Renault a nommé Jean-Pierre Diernaz, ancien cadre chez Nissan et General Motors, au poste de directeur marketing mondial. À première vue, cela ressemble à un énième remaniement au sein de la direction.
Mais la longue carrière de Diernaz chez Nissan et le fait qu’il rendra compte directement à Fabrice Cambolive confèrent à cette nomination une portée plus large.
M. Diernaz est nommé vice-président du marketing mondial de la marque Renault et, surtout, directeur de la stratégie de marque pour l'ensemble des marques du groupe Renault. Sa mission s'étendra donc au-delà de la marque Renault proprement dite : il aura pour mission de renforcer l'identité et le positionnement de Renault, Dacia et Alpine, alors que le groupe s'apprête à lancer l'une des plus grandes offensives produits de son histoire.
De la Nissan Leaf à la Renault
Ce Français apporte avec lui plus de 25 ans d'expérience dans le secteur automobile. Après avoir débuté chez Ford, il a rejoint Nissan en 2005 en tant que directeur de la publicité pour l'Europe, puis a occupé plusieurs postes de direction dans le domaine du marketing, notamment chez Infiniti.
Plus important encore, Nissan l'a nommé directeur européen des véhicules électriques en 2013, à une époque où la Leaf faisait encore figure de pionnière de la mobilité électrique grand public.
Il a finalement été nommé vice-président du marketing et du numérique pour l'Europe. Après avoir quitté Nissan en 2019, M. Diernaz a rejoint MotorK, spécialiste du numérique dans le secteur automobile, puis, en 2024, General Motors Europe, où il a été nommé président-directeur général tout en conservant la responsabilité du marketing.
C'est ce qui rend son retour dans l'ancienne sphère d'influence Renault-Nissan particulièrement remarquable. L'Alliance elle-même est aujourd'hui beaucoup moins structurée qu'à l'époque de Carlos Ghosn.
Renault et Nissan ont progressivement assoupli les contraintes pesant sur leurs participations réciproques : en 2025, le seuil minimal de participation bloquée a été abaissé de 15 à 10%. Nissan a également renoncé à l'investissement qu'elle prévoyait de réaliser dans Ampere, la filiale de Renault spécialisée dans les véhicules électriques.
Pour autant, la coopération opérationnelle se poursuit dans les domaines où les deux parties y voient un intérêt. Ampere développe et produit en France la nouvelle Nissan Micra électrique, tandis que Renault développe également une version Nissan dérivée de la nouvelle Twingo. L'Alliance moderne repose donc de plus en plus sur des projets individuels plutôt que sur l'intégration profonde des entreprises qui caractérisait le passé.
L'influence croissante de Cambolive
Le nouveau patron de Diernaz est tout aussi intéressant. Fabrice Cambolive a passé pratiquement toute sa carrière chez Renault, qu’il a rejoint en 1992. Il est devenu PDG de la marque Renault en 2023, mais ses responsabilités se sont depuis largement étendues au-delà de la gestion d’une seule marque.
Lorsque François Provost a succédé à Luca de Meo au poste de PDG du groupe Renault en 2025, il a créé le nouveau poste de directeur de la croissance pour Cambolive.
Aux côtés de Renault, Cambolive supervise désormais Dacia, dont la PDG, Katrin Adt, relève directement de lui. Il est également chargé du développement international du groupe, notamment en Inde, en Amérique latine et en Corée du Sud, ainsi que de la coordination du parcours client à travers le marketing, les canaux numériques, les concessionnaires, le service après-vente et les services financiers.
36 lancements à gérer
C'est d'autant plus important que Renault entre dans la phase de mise en œuvre de sa nouvelle stratégie « futuREady ». Le Groupe prévoit le lancement d'au moins 36 modèles entre 2026 et 2030, dont 16 modèles électriques. À lui seul, Renault souhaite dépasser les deux millions de ventes annuelles d'ici 2030, dont la moitié proviendra de marchés hors d'Europe.
Une telle expansion implique une stratégie de marque délicate. Renault doit monter en gamme sans empiéter sur le territoire d'Alpine, tandis que Dacia doit passer à l'électrique sans perdre son positionnement « à bas prix ». Parallèlement, Renault souhaite recourir davantage à des technologies, des plateformes et des partenariats communs afin de maîtriser ses coûts.
L'expérience de M. Diernaz chez Nissan, Infiniti et GM semble donc particulièrement pertinente. Il a déjà dirigé le marketing des véhicules grand public, haut de gamme et électriques, ainsi que la transformation numérique de la vente automobile.
Son arrivée ne doit pas être interprétée comme une renaissance de l'ancienne alliance Renault-Nissan. Elle illustre plutôt le nouveau modèle : l'alliance officielle est devenue moins contraignante, mais les technologies, les produits et – parfois – les cadres supérieurs peuvent encore franchir ses anciennes frontières lorsque Renault y voit un avantage.


