Selon une récente étude suisse publiée début septembre dans la revue scientifique Nature, près d'un quart des vagues de chaleur auraient été ‘virtuellement impossibles’ sans le réchauffement climatique, et peuvent être attribuées aux émissions de producteurs d'énergie individuels. En d'autres termes, certaines vagues de chaleur récentes n'auraient jamais eu lieu sans les émissions de quelques grandes entreprises de combustibles fossiles et de ciment.
Les vagues de chaleur extrême ne sont plus des anomalies, mais un phénomène récurrent dans toutes les régions du monde. Elles sont de plus en plus sévères et de plus en plus fréquentes, contribuant à au moins 500 000 décès liés à la chaleur par an. Elles sont généralement attribuées au changement climatique.
‘Signature industrielle’
Les chercheurs suisses ont toutefois analysé l'effet global du changement climatique, ainsi que l'impact d'entités bien identifiées, notamment les grandes compagnies pétrolières, gazières et cimentières.
“Le changement climatique a rendu toutes ces vagues de chaleur plus probables et plus intenses”, explique Yann Quilcaille, spécialiste des extrêmes climatiques à l'ETH Zurich et auteur principal de l'étude, ”Ce que cette étude montre est clair : les vagues de chaleur actuelles ne sont pas naturelles ; elles ont une signature industrielle”.”
Base de données
Les scientifiques ont utilisé la base de données Carbon Majors, qui répertorie les émissions cumulées de 180 producteurs de combustibles fossiles et de ciment depuis 1880. Ils ont ensuite croisé ces données avec des modèles climatiques afin d'estimer dans quelle mesure ces émissions avaient contribué à l'intensité et à la probabilité des vagues de chaleur étudiées.
Leur découverte est saisissante : “Un seul producteur peut émettre suffisamment pour rendre possible certaines vagues de chaleur”, explique Yann Quilcaille. Wim Thiery, climatologue à la Vrije Universiteit Brussel et co-auteur de l'étude, confirme : “Ces entités sont responsables d'environ 60% des émissions historiques de CO2, et d'environ la moitié du réchauffement climatique. Lorsque nous examinons les vagues de chaleur, nous constatons la même empreinte : environ la moitié de l'intensité moyenne est liée à ces entreprises”.”
Pour les 14 plus gros émetteurs (ExxonMobil, Saudi Aramco, Shell, l'industrie chinoise du charbon), les émissions de chaque entreprise ont rendu 50 vagues de chaleur au moins 10 000 fois plus probables qu'elles ne l'auraient été dans un climat préindustriel.
Manque de preuves scientifiques
Jusqu'à présent, il n'existait pas de preuves scientifiques établissant la causalité entre les émissions d'une entreprise et les catastrophes. “Mais cette étude pourrait tout à fait être utilisée dans le cadre de procès sur le climat”, affirme M. Quilcaille. Elle pourrait fournir un outil scientifique quantifié, potentiellement décisif devant les tribunaux. “On ne peut plus analyser une vague de chaleur actuelle sans y voir l'empreinte du changement climatique, et donc de l'implication des majors du carbone”, affirment les scientifiques.
Cependant, si la contribution de ces entreprises est indéniable, il reste impossible d'attribuer à l'une d'entre elles la responsabilité d'un événement climatique spécifique.
Autres catastrophes
D'autre part, d'autres catastrophes - telles que les sécheresses, les incendies de forêt et les inondations - devraient également être analysées. C'est pourquoi l'équipe envisage déjà d'étendre ses travaux à d'autres extrêmes climatiques, dont le coût humain et économique est considérable.
La question de l'impact réel de cette recherche reste posée : ”Les entreprises ne changeront pas leur comportement avec cette seule étude”, admet Yann Quilcaille. Mais il espère que ces travaux, ainsi que ceux qui les ont précédés et ceux qui suivront, alimenteront un signal plus large de la part des politiques publiques et de la société. Et pourquoi pas des tribunaux ?
Impact sur la santé
Les vagues de chaleur ont également un impact profond sur la santé humaine. Rien qu'au Royaume-Uni, 1 147 personnes sont décédées cet été à cause des vagues de chaleur liées au changement climatique, ont constaté des scientifiques et des épidémiologistes de renom.
Le Royaume-Uni a connu cette année l'été le plus chaud jamais enregistré. Les experts ont constaté que le changement climatique, principalement causé par la combustion de combustibles fossiles et la déforestation, a fait augmenter les températures de 2,2 °C en moyenne, et même de 3,6 °C entre juin et août. Selon les chercheurs, la chaleur a été à l'origine de 68% des 24 400 décès causés par la chaleur dans 854 villes ou régions d'Europe au cours de ces trois mois.
Les chiffres montrent que même quelques degrés de chaleur supplémentaire peuvent entraîner une forte augmentation du nombre de décès lorsque des personnes vulnérables sont exposées à des températures supérieures à celles auxquelles elles sont habituées, bien que d'autres facteurs, tels que la pollution de l'air, jouent également un rôle.


