Toyota, Daimler et Volvo s'associent pour assurer la pérennité des camions à hydrogène

Toyota a signé un accord contraignant en vue d'acquérir une participation de 33% dans Cellcentric, la coentreprise spécialisée dans les piles à combustible créée par Daimler Truck et le groupe Volvo.

Cet accord transforme le protocole d'accord non contraignant annoncé en mars en une transaction ferme et souligne que trois des plus grands constructeurs automobiles mondiaux continuent de croire en l'avenir de l'hydrogène dans le transport lourd.

Sous réserve de l'obtention des autorisations réglementaires, Toyota, Daimler Truck et le groupe Volvo détiendront chacun une part égale. La finalisation de l'opération est prévue vers la fin de l'année 2026 ou le début de l'année 2027.

Cellcentric conservera son indépendance et continuera à fournir des systèmes à pile à combustible destinés aux poids lourds routiers et tout-terrain, aux autocars, aux applications ferroviaires et maritimes, à la production d'électricité stationnaire et aux engins de chantier.

Une expertise supplémentaire dans le domaine des piles à combustible

L'arrivée de Toyota devrait permettre à Cellcentric d'acquérir une expertise supplémentaire dans le domaine des piles à combustible et, ce qui est peut-être encore plus important, d'atteindre une plus grande envergure industrielle. Cellcentric emploie plus de 560 personnes et détient environ 700 brevets.

Au début de cette année, l'entreprise a présenté le BZA375, un système compact à pile à combustible développé pour les applications lourdes et destiné à devenir l'un des piliers de sa future offre commerciale.

Cette alliance revêt une importance stratégique, mais elle ne doit pas être interprétée comme la preuve que l'hydrogène retrouve sa place d'antan en tant qu'alternative propre à grande échelle pour le transport routier.

Les piles à combustible ont largement perdu cette bataille sur le marché des voitures particulières, où les véhicules électriques à batterie ont atteint des volumes de vente bien supérieurs, affichent une consommation d'énergie moindre et bénéficient d'un réseau de recharge en pleine expansion.

Principalement des camions entièrement électriques à batterie

Même dans le secteur des camions, les batteries progressent plus rapidement que ne l'avaient prévu de nombreux défenseurs de l'hydrogène. Selon l'Agence internationale de l'énergie, les ventes mondiales de camions électriques ont doublé en 2025 pour dépasser les 400 000 véhicules, atteignant ainsi 9% du marché.

Les modèles entièrement électriques ont représenté 97% de ces ventes. Les ventes de poids lourds électriques ont presque triplé pour atteindre environ 230 000 unités.

L'Europe reste loin derrière la Chine, mais la tendance est similaire. Les ventes de camions électriques en Europe ont augmenté de 40% en 2025 pour atteindre près de 17 000 unités. Au sein de l’UE, les camions rechargeables ont vu leur part de marché passer à 4,41 % au premier trimestre 2026, tandis que les camions à pile à combustible restent largement cantonnés aux essais et aux petites flottes.

Cela change la donne en ce qui concerne la coopération entre Toyota, Daimler et Volvo. Plutôt que de généraliser l'utilisation de l'hydrogène, les trois entreprises se partagent les coûts et les risques considérables liés au maintien de sa viabilité pour les cas d'utilisation les plus exigeants.

Il peut s'agir notamment de camions parcourant des kilométrages quotidiens très élevés, d'opérations où il est difficile de prévoir du temps pour la recharge, ou d'applications dans lesquelles des batteries de très grande capacité réduiraient trop la charge utile.

Cet accord ne permet pas non plus de résoudre le principal problème lié à l'hydrogène. La quasi-totalité de l'hydrogène est encore produite à partir de combustibles fossiles, tandis que l'hydrogène à faibles émissions ne représentait qu'un peu plus de 1% de la production mondiale en 2025.

Selon l'AIE, le portefeuille de projets est en baisse en raison de retards, d'annulations, d'une faible demande et de coûts qui restent supérieurs à ceux de l'hydrogène conventionnel.

Une nouvelle perspective belge ?

Belge start-up Solhyd pourrait offrir une nouvelle perspective. Sa technologie modulaire permet de produire de l'hydrogène à partir de l'énergie solaire et de l'humidité captée dans l'air, sans nécessiter d'alimentation en eau, de raccordement au réseau électrique ni de métaux précieux.

Solhyd affirme que son système simplifié permet de réduire de moitié les coûts liés aux équipements auxiliaires et de diminuer les coûts énergétiques jusqu'à quatre fois par rapport à l'électrolyse classique.

Toutefois, cette avancée n'a pas encore été démontrée à l'échelle commerciale. Solhyd ne publie pas de coût de production vérifié au kilogramme, tandis que sa première installation à vocation commerciale, située près de Namur, n'aura dans un premier temps qu'une capacité de 50 kW. Elle devrait entrer en service en 2026, et un projet de 2 MW est prévu pour 2028.

Cette technologie pourrait s'avérer particulièrement intéressante pour la production décentralisée d'hydrogène sur des sites industriels ou dans des dépôts de camions, où elle pourrait contribuer à réduire le coût du transport de l'hydrogène.

Mais l'hydrogène est actuellement produit à basse pression et doit encore être comprimé, stocké et distribué avant de pouvoir alimenter un camion. Solhyd pourrait donc contribuer à réduire un maillon important de la chaîne de coûts de l'hydrogène, mais cette technologie n'a pas encore éliminé les inconvénients économiques et infrastructurels qui permettent aux camions électriques à batterie de gagner du terrain.

La nouvelle structure actionnariale de Cellcentric constitue donc à la fois un gage de confiance et un signe de consolidation. L'hydrogène n'a pas disparu du secteur des transports routiers, mais son rôle tend à s'amenuiser.

Toyota, Daimler Truck et le groupe Volvo misent en effet sur le fait que les piles à combustible pourront rester une solution spécialisée pour les applications de poids lourds les plus difficiles à électrifier, alors même que les batteries s'approprient une part de plus en plus importante du marché des camions.

 

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