Afin de réduire les embouteillages routiers, l'Europe prévoit de mettre en place un nouveau corridor de fret fluvial reliant Le Havre, Paris et les ports d'Anvers et de Rotterdam.
La Flandre et la Wallonie consacrent toutes deux des moyens considérables à ce projet européen de grande envergure dans le domaine de la navigation intérieure, désormais baptisé « Seine-Escaut », qui comprend un réseau de 1 100 kilomètres de voies navigables.
À ce jour, comme le rapporte le journal économique L’Echo, la Wallonie a déjà investi près d’un milliard d’euros dans ce projet, qui constitue le plus grand projet d’infrastructure fluviale d’Europe.
La région est donc considérée comme un maillon stratégique entre la vallée de la Seine en France et les ports du Benelux sur la mer du Nord, dont les terminaux sont Gand, Zeebruges, Anvers et Rotterdam.
Le canal Seine-Nord Europe
L'élément central du projet Seine-Escaut, qui assure également une liaison avec les bassins hydrographiques du Rhin et de la Meuse, est un tout nouveau canal qui doit être creusé : le canal Seine-Nord Europe.
Il est prévu de relier l'Oise au canal Dunkerque-Escaut. Il devra pouvoir accueillir des navires mesurant jusqu'à 185 mètres de long et 11,40 mètres de large, d'une capacité de chargement de 4 400 tonnes, soit l'équivalent de 22 camions.
Le canal, d'une longueur de 107 kilomètres et d'une largeur de 54 mètres, assurera la liaison entre le réseau français et les 20 000 km de voies navigables européennes. Son ouverture est prévue pour 2032-2033.

Rénovation d'infrastructures historiques ou délabrées
L'Europe finance la moitié du coût initialement prévu du projet, qui s'élève à 7 milliards d'euros, mais la Wallonie a également déjà investi près d'un milliard d'euros.
Après tout, certaines infrastructures wallonnes datent encore des années 1950, et le gouvernement wallon profite de ce projet pour moderniser le réseau fluvial reliant le Hainaut, Charleroi, Namur et Liège.
Par exemple, de nouvelles écluses sont prévues dans la région du Hainaut, à Obourg, Viesville, Gosselies et Marchienne-au-Pont, le long de l'axe reliant Charleroi à Bruxelles, en plus de celles qui existent déjà et qui font l'objet d'une rénovation parallèle.
Le Pont des Trous à Tournai, une écluse fortifiée sur l'Escaut et monument classé, a également été réaménagé, car il n'était plus adapté à la navigation fluviale moderne, alors même que le canal de Condé-Pommeroeul venait d'être rouvert.
Ce canal transfrontalier de 11 kilomètres de long, qui relie le canal de Nimy-Blaton-Péronnes, du côté belge, à l’Escaut à Condé-sur-l’Escau, en France, était fermé à la navigation depuis 1992 en raison d’un ensablement partiel. Depuis 2016, après des années de discussions,
Voies navigables de France et le Service public de Wallonie ont réalisé d'importants travaux de dragage et de rectification du tracé : 1 million de m³ de sédiments ont été retirés et 450 000 m³ de terre ont été excavés.
Grâce au canal, qui a rouvert en 2023, les plaisanciers peuvent désormais éviter un détour de 30 kilomètres en empruntant le canal Nimy-Blaton-Péronnes et gagner ainsi une demi-journée de trajet.

La Flandre était également impliquée
Aux côtés du Service public de Wallonie, de la Société du Canal Seine-Nord Europe et de Voies navigables de France, Vlaamse Waterweg fait également partie des quatre partenaires officiels du projet.
D'importants investissements sont prévus le long de l'axe de la Lys (Seine-Escaut) et du canal Roulers-Lys, et de nouvelles écluses seront construites sur l'Escaut supérieur.
Parallèlement, des efforts sont déployés pour renforcer la capacité de navigation, réhabiliter le fleuve, promouvoir les activités de loisirs sur l'eau et en bordure de celle-ci, et soutenir la revitalisation urbaine.
Dans le cadre du Mécanisme pour l'interconnexion en Europe (MIE) pour la période 2021-2026, la Commission européenne a alloué 276 millions d'euros au projet Seine-Escaut.
La Vlaamse Waterweg a reçu une subvention de 62,78 millions d'euros à cette fin. Celle-ci s'ajoute aux subventions européennes précédentes, d'un montant de 176 millions d'euros (2007-2013) et de 539 millions d'euros (2014-2020).
Retards et augmentation des coûts
En résumé : comme c'est souvent le cas pour les grands projets d'infrastructure, ces travaux ont pris du retard et leur coût a encore augmenté.
L'ouverture du canal Seine-Europe du Nord était initialement prévue pour 2010. Cette date a ensuite été repoussée à 2028 et, selon la Cour des comptes européenne, 2032 ou 2033 semble désormais plus probable.
Le coût initial du projet, estimé à 7 milliards d'euros, est depuis passé à environ 10 milliards d'euros. La Flandre et la Wallonie se sont toutes deux engagées à contribuer à hauteur d'environ 1 milliard d'euros.
En 2024, 18,4 millions de tonnes et 85 503 conteneurs ont transité par le corridor Seine-Escaut, un résultat qui s'est encore amélioré l'année dernière grâce à une croissance de 6,361 % en tonnage.
Cela confirme d'emblée l'importance stratégique de ce corridor en tant qu'artère logistique majeure, même si le réseau – dépourvu de liaison directe avec le bassin parisien – n'a pas encore été entièrement modernisé.


