Dodge fait son grand retour en Europe, et ce n'est pas en passant inaperçu. Stellantis a officiellement annoncé le lancement européen de la nouvelle Dodge Charger, faisant traverser l'Atlantique à la fois à la Daytona 100 % électrique et à la SIXPACK à essence.
En d'autres termes, cette « muscle car » dont l'Amérique ne savait pas trop quoi faire se voit aujourd'hui offrir un passeport européen, un câble de recharge et une seconde chance.
Un timing intéressant
Le timing est intéressant. Aux États-Unis, la Charger Daytona électrique a connu des débuts difficiles. Elle a remplacé les anciennes Charger et Challenger équipées d'un V8 à un moment où de nombreux fans de longue date de Dodge pleuraient encore la disparition du moteur Hemi.
Et les acheteurs de véhicules électriques n’attendaient pas forcément un coupé électrique musclé de près de trois tonnes, doté d’un bruit d’échappement artificiel. Le résultat : un compromis peu convaincant : trop électrique pour les traditionalistes, trop « à l’ancienne » et peu efficace pour de nombreux acheteurs de véhicules électriques.
Les ventes ont reflété cette tension. La Daytona EV a eu du mal à s'imposer aux États-Unis, tandis que les premières critiques soulignaient son autonomie limitée en conditions réelles compte tenu de sa taille, son prix élevé et des problèmes logiciels.
À plein volume dans les haut-parleurs
Ajoutons à cela le simple fait que le public de référence de Dodge n’avait pas demandé le silence, même si Dodge a tenté de combler ce silence avec son Système d'échappement à chambres Fratzonic. Oui, la Charger électrique peut rugir à travers les haut-parleurs et les salles. Non, cela n'a apparemment pas suffi à faire oublier le V8 à tout le monde.
Alors, pourquoi l'Europe, et pourquoi maintenant ? La réponse semble tenir moins au volume qu'au positionnement. Stellantis ne semble pas vouloir relancer Dodge en tant que marque grand public de ce côté-ci de l'Atlantique.
Au contraire, la marque utilise la Charger comme produit phare, vendue par le biais d'un réseau d'importateurs spécialisés à ceux qui apprécient toujours l'idée de l'excès à l'américaine, mais de préférence avec des papiers d'immatriculation européens.
Cette mission incombe à KW Auto. KW Auto, abréviation de Klintberg & Way Automotive, est l'importateur officiel européen des marques Dodge et Ram pour Stellantis. L'entreprise est chargée de la distribution, du soutien aux concessionnaires, du service après-vente et des travaux d'homologation menés à Bremerhaven, qui permettent d'adapter les modèles américains au marché européen.
17 pays européens
KW Auto indique qu'elle assurera la distribution par l'intermédiaire de plus de 140 concessionnaires agréés dans 17 pays européens, tandis que l'homologation et l'adaptation aux réglementations européennes seront effectuées dans son centre de transformation de Bremerhaven, en Allemagne.
La gestion des pièces de rechange sera assurée par Iron Parts. C'est important, car importer une muscle car américaine en Europe ne se résume pas à changer la langue du GPS et à espérer que les dos d'âne belges seront cléments.
La Charger devra obtenir une homologation européenne, subir des modifications au niveau de l'éclairage, fournir la documentation réglementaire, mettre en place des contrats de service locaux et effectuer des travaux de mise en conformité spécifiques au marché.
Comment recharger ?
En ce qui concerne la Daytona électrique, la question la plus intéressante est celle de la recharge. La version américaine s'oriente vers le système NACS, mais l'Europe est le fief du CCS2. Stellantis et KW Auto n'ont pas encore publié tous les détails techniques définitifs concernant la Daytona européenne.
Et KW Auto indique toujours que l'homologation Daytona est en cours de développement. Il faut donc s'attendre à ce que la fiche technique européenne définitive ne se limite pas à un simple compteur de vitesse métrique.

La gamme confirmée s'annonce déjà très alléchante. La Charger Daytona électrique est proposée en version R/T avec 536 ch et 719 Nm de couple, permettant de passer de 0 à 100 km/h en 3,9 secondes, ou en version Scat Pack avec 670 ch et 850 Nm, réduisant ce sprint à 3,3 secondes.
Les deux modèles sont équipés d'une transmission intégrale et seront proposés en version coupé deux portes et berline quatre portes. Dodge parle de « muscle car ». Votre revendeur de pneus local y verra peut-être une opportunité commerciale.
La version essence revêt peut-être une importance stratégique encore plus grande. Au lieu d'un V8, la Charger SIXPACK est équipée du moteur Hurricane 3,0 litres biturbo à six cylindres en ligne de Stellantis.
Dans sa version R/T, elle développe 420 ch et 634 Nm, tandis que la Scat Pack passe à 550 ch et 719 Nm. Cette dernière atteint les 100 km/h en 3,9 secondes, ce qui signifie que la Charger essence ne débarque pas en Europe pour faire des compromis. Elle arrive pour rappeler haut et fort que la réduction de la cylindrée ne signifie pas toujours une perte de puissance.
Un moment culturel inopportun
Pour Stellantis, cette double stratégie est tout à fait logique. Aux États-Unis, le pari exclusivement électrique autour de la Charger est tombé à un moment culturel inopportun. En Europe, la combinaison de véhicules électriques et à essence offre davantage de souplesse à Dodge.
La Daytona séduira les amateurs de performances à la recherche d'un véhicule électrique qui ne passe pas inaperçu, tandis que la SIXPACK perpétue la tradition des moteurs à combustion de la marque sans les contraintes politiques et réglementaires liées à un V8.
L'Europe pourrait également constituer un terrain d'expérimentation plus propice pour cette nouvelle formule musclée quelque peu inhabituelle. L'adoption des véhicules électriques y est plus forte qu'aux États-Unis. Les acheteurs du haut de gamme ont l'habitude de dépenser sans compter pour des produits de niche, et les voitures américaines occupent déjà une catégorie émotionnelle à part.
En Europe, une Dodge Charger n'a pas besoin de rivaliser avec la Volkswagen ID.7 ou la BMW i5 sur le plan de la rationalité. Il lui suffit d'être rare, spectaculaire, rapide et dûment homologuée.
Une fourchette de prix comprise entre 70 000 et 90 000 euros ?
Les prix officiels pour l'Europe n'ont pas encore été dévoilés, mais compte tenu des tarifs pratiqués aux États-Unis, des droits d'importation, de la TVA, des frais d'homologation et de la marge de l'importateur KW Auto, la nouvelle Charger ne devrait pas être vendue à bas prix. Il faut s'attendre à ce que la version essence SIXPACK soit commercialisée à partir d'environ 70 000 €, tandis que la Daytona électrique devrait largement dépasser les 90 000 € dans les finitions haut de gamme.
Le calendrier de lancement dans les différents pays n'a pas encore été précisé. L'Allemagne s'impose comme le point de départ tout désigné, compte tenu de la présence de KW Auto à Bremerhaven, de la taille du marché et de l'engouement de longue date des Allemands pour les voitures d'importation puissantes.
La Suisse, les Pays-Bas, la Belgique, les pays nordiques et d'autres marchés où KW Auto est déjà présent sont des candidats potentiels, mais Dodge n'a pas encore confirmé de calendrier de lancement par pays.
Cette incertitude fait partie du jeu. Stellantis ne relance pas la marque Dodge en Europe en s'appuyant sur un réseau complet de concessionnaires soutenus par l'usine. L'entreprise opte pour un modèle plus léger, axé sur les importateurs, qui lui permet de tester la demande sans s'engager à outrance.
Si la Charger remporte un franc succès, elle offrira à Stellantis un atout de niche précieux : une marque qui allie émotion, héritage et performances, à une époque où de nombreux constructeurs automobiles peinent à différencier leurs véhicules électriques les uns des autres.
Et si ce n'est pas le cas ? Eh bien, au moins, l'Europe aura brièvement profité de l'une des contradictions automobiles les plus étranges de la décennie : une muscle car américaine qui n'a pas réussi à séduire suffisamment d'Américains, revenue en Europe avec un rugissement électrique, un grondement de six cylindres et une valise pleine de documents d'homologation.


