Ce n'est pas la première fois que Renault se tourne vers l'art contemporain pour encadrer son avenir. A l'heure de la mobilité électrique, Renault confie les clés de sa future Twingo E-Tech Electric à l'artiste Joshua Vides, basé à Los Angeles.
Le résultat est une réinterprétation saisissante, en noir et blanc, de la voiture urbaine compacte, qui semble tout droit sortie d'un carnet de croquis. Aplatie en une illusion bidimensionnelle grâce à la technique ’Reality to Idea“ (RTI), signature du Vides.
Lien unique
À première vue, cette collaboration peut ressembler à un autre exercice de marketing destiné à attirer l'attention des médias sociaux. Mais dans le cas de Renault, elle reflète un lien ancien et assez unique entre l'art, le design et la production industrielle.
Dès 1967, la compagnie a invité des artistes contemporains tels que Victor Vasarely, Jean Dubuffet, et Jean Tinguely dans ses usines pour travailler avec les ingénieurs - non pas pour décorer les voitures, mais pour s'engager dans le processus industriel lui-même. Cet échange a contribué à façonner la culture créative de Renault et continue d'étayer l'utilisation de l'art par la marque aujourd'hui.
Le projet Twingo est moins un coup isolé que le dernier chapitre d'une stratégie qui n'a cessé de faire appel à des artistes pour repenser la façon dont les voitures sont perçues.
Le Vides est connu pour transformer des objets du monde réel - allant de baskets à des voitures entières - en rendus graphiques, semblables à des bandes dessinées, en les recouvrant de blanc et en soulignant chaque contour par des lignes noires audacieuses.
Conventions de freinage
Cette technique brouille délibérément la frontière entre l'objet et le concept, faisant apparaître les formes tridimensionnelles comme plates et schématiques. Appliquée à la nouvelle Twingo, elle crée un paradoxe visuel : un véhicule électrique entièrement fonctionnel présenté comme s'il en était encore à sa première phase de conception.
Ce revirement conceptuel est en parfaite adéquation avec le rôle que la Twingo a toujours joué dans le portefeuille de Renault. Lorsque le modèle original a fait ses débuts en 1993, il a rompu avec les conventions grâce à son design minimaliste, son “visage” arrondi et ses proportions presque caricaturales.
Elle a été conçue comme une simplification radicale de l'automobile : accessible, urbaine et émotionnellement engageante. Le successeur électrique vise à faire revivre cette philosophie dans un nouveau contexte, en ciblant l'accessibilité dans le segment d'entrée de gamme des VE tout en mettant l'accent sur la clarté et le caractère du design.
En invitant le Vides à réinterpréter la voiture, Renault visualise efficacement cette philosophie. L'artiste réduit le véhicule à son essence visuelle, faisant ainsi écho à l'ambition de la marque de réduire la complexité, tant au niveau du design que de la mobilité. Le message est subtil mais clair : il ne s'agit pas d'une voiture électrique de plus, mais d'une remise en question de ce que devrait être une voiture à son niveau le plus fondamental.
Contraste avec les constructeurs de voitures haut de gamme
La stratégie de Renault se distingue de celle des constructeurs haut de gamme. Chez BMW, les collaborations artistiques prennent depuis longtemps la forme du programme Art Car.
Des personnalités telles qu'Andy Warhol et Jeff Koons ont transformé des modèles performants en toiles roulantes. L'accent est mis sur l'exclusivité et la collectionnabilité, positionnant la voiture comme un objet digne d'un musée.
Porsche, quant à elle, a tendance à utiliser l'art pour renforcer la mythologie de sa marque, souvent centrée sur le design durable de la 911. Les collaborations sont généralement raffinées et axées sur le patrimoine, soulignant l'intemporalité et la précision plutôt que l'expérimentation ou l'accessibilité.

L'approche de Renault va dans une direction différente. Au lieu d'élever la voiture au rang d'objet d'art ou de luxe, elle utilise des interventions artistiques pour rendre ses véhicules plus compréhensibles et pour mettre en évidence leur logique de conception sous-jacente.
Dans le cas de la Twingo, le traitement graphique du Vides n'ajoute pas tant de couches de signification qu'il n'en supprime, réduisant la voiture à ses lignes et à ses proportions les plus reconnaissables.


