En Belgique, le parc de voitures de société devient électrique plus rapidement que partout ailleurs

Pour la première fois, les voitures entièrement électriques sont devenues le groupe le plus important au sein de la flotte de véhicules d'entreprise en Belgique, et ce changement se produit beaucoup plus rapidement que dans les pays voisins tels que les Pays-Bas, l'Allemagne et la France.

De nouvelles données de l Office national de sécurité sociale (RSZ) montrent que les véhicules électriques représentaient 37,2% de toutes les voitures salariées au quatrième trimestre 2025, dépassant à la fois les voitures à moteur à combustion (31,8%) et les hybrides (31,0%). Ces chiffres marquent clairement un tournant dans un pays où les voitures de société jouent un rôle central sur le marché de l'automobile.

Le changement a été remarquablement rapide. Trois ans plus tôt, moins de 23 000 voitures de société électriques circulaient sur les routes belges. À la fin de l'année 2025, ce nombre était passé à plus de 213 000, soit une multiplication par plus de neuf.

La transformation est encore plus frappante si l'on considère les nouvelles commandes : environ quatre voitures de société nouvellement immatriculées sur cinq sont désormais entièrement électriques, tandis que les modèles purement essence ou diesel ont presque disparu des carnets de commande.

Pas de coïncidence

Cette électrification rapide n'est pas une coïncidence. La Belgique a effectivement transformé les voitures de société en un levier politique pour la décarbonisation. Une réforme fiscale introduite par l'ancien ministre des finances Vincent Van Peteghem a progressivement supprimé la déductibilité fiscale des véhicules à combustion et des véhicules hybrides, tout en maintenant les voitures électriques à un niveau proche de la déductibilité totale.

Dans le même temps, l'augmentation des taxes sur le CO₂ a rendu les véhicules polluants beaucoup plus coûteux pour les employeurs. Étant donné que les cycles de location sont généralement de trois à quatre ans, l'impact de ces mesures se fait maintenant pleinement sentir dans les décisions de renouvellement du parc automobile.

Il en résulte un marché où le choix est devenu presque binaire. Pour la plupart des entreprises, opter pour autre chose qu'une voiture entièrement électrique n'a plus de sens sur le plan financier.

Les consultants et les gestionnaires de parcs automobiles signalent qu'il existe encore des exceptions pour les conducteurs effectuant un kilométrage élevé, mais qu'elles deviennent de plus en plus rares à mesure que l'infrastructure de recharge se développe et que l'autonomie des véhicules s'améliore.

Se démarquer nettement

La trajectoire de la Belgique se distingue nettement de celle des pays voisins. Les Pays-Bas sont souvent considérés comme des précurseurs en matière de mobilité électrique, avec un solide réseau de recharge et des taux élevés d'adoption des VE.

Toutefois, la transition est plus équilibrée entre les acheteurs privés et les entreprises, et moins axée sur les seules voitures d'entreprise. L'Allemagne, le plus grand marché automobile d'Europe, a vu l'adoption des véhicules électriques ralentir après la réduction des subventions et compte encore beaucoup sur les hybrides rechargeables dans les flottes d'entreprise.

La France, quant à elle, s'est davantage concentrée sur l'incitation des consommateurs privés, ce qui s'est traduit par une transition plus régulière mais moins axée sur les flottes. Le Luxembourg partage avec la Belgique la culture de la voiture de société, mais ne bénéficie pas de la même impulsion fiscale agressive et n'a pas encore atteint un point de basculement similaire.

Le contexte mondial renforce le changement

Dans le même temps, le contexte énergétique général renforce cette évolution. Les prix des carburants en Europe ont de nouveau augmenté à la suite de l'escalade du conflit iranien, avec une hausse des prix de l'essence d'environ 15% et du diesel d'environ 30% depuis la fin février, alors que le pétrole s'est négocié au-dessus de $100 le baril.

L'interruption des voies d'approvisionnement mondiales, y compris le détroit d'Ormuz, a fait grimper les prix du gaz et du pétrole et a accru la volatilité sur les marchés européens de l'énergie. Cette nouvelle pression sur les prix renforce l'argumentaire en faveur de l'électrification, en isolant les entreprises des chocs sur les prix des combustibles fossiles.

À l'avenir, les mécanismes européens de tarification du carbone à venir - en particulier l'extension du système d'échange de quotas d'émission au transport routier dans le courant de la décennie - devraient exercer une pression supplémentaire sur les coûts de l'essence et du diesel, creusant encore davantage l'écart entre les coûts totaux de possession (TCO) en faveur des véhicules électriques.

Ce qui distingue la Belgique, c'est le poids des voitures de société dans l'ensemble du marché automobile. Les voitures de fonction représentent une part importante des nouvelles immatriculations, ce qui signifie que des changements dans la fiscalité des entreprises peuvent modifier l'ensemble de la gamme de véhicules en un temps relativement court. En effet, la Belgique a créé une voie rapide pour l'électrification qui contourne les modèles d'adoption plus lents observés chez les acheteurs privés.

Distorsion du marché

Il y a cependant des implications plus larges. Si le système des voitures de société accélère la transition vers des véhicules sans émissions, il soulève également des questions d'équité et de distorsion du marché.

Les avantages de l'électrification sont concentrés de manière disproportionnée parmi les employés ayant accès à des voitures de fonction, tandis que les acheteurs privés sont confrontés à des coûts initiaux plus élevés et à moins d'incitations.

Dans le même temps, l'électrification rapide des flottes d'entreprises devrait avoir un impact retardé mais significatif sur le marché de l'occasion. Au fur et à mesure que les véhicules électriques loués reviendront en grand nombre après les cycles habituels de trois ou quatre ans, une offre croissante de VE d'occasion sera disponible à des prix plus accessibles.

Cela pourrait jouer un rôle crucial dans la démocratisation de la mobilité électrique, en offrant aux acheteurs privés une entrée plus abordable sur le marché des VE et en accélérant l'adoption au-delà du segment des entreprises.

Néanmoins, la direction à suivre est claire. La majorité des nouvelles voitures de société étant déjà électriques, le parc automobile belge continuera à passer rapidement au vert dans les années à venir, au fur et à mesure que les véhicules plus anciens seront éliminés. Les données du RSZ confirment que 2025 n'a pas été une simple année de croissance, mais un tournant structurel.

Dans un paysage européen où l'électrification progresse souvent de manière inégale, la Belgique offre un exemple frappant de la manière dont une politique fiscale ciblée peut accélérer le changement. Il reste à voir si d'autres pays suivront la même voie ou s'ils choisiront une approche plus progressive. Pour l'instant, la Belgique s'est fermement positionnée à l'avant-garde de l'électrification des voitures de société.

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