La Belgique est le champion européen des trajets domicile-travail en termes de temps, et non de distance

Les salariés belges passent plus d'une heure par jour à faire la navette entre leur domicile et leur lieu de travail, ce qui fait une nouvelle fois de la Belgique le champion européen des trajets domicile-travail.

Mais cela ne s'explique pas simplement par le fait que les Belges habitent plus loin de leur lieu de travail. En effet, les salariés néerlandais parcourent souvent des distances encore plus longues. Le problème en Belgique, c'est que ces kilomètres prennent un temps exceptionnellement long à parcourir.

Selon une nouvelle enquête internationale menée par le prestataire de services RH SD Worx, les salariés belges consacrent en moyenne 61 minutes par jour à leurs trajets domicile-travail, ce qui représente le chiffre le plus élevé parmi les 16 pays européens étudiés, et bien au-dessus de la moyenne internationale de 48 minutes. La Suède arrive en deuxième position avec 57 minutes, suivie de l'Irlande avec 56 minutes.

Les personnes effectuant de longs trajets quotidiens

Ce chiffre belge a également franchi un seuil psychologique important. Les salariés eux-mêmes considèrent qu'une durée moyenne de 57 minutes par jour constitue le temps de trajet maximal acceptable.

Pourtant, seuls 34% déclarent que leurs trajets domicile-travail leur font perdre un temps de travail considérable, ce qui laisse penser que les longs trajets sont, dans une certaine mesure, désormais considérés comme faisant partie intégrante de la vie professionnelle belge.

Les extrêmes sont particulièrement révélateurs. Pas moins de 13% de salariés belges passent deux heures ou plus par jour dans les transports, contre une moyenne internationale de 8%. La Belgique compte également l’un des plus grands groupes d’Europe de personnes effectuant de très longs trajets domicile-travail : 14% parcourent plus de 120 kilomètres par jour.

Les Néerlandais vont encore plus loin

Ce dernier chiffre met en évidence un paradoxe intéressant. Les Pays-Bas affichent en effet un score légèrement supérieur, avec 151 TP3T de salariés parcourant plus de 120 kilomètres.

Des données antérieures de SD Worx avaient déjà mis en évidence ce même phénomène. Les salariés néerlandais parcouraient environ 40 kilomètres par journée de travail, contre 37 kilomètres en Belgique et 34 kilomètres en France. Pourtant, les salariés belges y consacraient plus de temps.

Selon la dernière édition néerlandaise de l'enquête SD Worx 2026, la durée moyenne du trajet domicile-travail est de 56,4 minutes aux Pays-Bas et de 47,3 minutes en Allemagne.

Les différentes publications nationales de SD Worx font état de légères divergences quant au chiffre exact pour la Belgique. La conclusion reste toutefois la même : la Belgique se classe en tête ou parmi les premiers en matière de temps de trajet domicile-travail, tandis que les Pays-Bas sont sans doute le « champion européen » de la distance. En d’autres termes, le problème belge ne réside pas uniquement dans la distance. Il tient à la lenteur et au manque de fiabilité avec lesquels ces kilomètres sont parcourus.

Les Belges sont relativement attachés à leur lieu de résidence

La Belgique présente plusieurs caractéristiques qui rendent les longs trajets domicile-travail presque inévitables. L'habitat est très dispersé, tandis que l'emploi est beaucoup plus concentré autour de Bruxelles, Anvers, Gand, Louvain et plusieurs autres pôles économiques. Bruxelles en est l'exemple le plus frappant. Environ la moitié des personnes travaillant dans la Région de Bruxelles-Capitale vivent en dehors de celle-ci, ce qui génère d'énormes flux quotidiens en provenance de la Flandre et de la Wallonie.

Par ailleurs, les Belges ont tendance à être relativement attachés à leur lieu de résidence. Les familles choisissent souvent leur logement en fonction de leur budget, de l'espace disponible, des écoles et de la proximité avec leur famille, plutôt qu'en fonction de la proximité avec leur lieu de travail. Changer d'employeur est généralement plus facile que de déménager.

Cette répartition géographique s'accompagne d'une forte dépendance à l'égard de la voiture. Les chiffres de Statbel montrent qu'environ deux tiers des navetteurs belges utilisent la voiture comme principal moyen de transport, cette part dépassant même les 80% en Wallonie.

Les transports en commun ne constituent pas non plus toujours une alternative convaincante. Selon la nouvelle enquête de SD Worx, seuls 46% des salariés belges estiment disposer d’options suffisantes pour leurs trajets domicile-travail, contre 54% à l’échelle internationale. À peine un sur quatre considère que les transports en commun sont pratiques, fiables et facilement accessibles.

Les Pays-Bas s'en sortent mieux sur ces deux plans. Leur réseau ferroviaire, leurs infrastructures cyclables et leurs liaisons multimodales permettent aux salariés de parcourir des distances relativement longues de manière plus efficace. Cependant, la détérioration de l'accessibilité au logement oblige également de nombreux travailleurs néerlandais à s'installer plus loin des grands pôles d'emploi.

Les frais de transport sont pris en charge

La Belgique présente une autre particularité. Les gouvernements successifs et les employeurs ont facilité financièrement les trajets domicile-travail sur de longues distances grâce aux voitures de fonction, au remboursement des frais de transports en commun, aux indemnités pour l'utilisation du vélo et aux indemnités de déplacement.

Cela aide les salariés à faire face au coût de la vie dans des localités plus éloignées de leur lieu de travail, mais cela peut également réduire l'intérêt financier de se rapprocher de celui-ci. Des études menées par le Bureau fédéral du Plan belge ont déjà montré que les aides aux déplacements domicile-travail et les véhicules de fonction peuvent contribuer à allonger les distances parcourues et à accroître l'utilisation de la voiture.

Autres pays européens

L'Allemagne offre un contraste intéressant. Malgré une utilisation de la voiture tout aussi élevée, la durée moyenne des trajets domicile-travail, selon la dernière étude comparative de SD Worx, est nettement inférieure.

La structure économique plus polycentrique de l'Allemagne, où les emplois sont répartis entre de nombreuses grandes et moyennes villes, pourrait contribuer à éviter l'attraction extrême qu'exerce Bruxelles sur le marché du travail belge.

Le Luxembourg pourrait potentiellement rivaliser avec la Belgique, mais il n’a pas été pris en compte dans l’enquête de SD Worx. Près de la moitié de la main-d’œuvre luxembourgeoise est constituée de travailleurs frontaliers venus de France, de Belgique et d’Allemagne, dont beaucoup passent chaque jour de longues heures dans les transports.

Le titre de « champion européen des trajets domicile-travail » décerné à la Belgique n’est donc pas tant le reflet d’une mobilité sur de longues distances que le résultat de plusieurs décennies d’aménagement du territoire, d’urbanisation périphérique, de concentration de l’emploi et d’une mobilité axée sur la voiture. Les Néerlandais parcourent souvent de plus longues distances. Les Belges ont simplement besoin de plus de temps pour s’y rendre.

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