La question des 16 milliards d'euros de Waymo pour l'Europe : les robotaxis sont-ils enfin inévitables ?

Pour l'Europe, les robots-axis existent encore essentiellement sous forme de pilotes, de documents d'orientation et de débats politiques prudents. Aux États-Unis et en Chine, ils transportent déjà des passagers payants à grande échelle.

C'est ce contraste qui donne tout son sens à la décision de Waymo de lever 16 milliards de dollars supplémentaires pour une valorisation supérieure à 120 milliards. Le tour de table n'est pas simplement un autre jalon de la Silicon Valley ; c'est le signal que le covoiturage autonome passe de l'expérimentation au déploiement industriel, forçant potentiellement l'Europe à décider de la rapidité avec laquelle elle veut suivre.

Un tournant dans l'histoire

La levée de fonds de Waymo marque un tournant dans l'histoire des taxis-robots. Après plus d'une décennie d'expérimentation et de cycles d'engouement répétés, Alphabet - la société mère de Google et de Waymo - considère désormais le covoiturage autonome non pas comme un projet de recherche, mais comme une entreprise de mobilité à forte intensité de capital prête à passer à l'échelle.

Ce tour de table n'est pas conçu comme un financement pour atteindre la viabilité, mais comme un carburant pour accélérer l'expansion d'un service qui fonctionne déjà commercialement.

Waymo est l'une des rares entreprises à proposer des services de robotaxi payants sans conducteur à une échelle significative. Dans plusieurs villes américaines, ses véhicules fonctionnent sans conducteur de sécurité et parcourent collectivement plus de 100 millions de kilomètres en autonomie, offrant environ 400 000 trajets payants par semaine, ce qui représente des dizaines de millions de trajets depuis le lancement du service.

Cette maturité opérationnelle explique pourquoi le nouveau capital se concentre sur l'expansion plutôt que sur la preuve. Les robotsaxis ne sont pas des plates-formes logicielles qui s'adaptent à peu de frais ; ils ont besoin de véhicules, de dépôts, de maintenance, de cartographie, d'assistance à distance et d'un engagement réglementaire local dans chaque ville.

S'étendre à vingt nouvelles villes

La société indique que les fonds seront utilisés pour s'implanter dans plus de vingt nouvelles villes en 2026, agrandir sa flotte et se développer à l'international, Londres et Tokyo étant identifiés comme des marchés prioritaires.

La sécurité reste au cœur du débat. À mesure que les déploiements se multiplient, la surveillance augmente et chaque incident impliquant un véhicule sans conducteur pèse sur le plan politique et sur celui de la réputation.

La stratégie de Waymo repose sur l'affirmation que les systèmes autonomes peuvent surpasser les conducteurs humains à grande échelle, non seulement dans le cadre de projets pilotes contrôlés, mais aussi sur des millions de kilomètres dans le monde réel.

Sur le plan de la concurrence, Waymo détient actuellement une avance étroite mais significative sur le marché occidental des robotaxis. Aux États-Unis, aucun rival n'exploite un service commercial comparable, multi-villes et entièrement sans conducteur.

Tesla continue de promettre l'autonomie, mais son approche reste axée sur les véhicules grand public plutôt que sur un réseau mature de robotaxis.

Zoox, propriété d'Amazon, progresse, mais à plus petite échelle. Au niveau mondial, l'équivalent le plus proche est Apollo Go de Baidu en Chine, qui fonctionne dans des conditions réglementaires et urbaines très différentes. Le monde est donc divisé : les robots-axis font déjà partie des transports quotidiens dans certaines régions des États-Unis et de la Chine, tandis que l'Europe reste prudente.

Les ambitions européennes de Waymo

C'est en Europe que les ambitions de Waymo rencontrent leur épreuve la plus difficile. L'entreprise a clairement indiqué que Londres était sa première grande cible européenne, avec un lancement prévu pour 2026.

Ce choix reflète le cadre juridique relativement clair du Royaume-Uni pour les véhicules autonomes, qui autorise explicitement les services commerciaux sans conducteur et définit les responsabilités des opérateurs. Londres offre la possibilité de passer de l'essai à l'échelle, ce qui manque encore à la plupart des capitales européennes.

Dans l'Union européenne, la réglementation reste fragmentée. Alors que les règles de l'UE établissent les bases techniques, l'autorité pour approuver les services de robotaxi relève en grande partie du niveau national ou régional.

Il en résulte une mosaïque d'exigences en matière de responsabilité, d'assurance, de surveillance de la sécurité et d'autorisations d'exploitation. Cette approche ralentit le déploiement, mais reflète la préférence de l'Europe pour la clarté juridique et la légitimité publique avant un déploiement à grande échelle.

La Belgique n'a pas de cadre national

La Belgique illustre cette position prudente. Les essais de véhicules automatisés sont autorisés et les autorités régionales étudient les futurs régimes d'autorisation, en particulier en Flandre.

Cependant, il n'existe toujours pas de cadre national clair pour les services de taxis commerciaux entièrement sans conducteur. Pour l'instant, la Belgique semble plus proche d'une phase préparatoire ou pilote que de l'accueil d'opérations de taxis robots à l'échelle de la ville. En termes pratiques, cela la place derrière les pionniers européens tels que le Royaume-Uni et potentiellement l'Allemagne.

Le tour de table de $ 16 milliards de Waymo est donc à la fois un jalon commercial et un défi politique. Il montre qu'au moins une entreprise dispose désormais du capital, de la technologie et de l'expérience opérationnelle nécessaires pour développer les robotaxis à l'échelle mondiale.

Elle oblige également les gouvernements européens à décider s'ils veulent mettre en place cette transition dès le début ou s'adapter plus tard à des normes établies ailleurs.

Pour la Belgique, la question n'est plus de savoir si les robotaxis vont arriver, mais si les bases réglementaires seront jetées à temps pour attirer des opérateurs de premier plan plutôt que de simplement suivre les développements impulsés par Londres, les États-Unis ou la Chine.

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