Xiaomi a franchi une nouvelle étape concrète vers son objectif de devenir un constructeur automobile mondial. Le géant de la technologie, souvent surnommé ‘ l'Apple chinois ’, a lancé un site web international dédié et les réseaux sociaux internationaux de Xiaomi Auto.
Le site indique clairement que ses voitures “ arriveront officiellement en Europe en 2027 ”. Plus révélateur encore, le site comporte déjà un espace dédié aux demandes concernant les concessionnaires et la distribution.

Pas encore de détails
Cette initiative ne constitue pas encore un véritable lancement sur le marché. Xiaomi n’a annoncé aucun pays, aucun prix ni aucune gamme confirmée pour l’Europe, et le site web sert actuellement principalement de vitrine pour les modèles SU7, SU7 Ultra, YU7 GT, SkyNomad et les technologies de l’entreprise. Mais il s'agit là du signe public le plus clair à ce jour indiquant que les préparatifs pour l'Europe sont passés de la phase stratégique à celle de la mise en œuvre commerciale.
Le président de Xiaomi, Lu Weibing, avait précédemment déclaré que les ventes à l'international devraient débuter au troisième ou au quatrième trimestre 2027, l'Europe étant la première destination visée.
L'entreprise souhaite pénétrer les marchés développés et les segments de milieu et haut de gamme avant de s'attaquer aux segments d'entrée de gamme. Selon le Financial Times, l'Allemagne devrait être son premier marché automobile européen, tandis que Xiaomi s'est fixé l'objectif ambitieux de devenir l'une des cinq premières marques haut de gamme en Europe d'ici 2030.
‘ Ma Xiaomi SU7 est géniale ’
Cela place l'entreprise en concurrence directe non seulement avec Tesla et ses rivaux chinois tels que BYD, Xpeng et Zeekr, mais aussi, de plus en plus, avec BMW, Mercedes, Audi et Porsche.
Cette menace est déjà prise très au sérieux à Détroit. Jim Farley, PDG de Ford, a notamment fait venir par avion une SU7 de Shanghai à Chicago et l'a conduite pendant six mois.
Il a qualifié le Xiaomi de “ fantastique ” et a admis qu’il “ ne voulait pas s’en séparer ”, tout en décrivant Xiaomi comme un géant du secteur dont la marque grand public est plus forte que celles des constructeurs automobiles traditionnels.
Et ce n'est pas tout. Xiaomi dispose déjà d'un centre de R&D dédié à l'automobile à Munich, dans la ville même où BMW a vu le jour, et a recruté des ingénieurs et des cadres expérimentés issus de constructeurs européens.
Des SUV plutôt que des supercars
La plus grande menace n'est peut-être pas la spectaculaire SU7 Ultra, qui a fait la une des journaux et fait beaucoup parler d'elle au Nürburgring. En Europe, le véritable champ de bataille devrait être le segment des SUV électriques haut de gamme.

La YU7 vise directement la Tesla Model Y, tout en ciblant une clientèle plus haut de gamme, notamment les clients qui envisagent également des modèles tels que la BMW iX3, l'Audi Q6 e-tron et le GLC électrique de Mercedes.
À terme, Xiaomi pourrait élargir sa gamme. La gamme SkyNomad, récemment dévoilée, montre que la marque ne se contente plus des berlines sportives et des crossovers.
En Chine, ce grand SUV est équipé d'un groupe motopropulseur à prolongateur d'autonomie et vise le marché de plus en plus important des voitures familiales haut de gamme. Son lancement en Europe n'a pas encore été confirmé, mais ce modèle illustre à quelle vitesse Xiaomi comble les lacunes traditionnelles de son portefeuille automobile.
C'est cette rapidité qui distingue Xiaomi de nombreuses start-ups chinoises spécialisées dans les véhicules électriques. L'entreprise fait son entrée sur le marché automobile en s'appuyant sur une puissance financière et technologique considérable.
Xiaomi est le troisième fabricant mondial de smartphones et compte des centaines de millions d'utilisateurs actifs, plus d'un milliard d'appareils connectés et un vaste écosystème de vente au détail. Sa stratégie “ Human x Car x Home ” place délibérément l'automobile au même rang que le smartphone et la maison connectée.
La pomme chinoise ?
Il est donc tentant de qualifier Xiaomi d“” Apple chinois », même si cette comparaison est incomplète. À l’instar d’Apple, l’entreprise s’efforce de contrôler le matériel, les logiciels, les services et, de plus en plus, même les puces. Xiaomi a investi massivement dans ses propres processeurs Xring et développe actuellement une puce D100 spécialement destinée aux applications de conduite autonome.
L'ironie est évidente. Apple a consacré des années et des milliards à tenter de se lancer dans le secteur automobile avant d'abandonner le projet Titan, tandis que Xiaomi a annoncé son programme automobile en 2021 et a commencé les livraisons à peine trois ans plus tard.
Les voitures ont également pris une importance bien plus grande pour Xiaomi que ne le laisse supposer leur jeune âge. Au deuxième trimestre 2026, le chiffre d’affaires généré par les véhicules électriques connectés a atteint 23,9 milliards de yuans, soit environ 22% du chiffre d’affaires trimestriel total de Xiaomi, qui s’élevait à 108,9 milliards de yuans.
Xiaomi a livré 104 199 voitures au cours du trimestre. Sa division « Véhicules électriques, IA et nouvelles initiatives », plus large, a représenté 231 TP3T du chiffre d'affaires du groupe, contre 18,31 TP3T un an plus tôt.
Cela revêt une importance particulière car l’activité traditionnelle de Xiaomi dans le domaine des smartphones a atteint sa maturité et subit actuellement des pressions, tandis que le secteur automobile constitue un nouveau moteur de croissance majeur. L’automobile n’est plus un simple projet parallèle de prestige, mais est en passe de devenir l’un des piliers de l’entreprise.
L'Europe sera le véritable test
L'Europe constituera néanmoins un défi bien plus difficile à relever que la Chine. Xiaomi doit encore obtenir l'homologation, mettre en place des solutions de financement et de location locales, développer des réseaux de réparation et de pièces détachées, proposer des valeurs résiduelles compétitives et, surtout, gagner la confiance des acheteurs de flottes. Les droits de douane imposés par l'UE sur les véhicules électriques fabriqués en Chine constituent un obstacle supplémentaire.
On peut donc affirmer que le nouveau portail destiné aux revendeurs et distributeurs revêt une importance bien plus grande que les voitures rutilantes présentées sur le nouveau site web de Xiaomi. L'Europe sait depuis l'année dernière que Xiaomi ferait son entrée sur le marché en 2027.
Ce qui change aujourd'hui, c'est que l'entreprise semble mettre en place les structures nécessaires pour transformer cette promesse en une véritable activité automobile européenne.


