Une route temporaire qui n'en était pas une : comment la RNP-07 est venue rugir au-dessus de Bruxelles

L'utilisation fréquente d'une nouvelle trajectoire de vol a eu pour conséquence que 450 000 Bruxellois des communes de Koekelberg, Schaerbeek et Molenbeek-Saint-Jean ont été soumis à des survols intensifs depuis l'été.

Les maires concernés ont eu une première réunion décevante avec le ministre de la Mobilité Jean-Luc Crucke (Les Engagés). Ce dernier a toutefois indiqué qu'il était ouvert à de nouvelles discussions, cette fois en présence du SPF Mobilité et du contrôleur aérien Skeyes.

‘Route de Crucke’

L'été dernier, la route RNP-07 avait été annoncée comme temporaire et urgente en raison des importants travaux de rénovation en cours sur les pistes principales. Aujourd'hui, il semble que la route restera en place au moins jusqu'à la fin du mois d'octobre, malgré les protestations de groupes de citoyens, tels que Free Air Brussels North.

Ses détracteurs l'appellent également la ‘route de Crucke’. Ils l'accusent d'avoir “secrètement” rendu l'itinéraire permanent.

RNP est l'abréviation de Required Navigation Performance (performance de navigation requise). Au lieu de naviguer à l'aide de balises au sol, les avions utilisent une navigation par satellite extrêmement précise. Le O7 fait référence aux pistes 07L et 07R, qui ne disposaient pas auparavant d'un système moderne d'atterrissage aux instruments.

Ce sont également les pistes utilisées lorsque le vent souffle de l'est, ce qui se produit de plus en plus fréquemment ces derniers temps et que certains associent au changement climatique. Les avions s'approchent alors de l'ouest au-dessus du centre de Bruxelles pour atterrir dans le vent en direction de Zaventem.

Pas de rapport officiel sur les incidences environnementales

Alors qu'auparavant, les nuisances étaient assez dispersées, aujourd'hui, une bande étroite de résidents de quartiers densément peuplés de Molenbeek, Jette, Bruxelles-Ville, Schaerbeek et Evere est survolée par un avion toutes les quelques minutes, parfois à moins de 400 mètres d'altitude.

Selon des analyses récentes, les vols sur la piste 07 affectent 4,8 à 13,5 fois plus de résidents que les vols sur les pistes principales.

Bien que les avions qui atterrissent sur cette route volent désormais en ligne droite très serrée, grâce à la précision des satellites et à la capacité de vol plané, ce qui leur permet de consommer moins de carburant, les normes de Bruxelles en matière de bruit sont systématiquement dépassées de 10 dB ou plus sur cette route.

C'est précisément parce que les avions volent extrêmement bas et que les pilotes, en raison de la courte piste, doivent souvent sortir les volets et le train d'atterrissage plus tôt, que la résistance de l'air est à l'origine de bruits supplémentaires.

Les résidents se plaignent donc de ne plus bénéficier de “3 heures et demie de sommeil ininterrompu” les nuits où le vent souffle de l'est.

Plusieurs procédures concernant l'utilisation de cette route sont pendantes devant le Conseil d'État, précisément parce qu'aucun rapport officiel sur l'impact environnemental n'a jamais été préparé pour le nombre actuel de vols.

La ligne verte représente les 07 trajectoires de vol ; plus la zone est rouge, plus la densité de population est élevée /Free Air Brussels North

Nouvelles consultations ?

La semaine dernière, lors d'une réunion avec le cabinet du ministre Crucke, les bourgmestres de Koekelberg, Schaerbeek et Molenbeek ont dénoncé le retard “inacceptable”, mais leurs plaintes ont été balayées d'un revers de main.

Les ministres Crucke et Skeyes maintiennent l'utilisation de cette route parce qu'elle améliore la sécurité et optimise la capacité de l'aéroport, et parce que la nouvelle méthode de navigation a été rendue obligatoire par la législation européenne.

Toutefois, M. Crucke se dit désormais ouvert à de nouvelles consultations si les maires déçus en font la demande. Il invitera également le SPF Mobilité et Skeyes à y participer.

“Le débat sur le survol de Bruxelles mérite une approche rigoureuse et responsable”, déclare M. Crucke. “Il s'agit d'une question technique et réglementaire qui nécessite des réponses basées sur des faits et des études objectives. Personnaliser ou politiser le sujet ne contribue pas à une meilleure compréhension des enjeux, ni à une amélioration concrète de la situation pour les citoyens.”

M. Crucke indique également que, dans l'attente d'autres analyses d'impact et d'éventuelles alternatives, le système actuel restera en vigueur jusqu'au 31 octobre. Pour les résidents concernés, cette perspective n'est certainement pas de nature à leur faire attendre le printemps et l'été.

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