Vendredi, les services régionaux et municipaux d'assainissement ont ramassé 5,5 tonnes de déchets aux abords de la Gare du Nord de Bruxelles, un lieu tristement célèbre pour ses détritus, ses décharges sauvages et ses débris jonchant la voie publique. Cela équivaut à la quantité de déchets qu'une famille belge moyenne produirait en dix à douze ans environ.
La quantité de déchets ramassés met immédiatement en évidence la gravité des problèmes aux abords de la gare du Nord. Grâce à cette opération de nettoyage coordonnée, la Région bruxelloise et les communes de Schaerbeek et de Saint-Josse-ten-Node espèrent renforcer la coopération au sein du quartier afin d'améliorer durablement la propreté.
Problème structurel
Au total, plus de 40 employés ont participé à cette opération de nettoyage, dont la moitié travaillait pour Net Brussel, l'agence régionale officielle chargée de la propreté de la Région de Bruxelles-Capitale.
Les grandes gares sales ne sont certes pas un phénomène exclusivement belge, mais la situation à Bruxelles-Nord — déchets, dépôts sauvages, nuisances liées à la drogue, sans-abri, problèmes de sécurité pour les équipes de nettoyage et fragmentation des responsabilités — est particulièrement difficile. Un mois plus tôt, une opération similaire menée à Bruxelles-Midi avait permis de collecter 4 990 kg de déchets, ce qui laisse fortement supposer l'existence d'un problème structurel.
À titre de comparaison, la société ferroviaire NMBS/SNCB a collecté environ 3 100 tonnes de déchets dans l’ensemble des gares belges au cours de l’année 2025, auxquelles s’ajoutent environ 900 tonnes collectées à bord des trains. La gestion des déchets pour l’ensemble des activités de la NMBS/SNCB a coûté 3,2 millions d’euros. Ainsi, ces 5,6 tonnes, soit l'équivalent d'un chargement complet d'un grand camion-poubelle lourd, ne peuvent raisonnablement être comparées directement au chiffre national de la NMBS/SNCB, mais elles illustrent bien la distinction entre les déchets ferroviaires habituels et le problème plus général des quartiers.
Un problème de gestion plus profondément enraciné
Car même s’il existe désormais un nouveau plan pour la gare – un plan qui, par exemple, met davantage l’accent sur la propreté, l’installation de 60 caméras supplémentaires et le renforcement des effectifs des services publics et de sécurité –, les problèmes liés à la gare de Bruxelles-Nord révèlent un problème de gestion plus profondément enraciné. Il ne s’agit pas d’un incident isolé, mais plutôt d’une convergence entre la fragmentation administrative, les pressions sociales et les décisions en matière d’infrastructures.
Autre point important : Bruxelles continue de recourir largement au dépôt de sacs poubelles dans la rue plutôt qu’à l’utilisation de conteneurs souterrains. Combiné à une forte densité de population et à la présence de nombreux appartements, cela conduit rapidement à des dépôts sauvages ou à des déchets jonchant la voie publique.
La répression et la surveillance des déversements illégaux sont souvent insuffisantes dans ces zones de transit, où se trouvent également des sans-abri, des migrants en transit et des personnes souffrant d'addiction, car il est difficile d'identifier les pollueurs.
La fragmentation, mais…
Par ailleurs, Bruxelles est loin d'être une exception en matière de déchets dans les gares. Les grandes gares métropolitaines du monde entier, telles que Paris-Nord, Rome Termini et Francfort Hauptbahnhof, sont confrontées aux mêmes défis : problèmes sociaux, forte affluence et pression accrue sur la propreté et la sécurité publiques.
Ce qui rend Bruxelles exceptionnelle, cependant, ce sont les importantes frictions administratives. Par exemple, les rues régionales relèvent de la compétence de l’agence régionale Net Brussels, tandis que les communes assurent l’entretien des rues municipales par le biais de leurs propres services. Cette fragmentation entraîne régulièrement des conflits de compétence – “ Qui s’occupe de quoi ? ” – et un manque d’uniformité dans l’application des règles.
Même si ce dernier point est lui aussi relatif. Sur le plan de la structure administrative, Londres présente une ressemblance surprenante avec Bruxelles : le Grand Londres est divisé en 32 arrondissements (conseils locaux), auxquels s'ajoute la City de Londres.
Chaque arrondissement, comme Westminster, Camden ou Kensington & Chelsea, dispose de sa propre politique et de ses propres règles en matière de gestion des déchets, et confie la collecte des déchets à des entreprises privées, telles que Veolia ou Biffa.
Malgré cette fragmentation, Londres semble souvent plus propre que Bruxelles. Dans le centre très animé de Londres, le nettoyage des rues est extrêmement intensif. Dans les rues commerçantes les plus fréquentées, les balayeuses et les camions de nettoyage circulent sans interruption, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Les sacs poubelles déposés devant les commerces sont ramassés en l’espace de quelques heures.
À Londres, les magasins, les restaurants et les bureaux doivent également souscrire des contrats privés coûteux pour la gestion de leurs déchets. Les entreprises se voient attribuer des créneaux horaires précis – parfois aussi courts qu’une à deux heures par jour – pendant lesquels elles peuvent déposer leurs déchets dans la rue. Si elles les sortent trop tôt, elles s’exposent immédiatement à de lourdes amendes.
La plupart des arrondissements londoniens s'appuient également fortement sur des agents chargés de faire respecter la réglementation. À Londres, jeter un mégot de cigarette ou une canette dans la rue entraîne une amende immédiate comprise entre 150 et 400 livres sterling. Le risque élevé de se faire prendre et la lourde sanction financière constituent un moyen de dissuasion plus efficace qu'à Bruxelles.
Quatre poubelles vidées chaque jour à la gare centrale de Francfort (Frankfurt Hauptbahnhof)
Et si l'on s'intéresse plus particulièrement aux abords de la gare, le quartier de la gare centrale de Francfort (Frankfurt Hauptbahnhof) est confronté à une situation similaire à celle de Bruxelles, avec un marché de la drogue à ciel ouvert, des personnes vulnérables, des déchets sauvages et des problèmes de sécurité au travail.
Environ 25 agents de propreté municipaux y travaillent de 4 h 30 à 19 h, ramassant chaque jour entre 7 et 10 m³ de déchets dans les rues. Environ 160 poubelles sont vidées jusqu’à quatre fois par jour. Des équipes spécialisées ramassent le matériel lié à la consommation de drogue, des camions-citernes neutralisent les odeurs d’urine et de matières fécales, et les équipes de nettoyage travaillent dans certaines rues sous escorte policière.
Des sanctions plus sévères
Mais attention : tant au niveau communal qu’au niveau de la Région bruxelloise, les sanctions et amendes ont récemment été considérablement alourdies afin de dissuader les dépôts sauvages.
Depuis le mois d'août, la Ville de Bruxelles, entre autres, a considérablement doublé le montant des amendes pour les infractions environnementales. L'amende pour dépôt illégal de déchets ordinaires ou d'encombrants a doublé, passant de 500 à 1 000 euros par m³, tout comme celle applicable aux déchets de chantier et aux déchets dangereux (de 1 000 à 2 000 euros par m³).
Toute personne qui utilise des sacs poubelles non conformes ou qui les sort trop tôt devra désormais s'acquitter d'une amende de 400 € par sac au lieu de 200 €. Uriner en public est désormais passible d'une amende de 400 €, et l'amende pour les graffitis a été fixée à 1 000 € par m².
À Saint-Josse, ces amendes ne sont pas très élevées, mais il faut tenir compte du fait que, avec un revenu imposable net moyen bien inférieur à la moyenne nationale, c'est la commune la plus pauvre de Belgique. La commune ne dispose tout simplement pas des recettes fiscales ni du budget nécessaires pour déployer une armée d'agents de nettoyage, comme le font, par exemple, le riche arrondissement de Westminster à Londres ou Francfort.
En conséquence, la commune se trouve confrontée à une tâche quasi impossible. Les impôts locaux ne suffisent pas à lutter contre la pollution autour de la gare du Nord – la deuxième gare la plus fréquentée du pays, dont une partie se trouve sur le territoire de Schaerbeek –, qui est en grande partie causée par des personnes qui ne vivent pas à Saint-Josse et n’y paient pas d’impôts (navetteurs, visiteurs, migrants de transit et “ touristes des déchets ”).
La volonté est là
Quoi qu’il en soit, la secrétaire d’État bruxelloise chargée de la propreté publique, Audrey Henry (MR), a qualifié la campagne de nettoyage de vendredi de « grand succès ». Selon Mme Henry, cette campagne témoigne également de l’engagement du Gouvernement régional de Bruxelles à s’attaquer aux problèmes du quartier et à lui redonner une propreté durable.
Il espère que cette initiative conjointe permettra de “ renforcer la coopération avec les acteurs de terrain, afin que les interventions soient mieux harmonisées et menées de manière coordonnée, et que les efforts de dépollution puissent être institutionnalisés à long terme ”.”
“ Près de 60 000 personnes transitent chaque jour par la gare du Nord. Cela équivaut à un stade Roi Baudouin plein à craquer lors d’une soirée de concert. Mais il s’agit ici de travailleurs, de navetteurs, de familles et de voyageurs : tout Bruxelles passe par là ”, a déclaré l’ancien bourgmestre de Schaerbeek. “ Toutes les parties prenantes s'engagent à veiller à ce que cette gare reste propre – pas seulement aujourd'hui, mais à partir d'aujourd'hui. ”


