Entre 2019 et 2024, le nombre de voitures de collection, ou ’ old-timers », circulant dans la zone à faibles émissions (LEZ) de Bruxelles a plus que triplé, passant d’environ 4 500 à près de 14 000 véhicules. C'est ce qui ressort des chiffres fournis par Bruxelles Environnement à la demande du député Benjamin Dalle (CD&V).
Selon le député bruxellois, cela montre que ces voitures ne sont plus utilisées uniquement pour les ‘ balades du dimanche ’, mais servent plutôt de faille permettant de contourner les réglementations environnementales de plus en plus strictes applicables aux voitures classiques.
‘Plaque d'immatriculation ’ O »
Depuis la mise en place de la zone à faibles émissions (LEZ) à Bruxelles en 2018, les voitures anciennes fonctionnant au diesel ou à l'essence ont été progressivement interdites en fonction de la norme Euro et du type de carburant.
Une exception s'applique toutefois aux voitures de plus de 30 ans munies d'une plaque d'immatriculation ‘ O ’ ou d'un emblème de voiture de collection : elles bénéficient d'une dérogation automatique et permanente à Bruxelles. Cela signifie qu'elles sont autorisées à circuler sans restriction dans la ville, quel que soit leur niveau d'émissions polluantes.
Cette dérogation avait été instaurée à l'époque afin de préserver le patrimoine automobile de la ville. Elle visait explicitement à permettre aux passionnés et aux collectionneurs de continuer à conduire leurs véhicules historiques.
On partait également du principe que ces Coccinelles rutilantes, ces vieilles Corvettes ou ces Aston Martin étaient uniquement collectionnées par passion, qu'elles ne parcouraient pas plus de quelques centaines de kilomètres par an et qu'elles n'avaient donc qu'un impact limité sur la qualité de l'air.
Une faille dans la législation ?
Mais il semble aujourd’hui qu’un nouveau phénomène se dessine, ou peut-être qu’il existe une faille dans cette législation, car le nombre de voitures portant une plaque d’immatriculation ‘ O ’ enregistrées par les caméras de la LEZ est en hausse.
En 2019, 3 936 véhicules de ce type ont été enregistrés par les caméras ANPR, mais en 2024, ce chiffre était passé à 13 799. Le nombre de voitures de collection utilisées plus de 100 jours par an est également en hausse : il est passé de 17 en 2019 à 156 l'année dernière. On compte actuellement 6 892 voitures de collection immatriculées à Bruxelles, un chiffre qui ne cesse d'augmenter.
Une tendance inquiétante
Selon Benjamin Dalle (CD&V), député européen originaire de Bruxelles, il s’agit d’une tendance inquiétante qui laisse penser que le statut de « voiture de collection » est utilisé pour contourner la zone à faibles émissions (LEZ).
Une voiture datant de 1994 ou 1995 – par exemple une vieille Volkswagen Golf Variant, une Peugeot 205 ou l’une des premières Audi A4 – est légalement considérée comme une voiture de collection. Pour beaucoup de gens, cependant, il ne s’agit pas d‘’ objets culturels historiques », mais simplement de voitures fonctionnelles et peu coûteuses.
Comme ces véhicules sont automatiquement autorisés à circuler dans la zone à faibles émissions (LEZ) grâce à leur plaque d'immatriculation ‘ O ’, certaines personnes les utilisent uniquement comme une alternative économique pour contourner cette zone environnementale.
“ Les passionnés ne devraient pas être pris pour cible ”, a déclaré M. Dalle dans son propre communiqué de presse, “ mais si de plus en plus de voitures anciennes circulent à Bruxelles, le gouvernement doit intervenir avant que ce problème ne devienne incontrôlable ”. D’autant plus que, en général, plus un véhicule est ancien, plus ses émissions de substances nocives sont élevées.
À titre d'information : bien que les voitures de collection soient exemptées de la LEZ, leur utilisation est soumise à certaines règles. Elles ne peuvent pas être utilisées pour se rendre au travail ou à l'école, ni à des fins professionnelles ou commerciales. Dans ces cas-là, le véhicule doit conserver une plaque d'immatriculation standard, ce qui signifie que l'exemption de la LEZ prend fin.
De plus, les taxes et les primes d'assurance peuvent être inférieures à celles d'un véhicule de plus de 30 ans immatriculé de manière classique, et les exigences en matière de contrôle technique sont moins strictes.
Et il y a un autre point d’achoppement : la LEZ ne vérifie pas si les voitures de collection sont utilisées conformément aux règles. Cette responsabilité incombe à la police. “ Cela signifie que l’exemption automatique est difficile à appliquer dans la pratique ”, explique M. Dalle. “ C’est précisément pour cette raison que le régime applicable aux voitures de collection doit être intégré à la réforme de la LEZ. ”

Ces changements seront mis en œuvre d'ici 2030
La secrétaire d'État à l'Environnement, Ans Persoons (Vooruit), reconnaît que la tendance à la hausse du nombre moyen de jours par an pendant lesquels les voitures de collection sont utilisées pourrait être le signe d'un nouveau phénomène.
Mais elle souligne également que cela ne représente qu’une fraction des voitures immatriculées circulant sur les routes de Bruxelles, à savoir 0,38% en 2025, et que le fait d’utiliser une voiture classique pour contourner la zone à faibles émissions (LEZ) n’a pas beaucoup de sens.
Les anciennes voitures à essence fabriquées après 2001 sont de toute façon encore autorisées à circuler jusqu'en 2028. En d'autres termes, un jeune de 20 ans qui utilise une voiture à essence répond également aux critères requis et peut l'utiliser légalement pour se rendre au travail.
“ Mais cela pourrait changer à partir de 2030, lorsque les critères d’accès pour les voitures à essence deviendront eux aussi plus stricts ”, explique-t-elle sur le site web de BRUZZ. À partir de cette date, les voitures à essence de norme Euro 4 ne seront plus autorisées.
C’est pourquoi les experts soupçonnent qu’un nombre croissant de conducteurs anticipent déjà cette évolution. Une voiture datant, par exemple, de 1995 est désormais considérée comme une voiture de collection et le restera même après 2030. Bruxelles Environnement évaluera donc l’utilisation des voitures de collection dans le cadre de la réforme en cours de la LEZ, dans le but de combler d’éventuelles lacunes d’ici 2030.


