La Commission européenne veut limiter les coûts énergétiques élevés de l'industrie lourde en réduisant le prix que les entreprises européennes paient à Bruxelles pour leurs émissions de CO2. Il s'agirait de donner les entrepreneurs disposent d'une plus grande marge de manœuvre financière en période de hausse des prix de l'énergie et de troubles géopolitiques.
Un nombre croissant de pays, dont la Pologne et l'Italie, s'efforcent depuis un certain temps d'affaiblir, voire d'abolir le système. Toutefois, cela risque de rendre la pollution moins chère. D'autres pays - les Pays-Bas, les pays nordiques et l'Espagne - défendent fermement le système.
Comment fonctionne le système d'échange de quotas d'émission ?
Le SCEQE fonctionne selon un système de quotas d'émission. Pour chaque tonne de CO2 émise par une entreprise, celle-ci doit acheter un quota d'émission. Pour éviter que les prix ne fluctuent trop fortement, les quotas d'émission sont retirés du système chaque année.
Cette décision a été prise à la suite de la crise économique de 2008, lorsque l'industrie européenne a soudainement produit beaucoup moins que prévu. En conséquence, la demande de quotas d'émission a également fortement diminué.
Selon les lois du marché, une baisse de la demande entraîne une baisse des prix. Et cette baisse de prix menaçait de faire s'écrouler le système ETS. C'est pourquoi les quotas inutilisés sont désormais détruits chaque année.
Les quotas d'émission sont mis en vente sur le marché du SCEQE, mais il existe également un tampon qui n'est pas vendu. La Commission européenne peut utiliser ce tampon pour réguler le prix. Chaque année, ce tampon est plafonné et les quotas d'émission excédentaires sont détruits.
Que se passe-t-il à Bruxelles ?
Les entreprises à forte consommation d'énergie de l'Union européenne doivent donc compenser leurs émissions en achetant des droits d'émission. Bruxelles met de moins en moins de droits à disposition, ce qui fait grimper les prix et place les entreprises devant un choix : passer au vert ou payer.
“L'Europe doit constituer une réserve plus importante pour protéger l'industrie contre les augmentations inattendues de la taxe sur le CO2”, propose la Commission européenne. “Cela peut se faire en conservant les quotas d'émission inutilisés dans le système. Actuellement, ceux-ci sont toujours détruits chaque année.”
“En ne détruisant plus les quotas d'émission excédentaires, la réserve de stabilité du marché sera “mieux à même de répondre aux évolutions futures du marché, y compris à la pénurie potentielle dans les décennies à venir”, selon un communiqué de presse de la Commission européenne.
Sous le feu de l'action
Le système d'échange de quotas d'émission sert de moteur à la politique climatique : non seulement l'échange de quotas d'émission encourage l'écologisation, mais le système a également déjà généré 260 milliards d'euros de recettes, avec lesquels l'UE et les 27 États membres peuvent financer la politique climatique. Mais maintenant que l'industrie est sous pression, en partie à cause des coûts élevés de l'énergie, le système d'échange de quotas d'émission est sous le feu des critiques.
La mesure proposée par la Commission européenne est relativement modeste. Bruxelles maintient un stock tampon de quotas d'émission. La Commission peut transférer des quotas vers ce stock si le prix augmente. La Commission souhaite à présent augmenter ce stock tampon en empêchant que les quotas excédentaires soient déclarés nuls.
L'évaluation
L'intervention est considérée comme un prélude à des changements plus importants. Cet été, la Commission européenne présentera une évaluation de l'ensemble du système d'échange de quotas d'émission. Les critiques ne manqueront pas de saisir cette occasion pour réduire encore les dépenses.
“Toutefois, l'intervention pourrait affecter le marché du carbone et les émissions de gaz à effet de serre”, explique le chercheur Marten Ovaere (Université de Gand). “Si les entreprises savent que davantage de droits seront disponibles, elles seront moins incitées à en acheter. Par conséquent, le prix peut déjà baisser aujourd'hui. Et si si le prix du CO2 continue à baisser, davantage de gaz à effet de serre seront émis en Europe”, conclut M. Ovaere.


