Porsche s'engage dans un important effort de restructuration, supprimant 3 900 emplois, alors qu'elle est confrontée à la baisse des ventes en Chine, à la montée des tensions commerciales et à une éventuelle bataille tarifaire avec les États-Unis. Le constructeur allemand de voitures de sport ajuste ses perspectives financières et sa stratégie en matière de produits afin de maintenir sa rentabilité.
La société a annoncé ces suppressions d'emplois afin de renforcer l'efficacité et de soutenir la croissance à long terme. Au début de l'année, Porsche a supprimé 1 900 postes en Allemagne et a choisi de ne pas renouveler 2 000 contrats temporaires.
Marges révisées
Oliver Blume, PDG, et Jochen Breckner, directeur financier, ont exposé les défis à relever lors de la présentation des résultats de l'entreprise pour 2024, avertissant que les différends commerciaux et le ralentissement de la demande chinoise pèseraient sur les résultats jusqu'en 2025.
La pression exercée sur le résultat net de Porsche a conduit à une révision de l'objectif de rentabilité. Alors qu'elle visait jusqu'à présent un retour sur ventes de 19%, Porsche a revu à la baisse son objectif de marge à moyen terme, le ramenant à 15-17%. La société s'attend à ce que le bénéfice d'exploitation soit touché en 2025, le chiffre d'affaires prévu restant inchangé à environ 39-40 milliards d'euros.
Ces estimations ne tiennent pas compte des tarifs douaniers potentiels des États-Unis, que le président Donald Trump a menacé d'imposer aux importations européennes, car ils ne sont pas encore effectifs et font l'objet d'éventuelles négociations. M. Breckner a indiqué que Porsche pourrait répercuter certains de ces coûts supplémentaires sur les consommateurs, mais il garde l'espoir qu'un régime tarifaire “raisonnable” verra le jour.
Un nouveau SUV ?
Porsche poursuit la refonte de sa gamme pour remédier à la crise, en équilibrant les moteurs à combustion, les hybrides et les modèles entièrement électriques. La société a réaffirmé son engagement en faveur d'une stratégie multi-groupes de propulsion, prolongeant la durée de vie des modèles à moteur à combustion jusque dans les années 2030 tout en élargissant son offre de véhicules électrifiés.
Un Cayenne entièrement électrique devrait être lancé dans le courant de l'année, mais la version à essence restera en production pendant des années. Cette décision souligne l'approche prudente de Porsche en matière d'électrification, alors que la demande de VE est faible sur certains marchés.
En outre, les très attendus 718 Cayman et Boxster électriques ont été retardés pour donner la priorité au Cayenne EV. Cependant, Porsche insiste sur le fait que le lancement est toujours prévu pour le milieu de la décennie.
Parallèlement, Porsche étudie la possibilité d'un nouveau SUV à combustion et hybride positionné en dessous du Cayenne, éventuellement en remplacement du Macan à essence qui sera progressivement supprimé.
L'entreprise a également laissé entendre qu'elle élargirait la gamme 911 avec des modèles patrimoniaux en édition limitée et une nouvelle variante phare pour repousser les limites de l'emblématique voiture de sport.
Une année 2024 difficile
Les résultats financiers de Porsche pour l'année 2024 reflètent une entreprise sous pression, mais qui tient bon. Malgré un environnement économique difficile et un renouvellement complet des modèles, le chiffre d'affaires a légèrement diminué, passant de 40,5 milliards d'euros l'année précédente à 40,1 milliards d'euros. Cependant, le bénéfice d'exploitation a chuté de 23% pour atteindre 5,6 milliards d'euros, ramenant la rentabilité des ventes à 14,1%, contre 18,0% en 2023.
Le constructeur a livré 310 718 véhicules en 2024, avec de bonnes performances en Europe, en Amérique du Nord et dans les marchés émergents, compensées par une forte baisse de 28% en Chine.
Le Cayenne est arrivé en tête des ventes avec 102 889 unités, suivi du Macan (82 795) et de la 911 (50 941). Les modèles électrifiés ont représenté 27% des livraisons, et l'entreprise s'attend à ce que cette part passe à 33-35% en 2025.
Porsche investira 800 millions d'euros supplémentaires en 2025 pour renforcer son portefeuille de produits, ses capacités logicielles et la technologie des batteries. Toutefois, la direction prévient que ces investissements, la baisse des ventes de véhicules et les coûts de production élevés pèseront sur la rentabilité de l'année prochaine.



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