Renault revisite la Mégane E-Tech pour renforcer sa position sur le marché des véhicules électriques

Lors d'une avant-première presse européenne à Barcelone, Renault nous a présenté une Mégane E-Tech Electric à la fois affirmée et familière, dotée d'une nouvelle batterie LFP plus grande, d'une autonomie accrue et d'un look plus affirmé.

Mais au-delà du design et des améliorations apportées au système électrique, Renault mise avant tout sur le numérique. L'expérience quotidienne au volant de la Mégane s'articule de plus en plus autour de l'écosystème embarqué de Google, ce qui apporte de réels avantages mais soulève également des questions quant à la pérennité de la propriété du véhicule et à la dépendance vis-à-vis des abonnements.

Une refonte en profondeur à mi-parcours

La partie avant redessinée confère à cette compacte une allure plus affirmée et plus imposante. Les nouveaux motifs d'éclairage, les pare-chocs redessinés et un arrière aux lignes plus épurées renforcent son caractère.

À l'intérieur, des finitions plus raffinées et des peintures extérieures mates tendance, telles que le « Satin Blue Slate », lui confèrent une allure plus haut de gamme et contemporaine. Pour autant, on ne peut en aucun cas la confondre avec une autre voiture qu'une Mégane.

C'est bien là l'intention. Renault l'appelle la nouvelle Mégane E-Tech Electric, mais il ne s'agit pas d'une nouvelle génération. Il s'agit d'une refonte complète à mi-cycle du modèle lancé en 2022, qui était le premier d'une nouvelle vague de véhicules électriques spécialement conçus par Renault.

La plateforme, les dimensions, le moteur avant de 220 hp et la silhouette générale sont conservés. À l'exception des phares, l'ensemble de l'avant est entièrement nouveau, tandis que la voiture gagne 20 mm en hauteur pour accueillir une batterie plus volumineuse.

Le tournant

La Mégane de première génération a marqué un tournant important. Renault avait déjà proposé des véhicules électriques auparavant, notamment la Zoe, mais il s'agissait là d'un véhicule électrique compact crédible, capable de rivaliser avec la Volkswagen ID.3, la Cupra Born ou la Kia Niro.

Renault a livré 47 504 exemplaires en 2023, ce qui la place parmi les trois premiers vendeurs européens de sa catégorie. Renault précise également que plus des deux tiers des acheteurs de Mégane en sont à leur première expérience avec un véhicule électrique.

Le marché a évolué rapidement. Les constructeurs chinois s'imposent avec des prix plus compétitifs et une technologie de plus en plus convaincante, tandis que Hyundai et Kia ont fait de la recharge rapide et de leur architecture électronique leurs atouts concurrentiels.

Du LFP moins cher à la place du NMC

La réponse de Renault est plus réfléchie que révolutionnaire. Une batterie LFP de 67 kWh remplace l'ancienne batterie NMC de 60 kWh, portant l'autonomie annoncée selon le cycle WLTP à 500 km.

 

Ses 232 cellules de type « pouch » s'appuient sur une architecture « cell-to-pack » mise au point par Ampere en partenariat avec LG Energy Solution. Cette configuration libère davantage d'espace pour les cellules, ce qui permet de compenser la faible densité énergétique du LFP et de préserver l'autonomie, tout en réduisant le coût et le poids.

LG Energy Solution fabrique les cellules LFP en Pologne, tandis que le bloc-batterie et la Mégane elle-même sont assemblés à l'usine Renault de Douai, dans le nord de la France.

Le moteur à rotor bobiné, sans terres rares, conserve une puissance de 160 kW (220 ch) et un couple de 300 Nm. La puissance de recharge en courant continu passe à 165 kW, ce qui réduit le temps de recharge annoncé de 15 à 80 % à environ 24 minutes.

Architecture 400 volts

Renault a conservé une architecture de 400 volts plutôt que de rejoindre le club des 800 volts, qui ne cesse de s'agrandir. Le constructeur a également conservé la suspension arrière multibras de la Mégane, tout en revoyant les ressorts, les amortisseurs et la direction afin de s'adapter à la nouvelle batterie.

Un chargeur embarqué de 11 kW est proposé de série, tandis qu'un modèle de 22 kW est disponible en option. Les deux sont bidirectionnels, ce qui permet une alimentation V2L pouvant atteindre 3,7 kW via un adaptateur, tandis que la fonctionnalité V2G dépend du marché. En Belgique, Renault mène actuellement un projet pilote à Gand, mais son déploiement dépendra de la législation.

La technologie LFP devrait offrir des avantages en termes de coût, de durabilité et de chaîne d'approvisionnement, mais Renault n'a pas repensé la voiture de fond en comble. Le constructeur a conservé une configuration qui a fait ses preuves tout en l'alignant davantage sur les normes attendues dans le segment très concurrentiel des véhicules électriques compacts.

La Mégane restylée vient compléter la gamme de véhicules électriques Renault, au sein de laquelle chaque modèle occupe un rôle bien défini. La Twingo est le modèle d'entrée de gamme abordable et destiné à la ville ; la Renault 5, la petite voiture grand public qui suscite le plus d'émotions ; la Renault 4, le crossover plus pratique du segment B ; le Scénic, le fleuron familial ; et la Mégane, le modèle plus bas et plus sportif du segment C.

Adopter pleinement Google

L'élément le plus important n'est peut-être pas visible. OpenR Link associe un tableau de bord numérique de 12,3 pouces à un écran tactile central de 12 pouces au format portrait et fonctionne sous Android Automotive avec Google intégré.

Un compte Google permet de transférer vers la voiture les adresses enregistrées, l'historique de recherche, les informations de trafic en temps réel et les itinéraires envoyés depuis un téléphone. Son planificateur d'itinéraires pour véhicules électriques calcule les arrêts de recharge et les durées de trajet estimées en s'appuyant sur le modèle énergétique réel du véhicule et la disponibilité des bornes de recharge. Renault indique que ce planificateur a bénéficié d'environ 60 mises à jour depuis le lancement de la Mégane de première génération.

Google Assistant gère la navigation, les appels, les rendez-vous dans l'agenda, les recherches à proximité et les commandes domotiques, même si Renault indique que l'IA de Google, Gemini, le remplacera bientôt.

Google Play propose des applications telles que Waze, des services de streaming musical et des outils de gestion du stationnement. L'application « my rnlt » de Renault permet de consulter l'état du véhicule, de programmer la recharge, de préclimatiser l'habitacle et d'accéder à des fonctions à distance.

Apple CarPlay et Android Auto restent disponibles pour les propriétaires qui préfèrent l'interface de leur téléphone, même s'ils ne remplacent pas les fonctions intégrées de Renault en matière de planification d'itinéraire, de recharge ou de services à distance.

Renault mise donc pleinement sur un système centré sur Google, à la fois rapide, intuitif et d’une exhaustivité hors du commun. L’entreprise confie ainsi la navigation, la commande vocale, les applications, la personnalisation et une partie de l’expérience client à Google et à l’infrastructure de services de Renault.

2 Go de données d'applications par mois

La présentation à Barcelone a mis en évidence ce modèle commercial de manière particulièrement claire. L'offre « Google built-in », comprenant 2 Go de données d'applications par mois et l'accès à plus de 100 applications, est incluse pendant trois ans ou pour toute la durée d'un contrat de location auprès de Mobilize Financial Services.

Renault a proposé des prolongations payantes de 5 ou 8 ans. Le volume de données alloué suffit pour environ 40 heures d'écoute audio ou trois heures de streaming vidéo par mois, tandis que le mode « point d'accès » du téléphone permet de fournir des données aux applications téléchargées.

La durée de service restante est transférée avec le véhicule lorsqu’il change de propriétaire, et non avec le premier propriétaire. Ce n’est pas le cas de l’identité numérique.

Le vendeur doit retirer le véhicule de l'application « my rnlt », supprimer le profil Google dans OpenR Link et effectuer une réinitialisation aux paramètres d'usine. Le prochain propriétaire pourra alors associer ses propres comptes Renault et Google.

La voiture pourra peut-être conserver la durée restante de son abonnement aux services connectés, mais les lieux enregistrés, l'historique de recherche, les identifiants de connexion aux applications et les données personnelles de son ancien conducteur ne devraient pas être conservés.

Un effondrement de Google, est-ce plausible ?

La crainte ne réside pas tant dans un effondrement improbable de Google que dans la capacité d’une voiture conçue pour durer à tenir des promesses numériques à durée limitée. La Mégane continuerait de rouler, de se recharger et de conserver ses fonctions de sécurité essentielles sans les services Google, mais la cartographie native, les fonctions vocales, les applications intégrées et une partie de l’écosystème de services à distance dépendent de Renault, de Google, de la voiture et du compte du propriétaire.

Les services, les politiques relatives aux données, l'assistance logicielle et les tarifs peuvent évoluer au cours de la durée de vie d'un véhicule, qui peut facilement dépasser 15 ans. Renault met en avant les nombreuses mises à jour apportées à la Mégane d'origine, mais n'a pas proposé d'engagement comparable sur 15 ans en matière de compatibilité logicielle, de correctifs de sécurité ou de fonctions connectées essentielles.

Le risque n'est pas que la voiture devienne inutilisable, mais qu'un véhicule électrique en parfait état mécanique perde progressivement les fonctionnalités numériques qui lui conféraient son caractère moderne.

Renault a rendu la Mégane plus sûre d'elle, a amélioré ses performances en matière de batterie et de recharge, tout en conservant la formule qui a fait le succès de son prédécesseur.

On a l’impression d’être face à un remake intelligent, et non à une réinvention superflue. Mais cela met également en évidence le compromis inhérent à la voiture « définie par logiciel ». La Mégane E-Tech est plus aboutie et plus connectée que jamais. La question de savoir si l’on aura encore le sentiment d’en être pleinement propriétaire une fois les services inclus arrivés à échéance est une question à laquelle Renault, Google et l’ensemble du secteur devront de plus en plus souvent répondre.

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