Les entreprises belges de transport routier perdent du terrain dans le secteur européen du transport de marchandises à longue distance. Ces conclusions sont basées sur de nouvelles données publiées par Eurostat et mises en évidence par la fédération belge des transports Febetra. Cette tendance est inquiétante, car la situation centrale et stratégique du pays en fait une plaque tournante logistique naturelle pour le continent.
Le tableau dressé par les chiffres est désastreux pour les transporteurs belges, qui sont de plus en plus surclassés par leurs concurrents des pays voisins. Philippe Degraef, directeur général de Febetra, s'est inquiété de la perte d'influence du pays sur les principaux corridors bilatéraux de fret au sein de l'Union européenne. “Il est incroyablement frustrant que nos entreprises de transport ne puissent pas tirer parti de la position géographique privilégiée de la Belgique”, a-t-il déclaré.
Dominé par les voisins
La Belgique apparaît trois fois dans la liste d'Eurostat des 20 premiers flux de fret routier intra-UE en volume, mais les transporteurs belges sont rarement en tête dans ces corridors. Par exemple, sur la route très fréquentée entre l'Allemagne et la Belgique, les entreprises de transport belges ne traitent que 13,2 % du volume de fret. En revanche, les entreprises allemandes couvrent près de deux fois plus de volume - 26,9 % - tandis que d'autres opérateurs étrangers représentent les 58,6 % restants.
Les résultats sont encore plus préoccupants sur l'axe Belgique-Pays-Bas, où les transporteurs belges ne détiennent qu'une part de marché de 16,1 %. Les opérateurs néerlandais dominent le corridor, transportant 65,9 % des marchandises transportées. Un domaine où les entreprises belges restent modérément compétitives est le transport bilatéral avec la France, où elles détiennent une part de marché de 37,7 %.
“Il ne s'agit pas de statistiques isolées”, a déclaré M. Degraef sur sa page LinkedIn. “Elles reflètent un problème structurel plus profond : nos entreprises sont trop chères par rapport à leurs concurrentes internationales.”
Les coûts de main-d'œuvre sont trop élevés
Selon Febetra, les coûts de main-d'œuvre restent le principal obstacle à la compétitivité. Les entreprises de transport belges opèrent dans un environnement où le coût de la main-d'œuvre est élevé, ce qui limite leur capacité à rivaliser efficacement sur les marchés transfrontaliers. M. Degraef a réitéré l'appel de longue date de la fédération en faveur d'une réduction des taxes sur le travail, arguant que sans de telles mesures, le secteur logistique du pays continuera à perdre des parts de marché.
“L'abaissement des charges salariales est essentiel”, a-t-il déclaré. “Cela doit se faire sans éroder le pouvoir d'achat des conducteurs, qui subissent déjà une forte pression. Malgré le climat fiscal difficile, le gouvernement fédéral doit donner la priorité au rétablissement de la compétitivité.”
Ces conclusions interviennent à un moment où le secteur européen des transports est soumis à une pression croissante en raison de l'augmentation des coûts, de réglementations environnementales plus strictes et d'une pénurie de plus en plus importante de conducteurs qualifiés.
Pour la Belgique, le poids supplémentaire de ces coûts de main-d'œuvre élevés semble faire pencher la balance en faveur des concurrents étrangers. “Si nous voulons maintenir une forte présence belge dans la logistique européenne, nous ne pouvons pas nous permettre d'ignorer ces chiffres”, conclut M. Degraef.


