Y aura-t-il bientôt un billet unique pour les voyages en train en Europe ?

Si la Commission européenne parvient à ses fins, il n'y aura plus qu'un seul billet pour tous ceux qui souhaitent voyager en train à travers l'Europe. Cette mesure, que le commissaire européen chargé des transports et du tourisme, Apostolos Tzitzikostas, a qualifiée de “changement de cap pour les voyages en train”, vise à faciliter les déplacements transfrontaliers sur le continent.

Pour les voyages internationaux en train, les passagers doivent encore souvent acheter plusieurs billets auprès de différentes compagnies ferroviaires. Par conséquent, en cas de retard, ils n'ont parfois aucun droit à une indemnisation, ou un droit limité, et peuvent être obligés d'acheter un nouveau billet pour poursuivre leur voyage dans un autre train.

Un puzzle logistique complexe

Voici un exemple concret de la raison pour laquelle le système fragmenté actuel est si frustrant et trop compliqué : les compagnies ferroviaires nationales protègent leurs propres marchés et ne collaborent toujours pas suffisamment.

Supposons que vous souhaitiez réserver un billet de train de Bruxelles à Helsinki. Sur les sites web de la société ferroviaire belge NMBS/SNCB, vous achetez votre premier billet pour Bruxelles-Cologne-Hambourg, ce qui est possible parce que la NMBS//SNCB et la Deutsche Bahn ont conclu des accords bilatéraux.

Ensuite, il faut faire une deuxième réservation séparée auprès de SJ, les chemins de fer suédois, pour le train de nuit Hambourg-Stockholm ou Hambourg-Copenhague-Stockholm de jour via la Deutsche Bahn pour la première partie et ensuite auprès de SJ pour la deuxième partie. Ensuite, vous aurez besoin d'un billet pour le ferry de nuit Stockholm-Helsinki, une réservation séparée via Tallink/Viking, en dehors du réseau ferroviaire.

Il n'est pas possible d'avoir un seul billet, un seul contrat et un seul ensemble de droits pour les passagers. Si votre train pour Hambourg a, par exemple, 20 minutes de retard et que vous manquez par conséquent votre correspondance pour Stockholm, les réservations sur les segments de votre train de correspondance seront annulées et vous devrez acheter de nouveaux billets - précisément parce que vous avez des billets distincts de différentes compagnies et qu'aucune compagnie n'est obligée de vous mettre dans le train suivant ou de vous rembourser.

En d'autres termes, si vous voulez voyager de manière durable, vous devrez prévoir environ 38 heures et vous occuper vous-même de la logistique ; vous n'avez aucune protection en cas de retard, alors que c'est le cas avec l'avion et que votre billet Bruxelles-Helsinki peut être réservé en 5 minutes pour un vol d'à peine 2,5 heures.

Plateformes de vente en ligne

La Commission européenne vient de présenter un nouveau paquet législatif destiné à faciliter la réservation de voyages internationaux en train et à mieux protéger les droits des voyageurs ferroviaires.

La Commission souhaite donc que les compagnies ferroviaires partagent les prix de leurs billets et les temps de trajet entre elles et avec les plateformes de vente en ligne, afin que les voyageurs puissent rechercher, comparer et combiner les offres de différentes compagnies en un seul billet, qu'ils pourront acheter en une seule transaction sur la plateforme de leur choix. Il peut s'agir d'une plateforme indépendante ou du propre service de billetterie de la compagnie ferroviaire.

Les compagnies ferroviaires détenant une part de marché de 50% seront donc tenues de mettre leurs billets à la disposition des services de billetterie en ligne indépendants qui souhaitent les vendre. Cela devrait permettre à ces plateformes d'offrir aux passagers davantage d'options de voyage, y compris en combinaison avec d'autres modes de transport.

Dans le même temps, les grandes compagnies ferroviaires devront également proposer des billets d'entreprises concurrentes si celles-ci le souhaitent, afin que, par exemple, les nouveaux entrants puissent plus facilement atteindre les clients.

Droits spécifiques des passagers

La Commission impose également aux plateformes de vente de billets d'afficher toutes les options de transport de manière équitable et neutre, en utilisant des critères tels que le prix, la durée du trajet, l'heure de départ et, si possible, les émissions de gaz à effet de serre comme paramètres par défaut.

La proposition inclut également des droits spécifiques pour les passagers. Si une correspondance est manquée au cours d'un voyage en train avec un billet simple, la compagnie responsable du retard doit proposer aux voyageurs un autre trajet jusqu'à leur destination, sans frais supplémentaires, ou rembourser le billet. En fonction de la situation, la compagnie peut également être tenue de verser une indemnisation ou de fournir des repas ou un hébergement à l'hôtel.

Le secteur n'est pas satisfait de la proposition

L'idée - “un grand pas en avant pour la transparence et le choix des consommateurs”, selon le commissaire européen Tzitzikostas - rencontre toutefois une certaine résistance dans le secteur.

L'Association européenne de l'industrie ferroviaire (CER) parle d'une “ingérence sans précédent” de la part de la Commission. “Je ne connais pas un seul cas où quelqu'un est forcé de vendre le produit d'un concurrent. Imaginez que Lufthansa soit obligée de vendre des billets Ryanair”, critique le directeur Alberto Mazzola, qui omet toutefois de mentionner que l'infrastructure ferroviaire en Europe est en grande partie détenue par le secteur public.

Dans le même temps, la CER met en garde contre le fait que si les plateformes numériques à but lucratif ont les coudées franches pour dominer la vente de billets, les chemins de fer supporteront les coûts réels et seront tenus pour responsables, ce qui aura des conséquences inévitables sur le prix des billets.

M. Tzitzikostas comprend la “frustration”, mais il est convaincu que sa proposition permettra de réduire le prix des billets et d'augmenter le nombre de passagers de 5%.

Les États membres et le Parlement européen doivent maintenant examiner la proposition. Une fois qu'ils seront parvenus à un accord, les entreprises auront un an pour s'y conformer. La proposition semble bénéficier d'un fort soutien au Parlement et, si tout se passe comme prévu, cette réforme devrait entrer en vigueur au début de l'année 2029.

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