le monde entier en neuf mois, soit une hausse de 65,61 TP3T, dépassant d'ores et déjà son volume total prévu pour 2025.
Le modèle électrique A290 représente plus des deux tiers des ventes, tandis que le nouvel A390 connaît un succès croissant. Il est à noter qu'Alpine vend désormais plus de voitures hors de France que sur son marché national.
Une situation différente chez Stellantis et Volkswagen
Les résultats de Renault contrastent avec ceux de ses principaux concurrents européens. Stellantis a annoncé une hausse de 1% de son chiffre d'affaires, qui s'est établi à 37,6 milliards d'euros au troisième trimestre, mais a tout de même enregistré une perte nette de 453 millions d'euros et une marge opérationnelle ajustée de seulement 0,7%. L'Europe reste sa région la plus problématique.
Volkswagen est confrontée à une situation financière encore plus difficile. Son chiffre d'affaires trimestriel a reculé d'environ 6% pour s'établir à 75,3 milliards d'euros, tandis que des charges exceptionnelles, liées en grande partie à Porsche et à des mesures de restructuration, ont contribué à une perte d'exploitation d'environ 5,9 milliards d'euros.
La comparaison n'est pas tout à fait simple : Renault a confirmé son objectif de marge pour l'ensemble de l'année, mais n'a pas publié le chiffre de son résultat d'exploitation du troisième trimestre. Ses perspectives semblent néanmoins plus stables que celles de ses concurrents de plus grande taille.
Vendre moins de voitures, mais préserver leur valeur
La stratégie de Renault privilégie de plus en plus la valeur plutôt que le volume. Les ventes au détail en Europe ont progressé de 5%, tandis que les ventes moins rentables liées à la location à court terme et aux véhicules de démonstration ont reculé de 18%.
Une gamme plus diversifiée de modèles, comprenant notamment des véhicules électriques et la nouvelle Clio, a contribué à soutenir le chiffre d'affaires du secteur automobile. Toutefois, la hausse des ventes aux partenaires, en particulier via Geely au Brésil, a également joué un rôle important.
Cette distinction est importante : la résilience du chiffre d'affaires de Renault ne peut être attribuée uniquement à l'électrification. Pour l'instant, la combinaison, au sein du groupe français, de véhicules électriques, d'hybrides et de réseaux de distribution rigoureux semble amortir les turbulences du secteur.
La capacité de Dacia à se redresser sans perdre son avantage traditionnel en matière de prix constituera l'un des prochains grands défis pour Renault.


