Au total, 104 298 personnes vivant dans les environs de l'aéroport de Bruxelles ont leur sommeil gravement perturbé par le décollage et l'atterrissage des avions. C'est ce qui ressort de l'étude annuelle obligatoire sur l'impact sonore de l'aéroport réalisée par la société néerlandaise To70.
Cela représente une augmentation de 2,5% par rapport à 2024. Et, coïncidence ou non, le nombre de mouvements de vols nocturnes au départ et à destination de Brussels Airport entre 23 heures et 7 heures a augmenté de 2,1% en l'espace d'un an.
Autre chiffre frappant : le nombre de résidents qui subissent au moins une fois par nuit un pic de bruit de 70 dB - équivalent au bruit d'un aspirateur à un mètre ou d'une tondeuse à gazon à quelques mètres - a augmenté de 36%.
Molenbeek et Koekelberg sont particulièrement touchés
Malgré la tendance à utiliser des avions plus silencieux et plus modernes, les communes de Sint-Jans-Molenbeek (+54%) et de Koekelberg (+47%) en particulier ont enregistré une augmentation frappante du nombre de personnes souffrant de “troubles graves du sommeil”, tandis que Jette (-35%) en a enregistré beaucoup moins.
Ceci est principalement dû à des changements dans l'utilisation des pistes. En raison d'une nouvelle procédure d'atterrissage RNP, la piste 07L a été remise en service l'été dernier. Avec cette procédure, les avions sont déjà alignés sur la piste à une plus grande distance, en survolant Molenbeek et Koekelberg, alors qu'auparavant, ils effectuaient un virage à gauche juste avant l'atterrissage, en survolant Jette.
Situation kafkaïenne
La plupart des personnes “gravement perturbées par le sommeil” - calculées autour de Brussels Airport selon les critères de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour les troubles du sommeil - vivent de toute façon dans la région de Bruxelles-Capitale. Elles sont plus de 60 000, soit 58% du total.
La ville de Bruxelles (16 643), Schaerbeek (12 924), Molenbeek-Saint-Jean (10 596) et Evere (7 039) sont les communes les plus touchées de la liste. Viennent ensuite les communes du Brabant flamand de Zaventem (6 770) et de Vilvorde (5 482).
Elle met aussi immédiatement en évidence le dilemme difficile - ou la situation presque kafkaïenne - qui entoure l'aéroport : les effets les plus graves sur la santé touchent les habitants de la région qui ont le moins à dire sur les questions relatives à l'aéroport.
La Flandre est en fait l'actionnaire majoritaire et délivre le permis environnemental, qui imposait un plafond aux mouvements de vol, mais qui a été confirmé en juillet 2025 par le Conseil pour les litiges relatifs aux permis. Elle détermine également l'utilisation préférentielle des pistes, la piste 25R étant la principale piste de départ, ce qui a pour effet de diriger les nuisances sonores vers l'ouest, en direction de Bruxelles.
Si la Région de Bruxelles-Capitale est celle qui a le plus d'impact sur la santé, elle n'est pas habilitée à délivrer des autorisations. La région dispose de ses propres normes de bruit, qui sont plus strictes que celles de la Flandre, mais elle peut difficilement les faire respecter par les avions qui survolent son territoire, alors que le gouvernement fédéral a le dernier mot en matière de réglementation de l'aviation et de politique d'interdiction des vols de nuit.

Nouveau président
En bref, il s'agit d'un terrain propice à l'éclosion de tensions communautaires. Il reste donc à voir comment le nouveau président de Brussels Airport abordera ou dirigera ces questions. Selon le journal économique De Tijd, le gouvernement flamand a proposé la candidature de Lorin Parys, ancien vice-président de la N-VA et directeur général de la Pro League (la ligue professionnelle de football belge).
Non seulement la Région de Bruxelles-Capitale a entamé une procédure d'annulation contre l'extension de l'aéroport, mais il y a quelques jours, le secrétaire d'État bruxellois à l'environnement, Ans Persoons (Vooruit), a également critiqué le fait que l'enquête publique concernant le permis d'environnement de l'aéroport de Bruxelles, menée par le gouvernement flamand, s'est déroulée exclusivement en néerlandais.
Légalement, c'est tout à fait acceptable, mais les Bruxellois francophones se sentent délibérément exclus du processus de consultation, alors que l'impact du survol des avions sur leur qualité de vie est important.
La critique de Persoon dans Bruzz est acerbe : “Nous constatons que la Flandre fait un effort dans le cadre de l'Approche équilibrée pour l'aéroport, ou des travaux sur le Ring. Là, les participants ont pu obtenir des informations en français ou en anglais et s'exprimer en français grâce à la traduction simultanée”.”
En d'autres termes, lorsque cela convient à la Flandre sur le plan politique, elle trouve soudain une méthode de travail multilingue.
Une pétition des groupes d'action Stop au survol de Bruxelles Nord-Ouest & RNP 07L et Free Air Brussels North a été signée plus de 11 000 fois.


