Les nouvelles règles que l'UE prévoit d'introduire concernant la réservation de billets pour les trajets ferroviaires transfrontaliers ne permettent toujours pas de réserver près de la moitié des trajets internationaux les plus fréquentés, ou rendent cette réservation difficile, voire impossible. C'est ce qu'indique T&E, un groupe de pression en faveur de la mobilité durable, dans un nouveau rapport.
T&E propose également plusieurs changements et mesures visant à mieux protéger les voyageurs empruntant les trains internationaux.
“ Un trajet, un billet, tous les droits ”
En mai, la Commission européenne a présenté le « paquet passagers » de l'UE, un ensemble de trois propositions législatives visant à mieux protéger les voyageurs effectuant des trajets ferroviaires transfrontaliers.
L'idée centrale est résumée dans le slogan de la Commission : “ Un seul trajet, un seul billet, tous les droits garantis ”. En d'autres termes, les voyageurs qui réservent un trajet en train impliquant plusieurs opérateurs via une plateforme unique et une seule transaction devraient recevoir un billet unique pour l'ensemble du trajet, avec une protection totale en cas de perturbations.
Ou encore comment la Commission entend transposer le modèle du transport aérien au transport ferroviaire, à cette différence près que le marché ferroviaire reste bien plus complexe.
Il reste toutefois quelques lacunes
Et bien que T&E estime que les réglementations européennes visant à moderniser la billetterie ferroviaire et les droits des voyageurs constituent un immense pas en avant, notamment pour les trajets nationaux, elles présentent encore des lacunes dans plusieurs domaines, ce qui signifie que le transport ferroviaire international ne serait finalement pas encouragé.
Une étude montre que sur 13 des 30 liaisons ferroviaires transfrontalières les plus fréquentées de l’UE, soit 43%, les voyageurs qui réservent via les plateformes des grandes compagnies ferroviaires ne peuvent toujours pas compter sur une protection complète, telle que le droit à un autre train ou à une indemnisation en cas de retard. Et changer de train reste un défi en Europe : plus de 40% des personnes interrogées dans le cadre de l’étude de T&E qui devaient changer de train lors d’un trajet international ont manqué leur correspondance.
De plus, les risques financiers pour les voyageurs resteraient également élevés. Sur les 12 liaisons examinées par T&E, un voyageur qui manquerait une correspondance internationale en raison d’un retard devrait débourser en moyenne 86 € supplémentaires pour un billet de remplacement acheté à la dernière minute. Sur la moitié des liaisons examinées, les voyageurs devaient également payer de leur poche leur nuit d’hôtel.

Disparités géographiques
Il subsiste également des lacunes d'ordre géographique et opérationnel. La proposition actuelle impose aux grandes compagnies ferroviaires nationales de proposer des “ billets tout-en-un ” pour les trajets à l'intérieur de leur propre pays, même en cas de correspondance avec un train d'un concurrent.
Mais en ce qui concerne les voyages internationaux, cette exigence ne s'applique pratiquement nulle part. En Europe, les nouvelles règles n'entraîneront de réels changements que sur deux grandes liaisons internationales : Barcelone-Paris et Madrid-Porto. Pour le reste, c'est un pari.
Vous souhaitez voyager de Paris à Rome ou de Barcelone à Milan, par exemple ? Eh bien, vous n’aurez pas cette chance, précisément parce que les grandes compagnies ferroviaires ne sont pas tenues de vendre les billets de leurs concurrentes pour ces trajets spécifiques. Après tout, la proposition de la Commission européenne repose sur une logique juridique et une règle générale fondée sur la position dominante sur le marché national.
Sur la ligne Barcelone-Paris, la compagnie ferroviaire nationale espagnole Renfe assure des liaisons transfrontalières jusqu’au cœur de la France, tandis que la SNCF française étend ses services jusqu’au cœur de l’Espagne. Étant donné qu’elles opèrent sur les “ marchés nationaux ” l’une de l’autre, la loi impose effectivement, dans ce cas précis, l’obligation d’afficher les billets de l’autre compagnie.
Sur un trajet comme Paris-Rome, la situation est différente. La SNCF vous emmène jusqu'à la frontière italienne, ou juste de l'autre côté de la frontière, à Milan, et de là, vous prenez le train italien Trenitalia jusqu'à Rome.
Étant donné que Trenitalia n'occupe pas une position dominante sur le marché français et que la SNCF n'occupe pas une position dominante sur le marché italien, cette loi spécifique ne les oblige pas à proposer un billet combiné Paris-Rome sur leurs propres sites Internet. Selon la lettre de la loi, elles sont uniquement tenues d'ouvrir leurs propres réseaux nationaux à la concurrence.
Les ambitions resteront lettre morte si des ajustements ne sont pas apportés
Afin de rendre les voyages en train à l'international plus attractifs et plus durables, T&E préconise donc d'obliger les grandes compagnies ferroviaires à proposer des billets directs sur les liaisons ferroviaires européennes les plus fréquentées.
De plus, un billet direct devrait également être valable pour les voyages réservés via la même plateforme de réservation, même s’ils n’ont pas été achetés en une seule transaction.
Il convient également de mieux sensibiliser le public aux droits des voyageurs grâce à des informations obligatoires diffusées par les plateformes de billetterie concernant les droits des voyageurs en matière d'indemnisation, d'assistance, de réacheminement et de remboursement, ainsi qu'à travers des campagnes de sensibilisation et une application uniforme de ces droits aux guichets et à bord.
Enfin, les plateformes de réservation devraient être tenues d'afficher les émissions de CO₂ des différentes options de voyage, afin que les voyageurs puissent plus facilement faire des choix durables.
Si les propositions de T&E ne sont pas mises en œuvre, l'organisation craint que le « paquet voyageurs » de l'UE ne permette d'atteindre que partiellement l'objectif visant à faciliter l'accès des voyageurs aux trains internationaux.
“ L’esprit de cette législation est de dynamiser le transport ferroviaire international en mettant fin aux procédures fastidieuses de réservation des billets et à la protection insuffisante des droits des voyageurs ”, déclare Georgia Whitaker, responsable des campagnes ferroviaires chez T&E. “ Mais les nouvelles règles n’apporteront guère d’amélioration à ceux qui entreprennent de longs trajets ferroviaires internationaux. Le Conseil et le Parlement de l’UE doivent veiller à ce que ce paquet législatif favorise une mobilité durable, comme cela avait été promis. ”


