La ministre flamande de la Mobilité, Annick De Ridder (N-VA), souhaite réorganiser et simplifier l'inspection automobile obligatoire dans la région. Elle souhaite qu'il soit plus convivial et qu'il offre un service de meilleure qualité.
Selon le ministre, le modèle organisationnel actuel du système d'inspection des véhicules en Flandre ne répond plus aux attentes contemporaines des citoyens à l'égard des autorités publiques et des prestataires de services. En outre, le cadre existant constitue un obstacle à la concurrence sur le marché libre, empêchant les nouveaux entrants potentiels d'entrer dans le système.
Les changements clés de sa vision conceptuelle sont la possibilité pour les garagistes d'effectuer des contrôles (actuellement disponibles uniquement dans les centres de contrôle technique certifiés) et la suppression du contrôle technique obligatoire pour les voitures d'occasion au moment de la vente. D'autres changements incluent la suppression de l'inspection obligatoire des voitures équipées d'une barre de remorquage et la modification de la périodicité de l'inspection.
Dans son commentaire, la ministre affirme qu'il faut mettre fin à la ‘surcharge’ de la structure actuelle : Dans le passé, les règles en vigueur en Flandre étaient plus strictes que ce qu'exigeait l'Europe ; cette “surenchère‘ doit cesser. Les règles supplémentaires inutiles et frustrantes disparaîtront ; seules les règles ayant une réelle valeur ajoutée (sécurité, qualité de l'air, etc.) seront maintenues. Moins d'obligations quand c'est possible, plus de services quand c'est nécessaire’.”
“Nous avons déjà commencé la préparation juridictionnelle de tous les changements prévus ; nous espérons atterrir en 2028”, souligne M. De Ridder.
Plusieurs sources de questions et de critiques
Lorsque la ministre a présenté sa vision conceptuelle au Parlement flamand, l'acceptation a été assez forte. Mais de nombreux députés ont également posé des questions. “Comment garantir la sécurité des véhicules sur un marché où l'achat et la vente de véhicules d'occasion sont en plein essor et où les inspections obligatoires n'existent plus ? Et qu'en est-il du ‘Car-Pass’, un système d'évaluation de la qualité des voitures d'occasion, introduit en Belgique il y a déjà un certain temps ? De nombreux pays voisins nous envient sur ce point”.”
Bien entendu, la fédération sectorielle Traxio, qui regroupe les garagistes et autres professionnels de la mobilité, n'est pas opposée à des inspections menées par tous les professionnels du secteur. Quant à savoir comment ces inspections seront contrôlées par une instance neutre/officielle, il y a encore beaucoup à dire.
Un collègue fédéral du ministre, Rob Beenders (Vooruit), responsable entre autres de la protection des consommateurs, n'est pas tout à fait convaincu par les projets de De Ridder. Tout comme l'organisation de consommateurs TestAankoop/TestAchats, il a des doutes quant à la suppression de l'inspection obligatoire des voitures d'occasion.
Importation de voitures gravement endommagées
Ses doutes sont étayés par un enquête récente de carVertical sur l'importation en Belgique de voitures gravement endommagées en provenance d'autres pays européens. L'enquête montre que 3% des voitures importées en Belgique ont été impliquées dans des accidents graves, réduisant leur valeur marchande de plus de 50%. Ces voitures sont souvent réparées avec des pièces bon marché, non conformes et de mauvaise qualité, tandis que leur histoire reste vague ou cachée.
Les règles relatives à l'exportation et à l'importation de voitures qui ont été déclarées ‘perte totale’ par les compagnies d'assurance du pays d'origine peuvent se situer dans une zone grise. Cette pratique entraîne la disparition soudaine d'environ 3,5 millions de voitures radiées des registres d'immatriculation de l'UE.
Certaines de ces voitures sont immatriculées dans un autre pays, tandis que d'autres sont vendues pour des pièces souvent dangereuses. En raison de règles différentes en matière de radiation et d'inspection technique, ces voitures totalement perdues peuvent être simplement immatriculées dans un autre pays.
Il existe des différences significatives entre les pays européens en ce qui concerne le pourcentage de voitures très endommagées sur le marché. L'Italie arrive en tête avec 7,81 TTP3T, suivie de l'Allemagne (7,71 TTP3T), de la Suède (5,81 TTP3T) et de l'Espagne (4,51 TTP3T). Tous ces pays exportent de nombreuses voitures d'occasion.
“Il n'existe pas de système européen uniforme pour vérifier l'historique d'une voiture importée”, explique Matas Buzelis de carVertical. Le rapport d'historique est le seul moyen pour les acheteurs potentiels de connaître toute l'histoire de la voiture, mais ce n'est pas suffisant. Nous leur conseillons d'aller tester la voiture et de demander une inspection en atelier”. Le contrôle technique des voitures d'occasion en Belgique est une aide précieuse.
La sécurité avant tout
Des données récentes du GOCA, la fédération sectorielle de l'inspection automobile, montrent que l'inspection des voitures et des véhicules utilitaires légers d'occasion en 2025 (plus de 480 000 au total) a entraîné le rappel de quelque 25% d'entre eux pour une seconde visite en raison d'anomalies.
2% de tous les véhicules inspectés ont été rejetés en raison d'un défaut dangereux. Cela représente 26 véhicules par jour ou plus de 800 par mois. 17% de tous les véhicules ont reçu un ‘carton rouge’ temporaire en raison d'un défaut grave, soit 228 véhicules par jour. Les défauts les plus courants sont liés aux pneus, aux freins et à la suspension, autant d'éléments cruciaux pour la sécurité.
Le contrôle technique d'occasion, tel qu'il fonctionne aujourd'hui, reste le filtre le plus efficace pour prévenir les risques sécuritaires et environnementaux liés à l'immatriculation des véhicules et pour protéger les consommateurs.
Le GOCA se réfère également à une étude indépendante réalisée par le professeur Wolfgang Schulz (Université Zeppelin, Allemagne), basée sur des données flamandes. Schulz conclut que les assouplissements du contrôle technique n'offrent que des avantages privés limités mais conduisent structurellement à davantage d'accidents, à des coûts sociétaux plus élevés et à un impact plus important sur l'environnement.
En outre, la GOCA souligne que les changements prévus mettent également en péril d'autres objectifs politiques, tels que la résilience climatique et la protection des consommateurs.
Impact financier
Enfin, le GOCA remarque également que les changements auront un impact financier substantiel au niveau de la politique flamande. Le GOCA estime qu'il en résultera une perte structurelle (annuelle) de plus de 27,5 millions d'euros et un coût ponctuel de 45 millions d'euros dû à la perte de 500 emplois dans les centres d'inspection.
Avant que le gouvernement flamand ne prenne une décision, la GOCA insiste sur une analyse plus poussée des différentes conséquences et sur une consultation approfondie et structurelle de toutes les parties concernées. À suivre.



