Dans le sillage de la nouvelle réglementation européenne sur les voitures électriques, un concept similaire, proposé par un acteur inattendu, a fait son apparition. Shell a dévoilé un petit véhicule électrique urbain baptisé « Triple10 Challenge », qui présente des caractéristiques intéressantes pour une voiture de cette taille. Il ne s’agit pas seulement d’une opération de relations publiques de la part d’un géant pétrolier visant à afficher ses engagements écologiques.
Shell produit toujours environ trois millions de barils de pétrole brut par jour et, bien sûr, l'entreprise prend ses précautions alors que l'électromobilité remplace progressivement les moteurs à combustion et les produits dérivés du pétrole. Bienvenue au Triple10 Challenge, un concept de véhicule électrique routier qui fonctionne réellement.
Ce nom résume en quelques mots trois chiffres clés : dix minutes pour passer de 10 à 80 % de charge sur une borne publique standard de 175 kW – ce qui est exceptionnel ; dix kilomètres parcourus pour chaque kilowattheure consommé ; et une empreinte carbone de dix tonnes sur l'ensemble du cycle de vie du véhicule, de sa fabrication à sa mise au rebut.
Aucun de ces chiffres n’est théorique. Shell, en collaboration avec la société d’ingénierie britannique RML, a construit un prototype fonctionnel et l’a testé sur le circuit d’essai d’Horiba Mira. Il faudra se fier à la parole de Shell, mais il semble que la voiture soit à la hauteur de ces chiffres. Ceux-ci paraissent plausibles compte tenu de la petite taille de cette berline quatre portes.
Un système de refroidissement ingénieux
Mais il y a d’autres aspects ingénieux qui vont au-delà du boîtier, du moteur ou du châssis. C’est le système de refroidissement sur lequel il faut se concentrer. Shell a abandonné les circuits eau-glycol classiques qui s’enroulent autour des modules de batterie dans les véhicules électriques actuels. À la place, l’entreprise a immergé les cellules cylindriques directement dans un fluide diélectrique de sa propre formulation.
Cela peut sembler être un ajustement mineur, mais c’est en réalité très important. En immergeant les cellules dans un liquide non conducteur, la batterie maintient en permanence sa température optimale, même lorsqu’elle absorbe 175 kW pendant toute la durée d’une recharge rapide.
Plafond thermique
Les véhicules électriques à recharge rapide les plus performants du moment peuvent atteindre 320 kW, voire plus, mais ils ne peuvent maintenir ces limites thermiques que pendant quelques minutes. Lorsque la température devient trop élevée, le logiciel limite le courant, ce qui entraîne une chute brutale de la courbe de charge. Ce n’est pas le cas de cette batterie. En effet, le bain de liquide a permis de supprimer la limite thermique.
Ce concept s'adresse clairement aux acheteurs urbains qui ne disposent pas de borne de recharge à domicile, c'est-à-dire à ceux qui ont besoin de recharger leur véhicule lors de leurs déplacements et qui refusent d'attendre une demi-heure. Les enquêtes menées par Shell indiquent que 10 minutes constituent le seuil psychologique de tolérance en matière de recharge publique.

À l'intérieur, la voiture est également spacieuse. La petite batterie se loge sous la banquette arrière et dans le coffre, ce qui laisse un espace confortable pour les pieds et évite aux passagers d'avoir à replier les genoux. L'habitacle lui-même est minimaliste et épuré.
Un meilleur refroidissement permet également d'optimiser la récupération d'énergie lors du freinage régénératif et de partager un même circuit de radiateur entre le moteur et l'électronique de puissance. Ce fluide permet en outre de réduire le poids, le coût et la complexité du système.
Facile à recycler
Shell présente les chiffres à l'appui : la batterie d'une capacité utile de 32 kWh qui en résulte coûte environ 25 % moins cher à fabriquer qu'un bloc classique de capacité équivalente. Elle est également plus facile à démonter. Il suffit de vidanger le liquide et de retirer les modules. En abandonnant les couches collées entre elles, le recyclage devient un jeu d'enfant.
En matière de circularité, le châssis est moulé à partir d’aluminium recyclé, ce qui, selon Shell, génère 10 fois moins d’émissions de CO₂ que le métal vierge. Le toit et les roues sont fabriqués à partir de fibre de carbone recyclée, tandis que la sellerie est en lin.

En additionnant tous ces éléments, on comprend comment Shell parvient à une empreinte carbone sur l'ensemble du cycle de vie d'environ 10 tonnes d'équivalent CO₂, pour une recharge alimentée par de l'électricité d'origine renouvelable 100%. Cela représente environ la moitié des émissions sur toute la durée de vie d'un véhicule électrique à batterie européen type aujourd'hui, selon les chiffres de l'entreprise.
Vente du liquide
Mais la question demeure : pourquoi une entreprise pétrolière et gazière, dont les ambitions en matière de neutralité carbone sont contestées, fabrique-t-elle un petit véhicule électrique ? Eh bien, c’est parce qu’elle veut vous vendre le carburant qu’il contient. Et l’électricité qui le recharge.
La Triple10 arrive à un moment intéressant : les véhicules électriques abordables sont la prochaine grande tendance, et ce concept bénéficie d’un soutien politique grâce à une réglementation européenne spécifique en matière de sécurité et de fabrication, qui devrait générer un véritable boom pour ces voitures, plus connues sous le nom d’« E-cars ».
Shell propose une approche prometteuse : une petite batterie, une voiture légère, un circuit de refroidissement plus simple, le tout à un prix plus abordable. Cela pourrait être une véritable source d'inspiration pour les constructeurs automobiles.


