La présence de BMW à Auto China 2026 combine une étape de production et une réinitialisation du produit. Alors que l'entreprise célèbre son sept millionième véhicule, elle profite également de Pékin pour présenter en première mondiale les BMW iX3 et BMW i3 à empattement long.
Il s'agit des premiers modèles de la Neue Klasse développés spécifiquement “en Chine, pour la Chine et avec la Chine”. Le message plus large est stratégique : BMW n'adapte plus les voitures européennes en fin de cycle. Elle localise les carrosseries, les logiciels, l'assistance à la conduite, les services numériques, les fournisseurs et les prix.
Point de pression pour BMW
C'est important car la Chine est devenue un point de pression pour BMW. Le groupe veut y stabiliser ses ventes en 2026 après une chute de 12,5% en 2025.
Les marques locales telles que BYD, Nio, Li Auto, Xiaomi et Zeekr ont modifié les attentes en matière de logiciels, d'autonomie, de technologie de l'habitacle et de prix.
La réponse de BMW est la Neue Klasse, sa nouvelle architecture logicielle et de véhicules électriques, mais les versions chinoises montrent à quel point il est désormais nécessaire de procéder à des ajustements locaux pour rester crédible sur le plus grand marché automobile du monde.
Les iX3 et i3 chinoises ne sont pas des “copies moins chères” des BMW européennes. Elles reposent sur la nouvelle technologie eDrive Gen6 de BMW, avec une architecture à 800 volts, des cellules de batterie cylindriques et la nouvelle plateforme électronique de la marque.
Visiblement et fonctionnellement différents
Mais elles sont visiblement et fonctionnellement différentes. L'iX3 Long Wheelbase allonge l'empattement de 108 mm par rapport au modèle mondial, afin de favoriser l'espace aux places arrière et le confort des chauffeurs.
BMW indique que la iX3 chinoise dépasse les 900 km selon le cycle CLTC, tandis que la i3 chinoise dépasse les 1 000 km selon le même cycle. En Europe, la nouvelle iX3 50 xDrive est listée en Belgique avec une autonomie WLTP de 678 à 805 km, mesurée selon un cycle d'essai plus strict.
Pour la Chine, BMW intègre des écosystèmes locaux que les clients européens ne trouveront pas de la même manière. La iX3 chinoise utilise un système de navigation développé avec Amap, des fonctions d'intelligence artificielle liées à Alibaba et DeepSeek, une intégration Huawei comprenant Digital Key, HiCar et HarmonyOS NEXT, ainsi qu'un système d'aide à la conduite spécifique à la Chine développé avec Momenta.
BMW affirme qu'environ 70% de la version chinoise de son système Panoramic iDrive et Operating System X ont été développés localement. Le cockpit et la couche d'assistance deviennent aussi spécifiques à la région que l'empattement.
Questions de prix
Le prix souligne l'importance de cette démarche. En utilisant le dernier taux de référence de la BCE de 1 € pour 7,8793 RMB, BMW China affiche la i5 eDrive40L à 408 000 RMB, soit environ 51 800 €, avec une autonomie CLTC de 713 km et un 0 à 100 km/h en 6,7 secondes.
En Belgique, BMW propose la berline i5 eDrive40 à partir de 74 100 euros, avec une autonomie WLTP de 512 à 626 km. L'écart est d'environ 22 300 euros, soit environ 43%, avant de tenir compte des différences de taxes, de finitions, d'incitations et de cycles d'essai.
La tendance est la même pour les modèles à combustion. Une BMW 325i chinoise commence à 258 000 RMB, soit environ 32 700 euros, tandis que la 325Li, plus longue, commence à 278 000 RMB, soit environ 35 300 euros.
BMW Belgium propose la Série 3 berline à partir de 43 800 euros. Le X3 chinois à empattement long commence à 318 000 RMB (environ 40 400 euros), avec un empattement de 2 975 mm et des sièges arrière optimisés pour le confort local.
En Belgique, le nouveau X3 est proposé à partir de 57 550 euros. La comparaison n'est pas équivalente, mais l'orientation est claire : BMW propose des produits plus grands et plus localisés en Chine à des prix bien inférieurs à de nombreux prix de liste européens.
La Chine est brutalement compétitive
Cela tient en partie à la structure du marché. La Chine est brutalement compétitive, avec des remises fréquentes, des cycles de modèles rapides et des fabricants nationaux de VE prêts à rivaliser sur des niveaux d'équipement élevés à des prix agressifs.
Il s'agit en partie d'un projet industriel. La base de production de BMW Brilliance à Shenyang a dépassé les sept millions de véhicules et est en train de se positionner pour la production locale de Neue Klasse.
La fabrication locale permet à BMW de se procurer davantage de composants en Chine, de s'intégrer avec des partenaires logiciels chinois et de répondre plus rapidement aux demandes des clients locaux.
Cela ne signifie pas que tous les composants sont différents. La Neue Klasse reste une architecture BMW globale, et la stratégie de la batterie Gen6 est globale.
BMW a attribué d'importants contrats de fourniture de cellules cylindriques à CATL et EVE Energy, avec une production prévue dans des régions clés comme la Chine et l'Europe. Mais les voitures chinoises font appel à différents fournisseurs et systèmes locaux autour de ce noyau, en particulier pour l'infodivertissement, la navigation, l'IA vocale, la connectivité et la conduite assistée.
L'angle européen est tout aussi important. BMW est exposé aux deux côtés de la question chinoise. Elle a besoin de la Chine pour le volume et la croissance, mais elle est également affectée par les droits de douane européens sur les VE fabriqués en Chine.
Les droits anti-subventions de l'UE sur les BEV chinois s'appliquent depuis octobre 2024, les “autres sociétés coopérantes” devant s'acquitter de 20,7% en plus des droits d'importation standard sur les voitures.
La Mini Cooper et la Mini Aceman électriques de BMW sont construites en Chine, et BMW a cherché des alternatives au régime tarifaire tout en contestant les droits de douane sur le plan juridique.
Test du futur modèle opérationnel de BMW
Les modèles chinois de la Neue Klasse sont donc plus que des nouveautés locales. Ils constituent un test pour le futur modèle opérationnel de BMW. En Europe, BMW doit défendre les prix haut de gamme, le respect de la réglementation et les emplois industriels.
En Chine, elle doit s'aligner sur la vitesse, les logiciels et les valeurs perçues localement sans diluer la marque. Le résultat est un clivage croissant : le même badge BMW et la même base d'ingénierie mondiale, mais des voitures, des fournisseurs, des interfaces et des réalités de prix de plus en plus différents selon les marchés.
Pour BMW, le succès en Chine ne consiste plus simplement à exporter l'attrait du haut de gamme allemand. Il s'agit de prouver qu'une marque mondiale de haut de gamme peut devenir suffisamment chinoise sur le plan de la technologie et de la structure des coûts sans perdre ce qui fait d'elle une BMW. Neue Klasse est la plateforme. Les iX3 et i3 à empattement long en sont le premier véritable test.


