Toyota tire 15% de plus de ses hybrides : coup de génie ou dernier sursaut ?

Toyota prépare une toute nouvelle génération de groupes motopropulseurs hybrides promettant une économie de carburant supérieure de plus de 15%. Il s'agit là d'une ambition technique impressionnante de la part de l'entreprise qui a été la première à commercialiser des véhicules hybrides grand public.

Mais alors que l'industrie automobile s'oriente vers les véhicules entièrement électriques, Toyota est-elle en train de perfectionner une technologie dont les jours sont comptés ? Et combien les particuliers vont-ils réellement économiser ?

Un tout nouveau moteur quatre cylindres de 1,5 litre

Toyota a dévoilé mercredi 28 octobre sa technologie hybride de nouvelle génération. Au cœur de celle-ci se trouve un tout nouveau moteur essence quatre cylindres de 1,5 litre, disponible en versions atmosphérique et turbocompressée.

Contrairement aux moteurs classiques adaptés a posteriori à l'électrification, ce nouveau groupe motopropulseur a été conçu comme un système intégré, alliant la technologie de combustion à des moteurs électriques plus compacts, des onduleurs plus légers et une électronique de puissance plus efficace.

Selon Toyota, la réduction des frottements mécaniques, l'amélioration de la gestion thermique et la diminution des pertes électriques devraient permettre d'améliorer la consommation de carburant de plus de 15%. Un moteur plus compact permet également d'abaisser la ligne de capot et d'améliorer l'aérodynamisme.

Il s'agit toutefois d'un objectif de développement. Toyota n'a pas publié de chiffres de consommation indépendants, ni confirmé de modèles de série, ni annoncé de date de lancement. La Corolla de nouvelle génération, attendue vers 2028, pourrait être l'une des premières à en bénéficier.

Une ingénierie impressionnante, des économies modestes ?

Les modèles hybrides actuels de Toyota comptent déjà parmi les voitures à essence les plus économes en carburant. Une Corolla Hybrid consommant environ 4,5 litres aux 100 km pourrait théoriquement atteindre 3,8 litres aux 100 km grâce à cette nouvelle technologie, en supposant une réduction de la consommation de 15%.

Pour un particulier belge parcourant 15 000 kilomètres par an, cela représente environ 100 litres d'essence économisés. À 1,80 € le litre, le gain financier s'élèverait à environ 180 € par an, soit 900 € sur cinq ans. C'est certes appréciable, mais loin d'être révolutionnaire.

Comment cela se compare-t-il à une voiture entièrement électrique ? Une voiture électrique à batterie (BEV) de taille similaire consommant 18 kWh/100 km, pertes de recharge comprises, coûterait environ 810 € par an en électricité à un tarif résidentiel de 0,30 €/kWh, contre 1 030 € pour l'hybride améliorée de Toyota.

En revanche, sur les bornes de recharge publiques en courant alternatif (0,45 €/kWh), le coût de recharge d'une voiture électrique s'élèverait à environ 1 215 €, et passerait à 1 890 € sur les bornes de recharge rapide facturant 0,70 €/kWh.

Pour les conducteurs qui ne disposent pas d'une solution de recharge à domicile abordable, l'hybride de Toyota pourrait donc rester l'option la moins chère, ne serait-ce qu'en termes de coûts énergétiques. Quant à savoir si elle offre également un coût total de possession inférieur, cela dépend du prix d'achat, de la dépréciation, de l'entretien et de la fiscalité.

En revanche, même avec un surcoût de 1 000 € lié à la technologie hybride améliorée de Toyota, il faudrait plus de cinq ans pour amortir cet investissement grâce aux seules économies de carburant par rapport à la Corolla actuelle.

De plus, l'objectif d'efficacité 15% de Toyota inclut des améliorations aérodynamiques, ce qui signifie que ce gain ne peut pas être attribué exclusivement à sa nouvelle chaîne cinématique hybride.

Une plateforme de véhicules électriques qui permet aux hybrides de perdurer

L'aspect le plus surprenant de la stratégie de Toyota est peut-être que son nouveau système hybride est développé pour une plateforme conçue avant tout pour les véhicules 100 % électriques, et non l'inverse.

Selon Toyota, ce moteur à combustion plus compact peut être intégré sans compromettre l'espace intérieur ni les proportions du véhicule. De nouveaux composants électroniques de puissance en carbure de silicium, des moteurs électriques compacts et des capots plus bas devraient également améliorer le rendement.

Le fait de partager une architecture unique entre les véhicules électriques à batterie (BEV), les hybrides rechargeables et les hybrides classiques permettrait à Toyota de répartir les coûts de développement sur des volumes de production plus importants et d'adapter la production à la demande.

Il s'agit d'une réponse industrielle astucieuse face à un marché incertain. La forte demande en véhicules hybrides aux États-Unis, notamment dans un contexte d'évolution des politiques en matière de véhicules électriques, vient renforcer la stratégie de Toyota.

Cependant, la conception d'une seule plateforme destinée à trois motorisations différentes soulève inévitablement des questions quant aux compromis à faire en matière de poids, d'encombrement et de coût. Il reste à voir si Toyota parviendra à égaler l'efficacité des plateformes électriques dédiées.

Le constructeur japonais ne se contente donc pas de préserver son héritage en matière d'hybrides. Il tente de rendre cet héritage compatible avec un avenir électrique, sans tout miser sur les batteries.

Une stratégie astucieuse ou une action d'arrière-garde ?

À l'échelle mondiale, l'approche de Toyota est tout à fait logique. Des millions de clients ne disposent pas d'infrastructures de recharge abordables, tandis que les véhicules hybrides restent attractifs grâce à leur prix d'achat relativement bas, à leur efficacité et à leur praticité.

En Europe, cependant, la question stratégique est plus délicate. Les véhicules électriques à batterie deviennent moins chers et de plus en plus efficaces, tandis que la réglementation européenne en matière d'émissions continue de pousser les constructeurs vers une conduite zéro émission.

Même un véhicule hybride essence d'une efficacité exceptionnelle reste tributaire des combustibles fossiles. Et bien que Toyota travaille à rendre ses modèles compatibles avec des carburants renouvelables et neutres en carbone, leur disponibilité et leur coût restent incertains.

Il y a également un coût d'opportunité. Chaque euro investi dans le perfectionnement des technologies de combustion est une somme qui ne peut pas être consacrée en parallèle aux batteries, aux logiciels ou aux plateformes électriques dédiées.

La prouesse technique de Toyota mérite d'être saluée. Mais le plus grand défi de l'entreprise n'est peut-être plus d'améliorer l'efficacité de ses véhicules hybrides. Il s'agit désormais de veiller à ce que la préservation de son héritage hybride, couronné de succès, ne freine pas sa transition vers un avenir où les moteurs à combustion deviendront de plus en plus obsolètes.

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