Les automobilistes belges considèrent très majoritairement la voiture comme un élément indispensable à leur vie quotidienne, mais la perçoivent de plus en plus comme un luxe qu’ils peuvent à peine s’offrir. Telle est la principale conclusion d’une enquête européenne commanditée par AramisAuto, la société mère française de Cardoen, qui classe la Belgique parmi les marchés les plus prudents en matière d’électrification et de politique relative aux zones à faibles émissions.
L'étude OpinionWay a été menée auprès de 7 036 automobilistes en Belgique, en Allemagne, en France, en Italie, en Autriche, en Espagne et au Royaume-Uni, dont 1 001 en Belgique.
La grande majorité a besoin de sa voiture
Environ 89% des personnes interrogées en Belgique ont déclaré ne pas pouvoir se déplacer comme elles le souhaitaient sans leur propre voiture. Parallèlement, 78% ont qualifié la possession d’une voiture de luxe, et 58% ont indiqué que leur véhicule était devenu le poste de dépense le plus important de leur budget familial.
Cette tension n'est pas propre à la Belgique. Partout en Europe, la voiture particulière reste indispensable pour de nombreux ménages vivant en dehors des grands centres urbains, alors même que le coût de son remplacement devient de plus en plus prohibitif.
Mais la Belgique semble occuper une position intermédiaire délicate entre les marchés du sud, plus sensibles aux prix, et ses voisins germanophones, plus aisés. Les personnes interrogées en Belgique ont déclaré pouvoir consacrer en moyenne 357 € par mois au financement d'une voiture neuve, en excluant celles qui ont indiqué ne pouvoir rien dépenser.
Ce chiffre est supérieur à celui de la France (283 €) et de l’Italie (286 €), mais inférieur à celui de l’Allemagne (387 €) et de l’Autriche (443 €). Le communiqué de presse de Cardoen a utilisé une moyenne belge inférieure, à savoir 325 €, incluant les personnes interrogées ne disposant d’aucun budget, alors qu’il la comparait aux chiffres des autres pays qui excluaient les réponses « zéro ». Le classement général reste similaire, mais la comparaison n'est pas strictement équivalente.
Zoom sur la mensualité
L'accent mis sur le financement mensuel met également en évidence un problème plus général. L'enquête demande aux automobilistes quel montant ils peuvent se permettre de dépenser chaque mois pour financer l'achat d'une voiture neuve, et non combien coûtera cette voiture sur toute la durée de possession.
Il ne tient pas compte de l'amortissement, du carburant ou de l'électricité, de l'assurance, des taxes, de l'entretien, des pneus, des réparations, du stationnement ni de la valeur de revente. En d'autres termes, le coût total de possession (TCO) est un facteur déterminant dans le secteur du leasing.
Cela reflète la manière dont une grande partie du marché de l'automobile particulière est commercialisée. Les offres des constructeurs automobiles mettent généralement en avant une mensualité ’ faible ‘, tandis que l'apport initial, la durée du contrat, la limite de kilométrage ou le versement final ne sont pas mis en avant.
Pour les acheteurs soumis à des contraintes financières, le coût mensuel constitue le premier critère permettant d'évaluer la faisabilité financière de l'achat. Une voiture à essence ou au diesel, moins chère à l'achat, peut donc sembler plus accessible qu'un modèle électrique ou hybride, même si le bilan financier à long terme peut s'avérer différent.
54% : envisager un véhicule électrique ou hybride

La prudence des Belges transparaît également dans leurs préférences en matière de motorisation. Seuls 54% d’automobilistes belges ont déclaré qu’ils envisageraient d’acheter une voiture électrique ou hybride lors de leur prochain achat, un chiffre inférieur à la moyenne des sept pays, qui s’élève à 60%. L'Italie a atteint 66% et l'Espagne 70%, tandis que l'Autriche était le seul marché à se situer en dessous de la Belgique, avec 50%.
Cela ne signifie pas pour autant que la Belgique soit à la traîne en matière d'électrification dans son ensemble. Son marché des voitures neuves s'est rapidement électrifié grâce à la fiscalité applicable aux véhicules de société et aux immatriculations de flottes.
Toutefois, cette enquête évalue les intentions d'achat personnelles des automobilistes, ce qui la rend plus pertinente pour le marché privé, où le prix, l'accès aux bornes de recharge et l'incertitude quant à la valeur future des véhicules restent des obstacles.
Les zones à faibles émissions suscitent des réactions tout aussi partagées. Seuls 45% des personnes interrogées en Belgique se sont déclarées favorables à des restrictions d'accès pour certains véhicules dans les centres-villes de Bruxelles et d'Anvers, contre 68% en Italie. Les automobilistes italiens sont depuis longtemps habitués aux zones à circulation restreinte, ce qui peut expliquer en partie cette différence.
Les résultats belges masquent également des différences régionales. Le soutien était plus marqué à Bruxelles, tandis qu'une majorité de répondants flamands s'opposait à ces mesures.
Pourtant, la question portait sur les restrictions d'accès aux centres-villes en général, plutôt que sur un futur durcissement spécifique des règles relatives aux zones à faibles émissions (LEZ) à Bruxelles ou à Anvers. Le sous-groupe bruxellois étant par ailleurs restreint, cette répartition régionale doit être considérée davantage comme un indicateur de l'opinion générale que comme une mesure précise.
Remis à neuf pour combler le fossé
Cardoen s'appuie sur ces conclusions pour affirmer que les voitures remises à neuf peuvent combler le fossé entre les voitures conventionnelles vieillissantes et les véhicules électriques neufs, dont le prix est élevé.
Les voitures d'occasion inspectées par des professionnels et assorties d'une garantie pourraient séduire les conducteurs à la recherche d'un véhicule de remplacement offrant davantage de prévisibilité. Mais il s'agit là également d'une conclusion commerciale tirée d'une enquête commanditée par l'un des plus grands distributeurs européens de voitures reconditionnées.
OpinionWay, un institut de sondage reconnu, précise que cette étude a été réalisée conformément à la norme ISO 20252. Il s'agissait toutefois d'une enquête en ligne par quota auprès d'automobilistes, et non d'un échantillon probabiliste de l'ensemble des ménages belges. Elle offre un aperçu utile du sentiment des conducteurs au printemps 2026, mais ne constitue pas un verdict définitif sur la politique de mobilité ni sur le coût réel de la possession d'une voiture.
Son message principal est néanmoins clair. Pour de nombreux automobilistes belges, la voiture reste indispensable. Le problème, c’est que son remplacement, notamment par un modèle plus récent ou électrifié, apparaît de plus en plus comme un luxe hors de portée.


