L'essor mondial des véhicules électriques ralentit, mais l'Europe et la Belgique font figure d'exception

Selon les données de Benchmark Mineral Intelligence relayées par Reuters, les immatriculations mondiales de véhicules électriques ont atteint environ 1,8 million en mai.

Ce chiffre n'était que de 3% supérieur à celui de mai de l'année dernière, ce qui porte la hausse enregistrée au cours des cinq premiers mois de 2026 à un modeste 0,9%. Sur le papier, cela ressemble à un net ralentissement après des années de croissance à deux chiffres. En réalité, cela montre que le marché ne se comporte plus comme un tout homogène. Mais l’Europe et la Belgique brossent un tableau différent.

Selon BMI, les immatriculations européennes de véhicules électriques à batterie et hybrides rechargeables ont augmenté de 23% en mai pour atteindre environ 415 000 unités, grâce aux mesures d'incitation, à la hausse des prix de l'essence et à un choix plus large de modèles.

La Chine a pris le contre-pied

La Chine, qui reste de loin le plus grand marché mondial des véhicules électriques, a connu une évolution inverse, avec des immatriculations nationales en baisse de 9% pour s'établir à environ 987 000 unités, suite à l'expiration des avantages fiscaux et des aides à la reprise. L'Amérique du Nord a connu une baisse encore plus marquée, avec une diminution de 26% pour atteindre environ 123 000 véhicules, en raison de l'affaiblissement des mesures de soutien mises en place aux États-Unis.

Cela fait de 2026 une année plus complexe pour la mobilité électrique. La transition mondiale ne s’inverse pas, mais elle entre dans une phase plus lente et plus inégale. L’Agence internationale de l’énergie prévoit toujours que les ventes de voitures électriques atteindront 23 millions cette année, soit 28% de l’ensemble des voitures neuves vendues.

EV Volumes se montre plus prudent, tablant sur 22,7 millions d’unités, soit une hausse de seulement 5% par rapport à 2025. Ces deux scénarios auraient été considérés comme extraordinaires il y a encore quelques années. En 2025, les ventes mondiales de voitures électriques dépassaient déjà les 20 millions d’unités, ce qui signifie qu’environ une voiture neuve sur quatre vendue dans le monde était électrique.

Ralentissement du marché

Le contraste avec le passé récent est saisissant. Avant la pandémie, les voitures électriques restaient encore un produit de niche sur de nombreux marchés. Aujourd’hui, le débat ne porte plus sur la capacité des véhicules électriques à se développer, mais sur la question de savoir si cette croissance pourra se maintenir au même rythme qu’auparavant. Cette distinction est importante. Un marché peut ralentir tout en continuant à s’étendre structurellement chaque année.

L'Europe en est un bon exemple. Le continent a connu un fort rebond du marché des véhicules électriques en 2025, année où les ventes de voitures électriques ont augmenté de plus de 30% pour atteindre 4,2 millions d'unités, soit 28% des ventes de voitures neuves, selon l'AIE.

Au sein de l'UE, les voitures électriques à batterie ont atteint une part de marché de 17,41 TP3T en 2025, contre 13,61 TP3T en 2024, tandis que les véhicules à essence et diesel ont continué à perdre du terrain. Les données de 2026 indiquent que l'Europe a maintenu son élan, alors même que le marché chinois connaît un ralentissement et que l'Amérique du Nord recule.

La Belgique figure parmi les pays les plus touchés par cette tendance européenne. En mai, les immatriculations de voitures neuves en Belgique et au Luxembourg ont reculé de 2,11 TP3T pour s'établir à 33 625 véhicules, en partie en raison d'un nombre réduit de jours ouvrés.

Pourtant, les véhicules électriques à batterie ont continué à gagner du terrain, atteignant 37,41 TP3T du marché, soit près de deux cinquièmes des nouvelles immatriculations. Au cours des cinq premiers mois, le marché global a reculé de 4,11 TP3T, mais la composition des motorisations a continué à évoluer vers l'électrification.

La Belgique a radicalement changé

La situation en Belgique a radicalement changé en peu de temps. Les chiffres de Statbel montrent que les voitures hybrides et électriques représentaient 72,81 TP3T des immatriculations de voitures particulières neuves en 2025, contre 7,91 TP3T en 2019.

Le diesel, autrefois dominant, n'a représenté plus que 3,5% des nouvelles immatriculations. EV Belgium a recensé environ 145 000 voitures électriques vendues en Belgique en 2025, soit une hausse de 13,61 TP3T par rapport à 2024, ce qui confère aux modèles électriques une part de marché de 351 TP3T.

Cela ne signifie pas pour autant que les particuliers belges soient soudainement devenus des adeptes convaincus des véhicules électriques. L'électrification du pays reste en grande partie tirée par les véhicules de fonction.

Selon Statbel et EV Belgium, près de 9 nouvelles voitures entièrement électriques sur 10 immatriculées en 2025 l'ont été par des entreprises. Chez les particuliers, le prix, l'accès aux bornes de recharge et le manque de confiance dans les batteries restent des obstacles majeurs.

L'étude de Deloitte sur la consommation en Belgique en 2026 a révélé que seuls 12% des personnes interrogées préféraient un véhicule électrique à batterie (BEV) comme prochain véhicule, soit à peine plus qu'en 2025, tandis que 45% préféraient toujours l'essence ou le diesel, et 31% les hybrides.

Le marché de l'occasion, un moteur de croissance

Cette contradiction apparente marque le début d'une nouvelle étape dans l'histoire des véhicules électriques en Belgique. Le marché des véhicules de société a accéléré les nouvelles immatriculations de véhicules électriques. Le marché des particuliers pourrait suivre plus tard, via le marché de l'occasion.

La Belgique est un pays où le marché des voitures d'occasion est très présent, celles-ci représentant 64% des ventes automobiles en 2025. Les voitures électriques ne représentent encore qu'une petite part de ce marché, passant de 3% à 5%, mais l'offre de véhicules électriques issus de contrats de leasing va croître rapidement à mesure que les voitures de fonction actuelles reviendront sur le marché.

Si ces voitures sont proposées à des prix attractifs, avec des garanties encore valables sur la batterie et des informations transparentes sur l'état de celle-ci, elles pourraient permettre aux ménages qui ne peuvent pas ou ne souhaitent pas acheter un véhicule neuf d'accéder aux véhicules électriques.

Cela pourrait également atténuer le discours négatif sur les véhicules électriques qui circule sur les réseaux sociaux. La familiarité joue un rôle important. Lorsque les voisins, les proches et les collègues achètent des véhicules électriques d'occasion qui fonctionnent de manière fiable et dont les coûts d'utilisation sont moins élevés, le débat devient moins idéologique et plus concret.

Pour l'instant, les chiffres du mois de mai ne laissent pas présager un effondrement du marché des véhicules électriques. Ils indiquent plutôt que le marché est en pleine mutation. La croissance mondiale est plus lente que pendant les années de forte expansion, mais la base de référence est bien plus importante.

L'Europe continue sur sa lancée. La Belgique affiche déjà un taux d'électrification élevé parmi les nouvelles immatriculations, même si cela concerne principalement les flottes. La question décisive n'est plus de savoir si les véhicules électriques peuvent se vendre, mais si le marché de l'occasion peut transformer l'adoption menée par les entreprises en une adoption massive par les particuliers.

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