De Lijn supprime 204 lignes de bus destinées à l'enseignement spécialisé

Selon plusieurs médias, la société flamande de transports publics De Lijn supprimera, à la rentrée prochaine, 204 lignes de bus assurant le transport des élèves vers les établissements d'enseignement spécialisé. De Lijn confirme que des lignes seront supprimées, mais n'a pas encore communiqué de chiffre précis.

Ces coupes sont mises en œuvre car la ministre flamande de la Mobilité, Annick De Ridder (N-VA), souhaite que la société de transport respecte son budget de 139 millions d'euros pour la prochaine année scolaire.

La suppression ou le regroupement de lignes entraînera inévitablement un allongement des temps de trajet et, dans certains cas, la centralisation des points d'embarquement. Il ne fait aucun doute que cette mesure, qui implique des coupes budgétaires touchant les enfants vulnérables, est politiquement sensible.

La Flandre ne parvient pas à trouver 11 millions d'euros

Selon De Lijn, chaque élève pourrait toujours prendre le bus pour se rendre à l'école, même si sa ligne venait à être supprimée. Cependant, certains trajets prendraient plus de temps, et il ne serait plus possible de garantir qu'un trajet ne dure pas plus de 90 minutes.

De Lijn envisage également de ne plus aller chercher chaque élève à son domicile, mais de privilégier davantage les points de rassemblement centraux.

De Lijn reçoit chaque année 139 millions d'euros du gouvernement flamand pour assurer le transport des élèves vers les établissements d'enseignement spécialisé, mais ce budget n'est pas suffisant. Chaque année, De Lijn doit prélever environ 11 millions d'euros sur son budget habituel consacré au transport par bus pour combler ce déficit.

1 chauffeur pour 21 élèves

La Flandre compte plus de 53 500 élèves en éducation spécialisée, et ce chiffre augmente d'année en année. En raison de l'augmentation du nombre d'élèves et des problèmes de capacité d'accueil, beaucoup sont contraints de choisir une école éloignée de leur domicile.

Plus de 45 000 d'entre eux prennent le bus pour se rendre à l'école. Pour assurer leur transport, environ 2 100 chauffeurs sillonnent les routes chaque matin. De Lijn définit les itinéraires et fixe les normes de qualité, mais le transport par bus est en grande partie sous-traité à des compagnies de bus privées, des exploitants de minibus et des compagnies de taxi.

“ Ce n'est pas la bonne façon de gérer cette situation. ”

Le fait que la Flandre peine à résoudre un problème de mobilité – un problème qui, dans d’autres pays, est délibérément traité au niveau local à l’aide de solutions sur mesure – tout en réduisant dans le même temps les moyens alloués aux enfants vulnérables touche naturellement à des sensibilités politiques.

“ Dans une région riche et prospère comme la Flandre, nous ne pouvons pas accepter que les élèves en situation de vulnérabilité fassent les frais des décisions politiques ”, déclare Jasper Pillen (Anders), député flamand. “ Un transport scolaire de qualité n’est pas un luxe, mais une condition fondamentale pour offrir à ces élèves toutes leurs chances. ”

Le parti Vooruit réclame également une réforme en profondeur du transport scolaire. “ Quel que soit le ministre en charge, une réforme sérieuse – qui aille au-delà d’une simple réduction des coûts – doit être mise en œuvre rapidement pour ces élèves et leurs parents. Et pour le personnel, qui vit actuellement dans l’incertitude. Les choses ne peuvent pas continuer ainsi ”, déclare Els Robeyns.

Enfin, le CD&V, parti membre de la coalition, demande aux ministres concernés de clarifier au plus vite les accords définitifs. “ Les enfants en éducation spécialisée méritent mieux que la manière dont ils ont été traités ces derniers mois – et ces dernières années ”, déclare An Christiaens, députée flamande. “ Se contenter de supprimer des programmes au cas par cas, sans connaître l’impact exact sur les familles et sans mesures structurelles, n’est pas la bonne façon de traiter cette question. ”

Tensions entre les gouvernements

Le fait que la question du transport scolaire dans l'enseignement spécialisé soit au point mort depuis des mois doit également être replacé dans le contexte du changement de rapport de forces politiques en Flandre. Pendant des décennies, l'éducation et la protection sociale ont été des bastions du CVP/CD&V, mais la N-VA a structurellement supplanté le CD&V en tant que parti dominant du centre-droit flamand.

Ce qui rend cette situation particulièrement intéressante, voire douloureuse, c'est que le cœur du problème trouve également son origine dans les tensions entre deux gouvernements de la N-VA.

Lors de l'entrée en fonction du gouvernement flamand, il aurait été convenu que la gestion du transport scolaire serait transférée au ministère de l'Éducation.

Cependant, l'actuelle ministre de l'Éducation, Zuhal Demir, n'est absolument pas disposée à reprendre cette responsabilité de la main de sa collègue de parti et ministre de la Mobilité, Annick De Ridder, car, comme elle l'affirme elle-même, on lui alloue un budget plus restreint pour résoudre la question des transports et un dossier épineux.

Le fait que ces coupes budgétaires soient mises en œuvre dans le contexte d'un accident mortel survenu à Buggenhout, qui a mis en évidence des lacunes flagrantes dans le système de transport scolaire, rend la situation d'autant plus délicate.

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