Avec la première mondiale du Volvo EX60 en Suède - son modèle à l'autonomie la plus longue et au chargement le plus rapide à ce jour - Volvo Cars a lancé bien plus qu'un nouveau SUV électrique. Il marque un tournant stratégique pour la marque.
L'EX60 est conçu comme la pierre angulaire de la prochaine phase de Volvo : un modèle entièrement électrique à grand volume qui reflète une courbe d'apprentissage abrupte après le lancement difficile des premiers véhicules électriques tels que l'EX30 et l'EX90, et qui est destiné à restaurer la confiance.
Dans le même temps, elle vise à soutenir la base de production européenne de Volvo, y compris son usine de Gand, établie de longue date.
Le cœur du segment des SUV haut de gamme
Présenté à Stockholm comme le successeur électrique du XC60 à moteur thermique, le best-seller mondial de Volvo, l'EX60 entre dans le cœur du segment des SUV intermédiaires haut de gamme.
Il s'agit du premier modèle construit sur la nouvelle plateforme SPA3 de Volvo, une architecture électrique de 800 volts développée pour offrir une plus grande autonomie, une recharge plus rapide et des coûts de production plus faibles.
Après les retards et les problèmes de qualité qui ont entouré les précédents modèles électriques comme l'EX90, l'EX60 représente à la fois une réinitialisation technologique et une nécessité commerciale pour la marque suédoise.
Des critères de référence ambitieux
Sur le plan technique, Volvo pose des jalons ambitieux avec l'EX60. Selon la version, le SUV électrique offre une autonomie WLTP comprise entre 620 et 810 kilomètres environ, ce qui le place parmi les SUV électriques à plus grande autonomie annoncés par un constructeur européen.
Les puissances varient d'une gamme à l'autre, allant d'une puissance estimée à 250 kW pour la version à moteur unique à propulsion arrière à plus de 400 kW pour les variantes les plus puissantes à double moteur et à transmission intégrale.
Les versions supérieures associent ces performances à des packs de batteries de plus de 110 kWh et à une architecture électrique de 800 volts qui permet une recharge ultra-rapide en courant continu jusqu'à 400 kW, ce qui permet d'ajouter plusieurs centaines de kilomètres d'autonomie en moins de dix minutes dans des conditions optimales.
Besoin d'une batterie aussi volumineuse ?
Même la version d'entrée de gamme est positionnée comme un véhicule longue distance plutôt que comme un véhicule électrique urbain, ce qui souligne les efforts de Volvo pour éliminer l'anxiété liée à l'autonomie, qui reste un obstacle à l'adoption de l'électricité à plus grande échelle.
Dans le même temps, la dépendance à l'égard de très gros blocs-batteries reflète un débat plus large au sein de l'industrie sur la question de savoir si l'autonomie maximale ou l'efficacité globale et l'infrastructure de recharge s'avéreront en fin de compte plus décisives pour l'adoption de masse.

L'EX60 sera disponible dans de multiples configurations, y compris la traction arrière à un moteur et la traction intégrale à deux moteurs. Volvo lancera également une version Cross Country, marquant ainsi la continuité électrique d'une marque longtemps associée aux modèles les plus aventureux de la marque.
Au cours des décennies précédentes, le badge Cross Country était appliqué principalement aux versions surélevées et renforcées des breaks Volvo, tels que les V70 et V70 XC, et plus tard étendu à certains SUV pour signaler une meilleure capacité tout temps plutôt qu'une véritable vocation tout-terrain.

L'EX60 Cross Country suit la même philosophie dans un contexte électrique, combinant une garde au sol accrue, des détails de protection de la carrosserie et des réglages de suspension destinés aux routes plus difficiles et aux conditions hivernales (nordiques).
Il conserve la même technologie de batterie, la même autonomie et les mêmes performances de charge que le modèle standard. Il se positionne comme une variante axée sur le style de vie plutôt que comme un tout-terrain spécialisé.
Logiciel de nouvelle génération

À l'intérieur, l'EX60 inaugure l'architecture logicielle Volvo de nouvelle génération, avec une intégration poussée de Google, une capacité étendue de mise à jour automatique et l'introduction de l'assistant AI Gemini de Google.
Cette orientation numérique souligne l'ambition de Volvo d'être compétitif non seulement sur les points forts traditionnels tels que la sécurité et le confort, mais aussi sur les logiciels et l'expérience utilisateur, domaines dans lesquels les véhicules électriques sont de plus en plus jugés.

Au-delà de l'électrification et des logiciels, l'EX60 introduit également une nouvelle génération de technologies de sécurité. Il inaugure un système de ceinture de sécurité adaptatif qui utilise des données de capteurs en temps réel pour ajuster la charge de la ceinture en fonction de la gravité de l'accident, de la taille de l'occupant et de la position assise, prolongeant ainsi un héritage de sécurité qui a commencé en 1959 avec l'introduction par Volvo de la ceinture de sécurité à trois points d'ancrage dans l'ère de l'électricité.
Le coût total de possession (TCO) est supérieur à celui du PHEV
Le prix est délibérément positionné de manière à élargir l'attrait de l'EX60. En Europe, le modèle devrait être proposé à partir d'un peu plus de 60 000 euros. En Belgique, les premières indications de prix indiquent que les éditions de lancement commenceront aux alentours de 59 000 à 60 000 euros hors TVA, les versions à transmission intégrale les plus sophistiquées avoisinant les 70 000 euros.
Volvo s'attend à ce que l'EX60 ne soit pas nécessairement inférieur au XC60 hybride rechargeable en termes de prix catalogue, mais qu'il le soit de plus en plus en termes de coût total de possession (TCO).
En Belgique, où les voitures de société dominent le marché, la baisse des coûts de l'énergie et de l'entretien, combinée à un traitement fiscal encore favorable pour les véhicules entièrement électriques, signifie qu'un véhicule électrique peut déjà être moins cher sur un cycle de propriété typique de quatre ou cinq ans qu'un véhicule hybride rechargeable à un prix d'achat comparable.
Pour les acheteurs privés, le calcul est moins axé sur la fiscalité mais de plus en plus similaire, car des coûts d'exploitation plus faibles, des besoins d'entretien réduits et une plus grande stabilité des prix dans le temps permettent de compenser le coût initial plus élevé.
Cette logique devient centrale dans le segment haut de gamme : plutôt que de présenter les voitures électriques comme une alternative coûteuse, les constructeurs les positionnent comme un choix financièrement rationnel à terme.
L'approche de Volvo est très proche de celle de Mercedes-Benz en ce qui concerne la nouvelle génération de véhicules électriques. Mercedes-Benz CLA, qui est également proposé à un prix proche de ses équivalents à combustion et hybrides, afin d'éliminer la barrière psychologique du prix et d'accélérer le passage à l'électrification complète.
Faire face à la concurrence
Ce prix place l'EX60 face à des rivaux tels que le BMW iX3, la prochaine version électrique du Mercedes-Benz GLC et le Tesla Model Y.
Dans le même temps, le contexte concurrentiel en Europe est de plus en plus marqué par la montée en puissance des marques chinoises de véhicules électriques, ce qui soulève des questions sur la manière dont Volvo se positionne sur un marché où les fabricants chinois associent souvent une grande autonomie à des prix agressifs.
La réponse de Volvo réside dans son identité hybride. Volvo Cars appartient au groupe automobile chinois Geely Holding, mais elle fonctionne comme une marque européenne indépendante, avec sa propre gestion, sa propre culture d'ingénierie et sa propre stratégie de produits.
Les véhicules tels que l'EX60 sont conçus et développés en Suède et construits en Europe, ce qui renforce l'identité scandinave de Volvo, tout en s'appuyant de manière sélective sur les chaînes d'approvisionnement chinoises pour les composants et la technologie des batteries.

Selon le PDG Håkan Samuelsson, l'approvisionnement de certaines pièces en Chine peut réduire les coûts de 20 à 30 %, ce qui permet à Volvo de proposer des prix plus compétitifs pour ses modèles électriques sans sacrifier ses marges.
Ce positionnement permet à Volvo de concurrencer les marques chinoises de VE telles que BYD, MG et NIO sur le plan des coûts et de la technologie, tout en se différenciant par la sécurité, le design, la confiance dans la marque et un réseau européen de concessionnaires et de services bien établi.
Le contexte belge
En Belgique, où les voitures de société et les acheteurs de flottes dominent le marché, ces facteurs restent décisifs. Volvo n'essaie pas de faire baisser le prix de ses concurrents chinois, mais d'offrir une alternative électrique haut de gamme qui combine des spécifications compétitives avec une fiabilité à long terme, une valeur résiduelle et un service après-vente local.
La nature hybride de la propriété de Volvo a également des implications stratégiques dans un contexte de tensions commerciales croissantes. Contrairement aux marques entièrement chinoises qui dépendent fortement des importations en provenance de Chine, Volvo produit une part importante de ses véhicules en Europe, y compris en Belgique.
Cela réduit l'exposition aux droits de douane potentiels de l'UE sur les voitures électriques fabriquées en Chine et renforce la position de Volvo en tant qu'acteur industriel européen, en dépit de son actionnariat chinois.
Ces réalités industrielles sont devenues plus explicites depuis le retour de Håkan Samuelsson à la tête de l'entreprise. Après la baisse des ventes, le vieillissement du portefeuille de modèles et la perte de confiance des investisseurs, il a été reconduit pour diriger l'entreprise dans ce qu'il a décrit comme une phase existentielle.
M. Samuelsson n'a pas mâché ses mots lors des interviews, affirmant que les voitures électriques doivent réussir grâce à leurs propres mérites et non grâce à des subventions, et que l'autonomie, la recharge rapide et la réduction des coûts d'exploitation sont essentielles pour que l'électrification devienne irréversible.
Trop d'usines pour l'Europe seule
Ce pragmatisme s'étend à la stratégie de fabrication de Volvo, avec des implications directes pour la Belgique. Volvo exploite actuellement d'importantes usines de production en Suède, en Belgique et en Slovaquie, dont la capacité combinée dépasse largement ses ventes européennes actuelles.
M. Samuelsson a ouvertement reconnu que Volvo aurait trop d'usines si elle ne produisait que pour le marché européen, ce qui rend les exportations essentielles pour que ces usines soient pleinement utilisées.
Dans ce cadre, l'EX60 joue un rôle stabilisateur. Produite à Göteborg, elle est conçue comme un modèle de volume mondial capable de soutenir les exportations au-delà de l'Europe, y compris vers les États-Unis.

Pour la Belgique, les conséquences sont indirectes mais significatives. Si l'usine de Gand ne fabrique pas le nouvel EX60, elle reste un pilier essentiel de la stratégie électrique de Volvo en tant que plaque tournante pour les modèles électriques compacts, notamment l'EX30 et les véhicules électriques de la série 40.
Il s'agit d'une évolution plutôt que d'une rupture : les générations précédentes du XC60 étaient en effet produites à Gand, mais le transfert du successeur entièrement électrique vers la Suède reflète la réorganisation plus large de Volvo de son empreinte de production européenne à l'ère de l'électricité.
Des VE plus petites pour Gand
Selon le CEO Håkan Samuelsson, Le rôle à long terme de Gand consiste désormais à produire des véhicules électriques plus petits à un coût compétitif et à une échelle suffisante, y compris pour les marchés d'exportation, dans le cadre d'une division du travail plus spécialisée entre les usines européennes de Volvo.
Le succès de l'EX60 ne se limite donc pas à la Suède. Si le modèle parvient à reconquérir des parts de marché dans le segment très disputé des SUV de taille moyenne, il renforcera la transition de Volvo vers une marque entièrement électrique et contribuera à maintenir son empreinte de production en Europe.
En ce sens, l'EX60 est plus qu'un nouveau modèle. Il s'agit d'un test pour savoir si Volvo peut aligner la technologie, les prix et la stratégie industrielle à un moment où l'industrie automobile est en train d'être fondamentalement remodelée. Pour Volvo comme pour la Belgique, le résultat sera suivi de près.


