L'Union européenne se débat avec sa stratégie visant à réduire sa dépendance à l'égard d'autres pays pour l'approvisionnement en matières premières stratégiques pour la transition énergétique. Des obstacles entravent la production nationale et le recyclage reste embryonnaire. Cependant, la demande pour ces matériaux ne fera qu'augmenter fortement au cours de la décennie.
Les matières premières telles que le lithium, le nickel, le cobalt, le cuivre et les terres rares, essentielles pour les éoliennes, les panneaux solaires, les électrolyseurs (pour l'hydrogène) et les batteries, sont souvent concentrées dans un ou quelques pays tiers (en particulier la Chine), ce qui rend l'UE particulièrement vulnérable.
Pour atténuer ces risques, l'UE a adopté la loi 2024 sur les matières premières critiques, qui décrit une stratégie visant à garantir la sécurité d'approvisionnement de 26 matières premières essentielles à la transition énergétique. La ligne directrice : pas plus de 65 % de la consommation totale de matières premières de l'UE ne doit provenir d'un seul pays tiers.
Pas de résultats tangibles
Cependant, selon la Cour des comptes, les efforts de répartition des fournisseurs n'ont pas encore donné de résultats tangibles. Au cours des cinq dernières années, l'UE a conclu 14 partenariats sur les matières premières, mais les importations en provenance de ces pays ont diminué entre 2020 et 2024 pour environ la moitié des matières premières examinées.
Au sein de l'UE également, des efforts restent à faire pour réduire la dépendance. L'UE a pour objectif de stimuler l'extraction nationale afin de couvrir 10% de sa consommation. Mais les activités d'exploration ne sont pas très développées. Et même lorsque de nouveaux gisements sont découverts, il peut s'écouler jusqu'à 20 ans avant qu'un projet minier européen ne devienne opérationnel.
Besoin urgent de mesures d'incitation
Le règlement fixe des objectifs pour 2030 en ce qui concerne l'extraction, la transformation et le recyclage des matières premières stratégiques au niveau national. Mais à l'heure actuelle, par exemple, seuls 7 des 26 matériaux ont un faible taux de recyclage (entre 1 et 5%), loin de l'objectif européen de 25%, tandis que 10 ne sont pas recyclés du tout.
Le rapport indique que les incitations sont insuffisantes pour les entreprises européennes de recyclage, qui sont confrontées à des coûts de traitement élevés et à des obstacles technologiques et réglementaires qui limitent leur compétitivité.
Éliminer les goulets d'étranglement
La Cour des comptes demande notamment que les objectifs soient mieux justifiés, que les partenariats augmentent réellement le niveau de sécurité de l'approvisionnement et que les goulets d'étranglement financiers et administratifs soient éliminés.
Dans ses réponses, la Commission européenne accepte presque toutes les recommandations de la Cour. Nombre d'entre elles sont déjà incluses dans son plan d'accélération RESourceEU, adopté en décembre.
En conclusion, malgré un cadre législatif renforcé et le lancement récent du plan ResourceEU, l'Union européenne aura beaucoup de mal à sécuriser, d'ici la fin de la décennie, l'approvisionnement en matières premières stratégiques indispensables à sa transition énergétique et, plus largement, à sa crédibilité industrielle et géopolitique.


