L'Europe souhaite des voitures circulaires ; la Belgique dispose déjà du système de recyclage 98%

L'Europe a renforcé les règles régissant le cycle de vie des véhicules. Depuis le 13 août, le nouveau règlement européen sur la circularité des véhicules est en vigueur ; il impose aux constructeurs non seulement de recycler les véhicules, mais aussi de les concevoir de manière à faciliter leur démontage et leur réutilisation, et de réutiliser les matériaux récupérés dans la fabrication de nouveaux véhicules.

La Belgique part d'une position relativement solide. Febelauto, qui coordonne le traitement des véhicules hors d'usage pour le compte des constructeurs et des importateurs, fait déjà état d'un taux de valorisation de 98%.

À partir de 2032, au moins 15% du plastique utilisé dans les voitures neuves devra provenir de sources recyclées. Ce chiffre passera à 25% en 2036, une partie de cette quantité devant provenir spécifiquement de véhicules hors d'usage. Des exigences concernant l'acier, l'aluminium, le magnésium et les matières premières critiques devraient suivre. La plupart des dispositions commenceront à s'appliquer deux ans après l'entrée en vigueur du règlement.

La législation va bien au-delà du simple broyage des vieilles voitures et du tri des métaux. Les composants devront être plus faciles à démonter, à réparer et à réutiliser. Parallèlement, les constructeurs et les importateurs assumeront une plus grande responsabilité financière et organisationnelle dès lors que leurs véhicules arriveront en fin de vie.

La Belgique dispose déjà des infrastructures nécessaires

Une grande partie de l'infrastructure de collecte nécessaire existe déjà en Belgique. Febelauto coordonne la gestion en fin de vie des véhicules et des batteries des voitures électriques grâce à un système collectif qui couvre la quasi-totalité du marché.

En 2025, 31 constructeurs et importateurs de véhicules électrifiés étaient affiliés à Febelauto, représentant 79 marques et 99 821 TP3T de véhicules hybrides et électriques commercialisés sur le marché belge.

La composition de son conseil d’administration illustre l’ampleur de cette coopération. Présidé par Henry Wattel, PDG de Smart Belgium, il comprend des représentants de D’Ieteren Automotive, Volvo Cars, du groupe Renault, de Polestar et de Ford, ainsi que du secteur du recyclage et d’organisations telles que Traxio, Denuo et Agoria.

Cela signifie que le renforcement de la réglementation européenne n'oblige pas chaque fabricant à mettre en place son propre réseau de recyclage en Belgique. Les marques concurrentes peuvent s'acquitter d'une partie de leurs responsabilités de producteur en recourant au même écosystème agréé de collecte, de traitement et de recyclage.

En 2025, Febelauto a atteint un taux de valorisation de 981 TP3T pour les véhicules hors d'usage, dont près de 251 TP3T de réutilisation, 691 TP3T de recyclage des matériaux et une part moindre valorisée sous forme d'énergie.

Les batteries des véhicules électriques constituent le prochain défi

L'électrification apporte à la fois davantage de complexité et une valeur ajoutée. L'année dernière, 5 172 batteries et modules de véhicules électriques, qu'ils soient réutilisables ou mis au rebut, ont été collectés en Belgique, pour un poids total de 551 tonnes. Febelauto dispose désormais de dix centres spécialisés agréés, capables de prendre en charge les véhicules électrifiés et les batteries haute tension.

L'objectif est de plus en plus de préserver les composants plutôt que de tout transformer immédiatement en matières premières. En 2025, 31% de batteries de véhicules électriques collectées ont été réutilisées ou valorisées dans des applications de « seconde vie », tandis que 37% ont été recyclées.

Cela a une importance sur le plan économique. La réutilisation d'un module de batterie, d'un moteur électrique ou d'un composant électronique permet de conserver une part bien plus importante de sa valeur que s'il était broyé ou fondu pour être transformé en matière première.

Febelauto se prépare également à l'élargissement du champ d'application de la législation européenne, qui étendra les responsabilités au-delà des voitures particulières à des catégories telles que les camions, les bus et les motos, et exigera une plus grande traçabilité tout au long de la chaîne de traitement.

Renault illustre la manière dont les constructeurs automobiles se réorganisent

Ce changement ne se limite pas aux parcs à ferraille. L'économie circulaire gagne du terrain au sein de l'industrie automobile, s'intégrant désormais au développement des produits, aux achats, à la stratégie en matière de matières premières et à la gouvernance d'entreprise.

Le groupe Renault en est un exemple récent. Le 1er juillet, il a créé le nouveau poste de secrétaire générale et en a confié la responsabilité à Quitterie de Pelleport. Son vaste champ de compétences englobe les affaires juridiques, l’audit, la gestion des risques, l’éthique et la conformité, ainsi que le développement durable, les partenariats stratégiques et les activités de Renault liées à l’économie circulaire, notamment L'avenir est NEUTRE.

Renault a déclaré que cette nouvelle structure avait été conçue pour l’aider à anticiper les transformations réglementaires, industrielles et environnementales. Les nouvelles règles européennes illustrent parfaitement cette évolution : le sort réservé à une voiture en fin de vie détermine de plus en plus la conception du modèle suivant et le choix des matériaux utilisés par les constructeurs.

Avec l'initiative « The Future Is NEUTRAL », Renault s'efforce également de boucler le cycle industriel. Ses activités AUTOLOOP concernent déjà le polypropylène, le cuivre, l'aluminium et les métaux précieux, tandis que les batteries des véhicules électriques viennent s'y ajouter avec le lithium, le nickel et le cobalt.

Au lieu de laisser les matériaux récupérés être réutilisés dans des applications de moindre valeur, Renault souhaite qu’une plus grande partie d’entre eux soit réintroduite dans la production automobile.

Dans le cadre de sa stratégie « futuREady », le groupe vise à ce que 30% des matériaux utilisés dans chaque véhicule proviennent de l'économie circulaire d'ici 2030.

Mme De Pelleport apporte également son expérience acquise dans un autre secteur fortement réglementé, celui des matériaux. Avant de rejoindre Renault, elle a passé dix ans au sein du groupe chimique Solvay, où elle a fini par occuper le poste de directrice juridique du groupe. Ce parcours revêt une importance croissante à mesure que les matières premières, le recyclage, la réglementation environnementale et la responsabilité d'entreprise deviennent de plus en plus étroitement liés.

De la casse au fournisseur de matières premières

Renault n'est qu'un exemple parmi d'autres de la transformation à laquelle tous les constructeurs devront faire face. La présence de Smart, D’Ieteren Automotive, Volvo, Polestar, Ford et Renault au sein de Febelauto montre à quel point ce défi est déjà relevé collectivement en Belgique.

La prochaine étape s'annonce plus exigeante. L'Europe ne se contente pas de vouloir que les voitures soient éliminées de manière efficace. Elle souhaite que les plastiques, les métaux, les batteries et les composants réutilisables récupérés sur les vieux véhicules soient réintégrés dans les nouveaux.

Cela modifie également le rôle d’organisations telles que Febelauto. L’aval de la filière automobile devient progressivement un fournisseur de l’amont de la filière suivante.

Pour l'industrie automobile européenne, un véhicule hors d'usage est de moins en moins considéré comme un déchet et de plus en plus comme une mine de matières premières pour la voiture qui le remplacera.

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