Les ambitions de Renault dans le domaine de la défense prennent de l'ampleur grâce à un robot de combat belge

Renault renforce une nouvelle fois son engagement dans le domaine des technologies militaires. Moins de cinq mois après que son PDG, François Provost, eut affirmé que le constructeur automobile français ne deviendrait pas une entreprise du secteur de la défense, Renault a annoncé son troisième partenariat dans le domaine des drones militaires, cette fois-ci avec la société belge John Cockerill.

Le résultat : le « Forefront Concept », un robot terrestre à propulsion électrique conçu pour les missions dangereuses sur le champ de bataille.

Ce nouveau véhicule allie le savoir-faire de Renault en matière de motorisations électriques et de production de série à la technologie militaire du groupe industriel belge. Il est destiné à évacuer les soldats blessés, à transporter du matériel, à mener des missions de reconnaissance et, éventuellement, à fournir un appui armé sans exposer le personnel aux tirs ennemis.

Le Forefront est équipé d'une transmission intégrale, d'un système de direction sur les quatre roues et de deux moteurs électriques. Renault annonce une autonomie d'environ 400 kilomètres, prolongeable grâce à un prolongateur d'autonomie, ainsi qu'une capacité de charge utile d'une tonne. Il peut franchir des pentes allant jusqu'à 60 %.

Ce véhicule est piloté à distance, et John Cockerill développe actuellement des fonctions de plus en plus autonomes. Il peut également être équipé d'armes télécommandées et de dispositifs anti-drones. Parmi ses applications civiles, on peut citer la protection des infrastructures critiques et les interventions dans des environnements industriels dangereux.

Dix fois moins cher ?

Ce partenariat témoigne d'une évolution fondamentale dans le secteur de la fabrication militaire. Plutôt que de développer des équipements sur mesure coûteux, Renault utilise des composants automobiles éprouvés et des méthodes de production éprouvées afin de réduire les coûts et d'accélérer la fabrication.

Selon l'AFP, environ 70 % des composants de Forefront sont issus de technologies automobiles existantes. Jean-Luc Maurange, PDG de John Cockerill, estime que cette approche pourrait permettre de diviser par dix les coûts par rapport au concept de développement initial.

Cela serait particulièrement pertinent en Ukraine, où les champs de bataille, surveillés par des drones et de plus en plus dangereux, rendent indispensables le recours à des moyens logistiques sans pilote et à l'évacuation des blessés.

Forefront fera l'objet d'essais militaires en France dans les semaines à venir. Selon Le Monde, des exercices sont également prévus avec l'armée belge. Toutefois, aucun des deux pays n'a passé de commande ferme, et Renault n'a pas encore déterminé quelle usine française produirait ce véhicule.

La troisième initiative de Renault dans le domaine militaire

Comme l’avait déjà signalé Newmobility.news, l’implication croissante de Renault dans le secteur de la défense contraste de plus en plus avec Prise de position publique du vice-recteur.

Lors du congrès Automotive News Europe qui s'est tenu à Bruxelles en juin dernier, il a déclaré catégoriquement que Renault ne deviendrait pas une entreprise du secteur de la défense. Néanmoins, le constructeur automobile s'était déjà engagé à produire des drones à longue portée « Chorus » en partenariat avec le spécialiste français Turgis Gaillard.

Quelques jours plus tard, Renault a annoncé un autre partenariat, avec Thales, en vue de l'industrialisation de la munition volante « Toutatis ». Ce projet prévoit la production de jusqu'à 1 000 unités par mois à partir de 2027.

Forefront ajoute désormais un véhicule terrestre électrique à ce portefeuille militaire en pleine expansion. Renault continue d'affirmer qu'il apporte son expertise industrielle plutôt que de se lancer dans le secteur de l'armement. La défense reste en dehors de son cœur de métier FutuREady stratégie, et l'entreprise affirme que les projets militaires ne doivent pas compromettre les investissements dans les voitures particulières.

Un lien belge remarquable

Pour John Cockerill, dont le siège social se trouve à Seraing, près de Liège, Forefront offre une nouvelle opportunité de développer ses activités dans le domaine de la défense.

Le groupe a racheté un constructeur français de véhicules militaires Arquus en 2024. Arquus était auparavant Renault Trucks Defense, ce qui signifie que cette nouvelle collaboration permet en fait à Renault de renouer avec une activité de véhicules militaires portant son nom historique.

John Cockerill apporte sa technologie de télécommande, ses systèmes autonomes, son expertise en matière d'intégration d'équipements militaires et son savoir-faire opérationnel. Renault fournit la plateforme du véhicule et ses capacités d'industrialisation.

Toutefois, les retombées économiques pour la Belgique restent incertaines. La production est prévue en France, et aucun des deux partenaires n'a précisé si les sites belges fabriqueraient des composants ou développeraient des systèmes pour Forefront.

La participation éventuelle de l'armée belge aux essais confère néanmoins à ce projet un lien direct avec les besoins de la Belgique en matière de défense.

Les constructeurs automobiles passent à la défensive

Renault n'est pas la seule. Les équipementiers automobiles européens, notamment Schaeffler, Forvia et Valeo, mettent de plus en plus leur savoir-faire industriel au service des drones militaires et des technologies associées.

Pour Renault, l'intérêt réside dans la capacité à produire des équipements sophistiqués à l'échelle de l'industrie automobile. Pour John Cockerill, l'avantage est de pouvoir bénéficier de l'expertise technique, du pouvoir d'achat et du réseau de production d'un grand constructeur automobile.

Mais Forefront reste un concept qui doit encore faire ses preuves sur le plan opérationnel et susciter des commandes de la part des clients. Il reste à déterminer s'il deviendra une nouvelle activité industrielle rentable et si les usines belges pourront y prendre part.

Pour Renault, en revanche, la distinction entre soutenir l'industrie de la défense et en faire partie devient de plus en plus difficile à maintenir.

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