Le groupe D’Ieteren change de direction à un moment particulièrement délicat. Francis Deprez quittera ses fonctions de PDG en décembre, après sept ans à la tête de l’entreprise, et sera remplacé par Eric Machiels, spécialiste belge de l’investissement.
Cette annonce intervient à peine une semaine après que D’Ieteren Automotive a mis en péril 344 emplois en Belgique – et alors que le groupe confirme qu’une introduction en bourse de son fleuron, Belron, figure désormais officiellement parmi les options à l’étude.
D’Ieteren ne donne aucune raison précise pour le départ de Deprez. Au contraire, le président Nicolas D’Ieteren lui reconnaît avoir joué un rôle de premier plan dans la transformation de l’ancienne entreprise familiale axée sur l’automobile en un groupe d’investissement diversifié, ainsi que dans l’obtention de résultats records. Deprez a rejoint le comité exécutif en 2016 et est devenu PDG en 2019.
Sous sa direction, D’Ieteren a réalisé d’importants investissements en dehors de son activité historique de distribution automobile en Belgique, notamment en acquérant une participation de 40% dans TVH, spécialiste des pièces détachées pour chariots élévateurs, et en prenant le contrôle du distributeur européen de pièces automobiles PHE. Belron, société mère de Carglass, est restée de loin l’actif le plus précieux du groupe.
Belron a de plus en plus son mot à dire
Le choix de M. Machiels semble donc significatif. Il occupe depuis 2017 le poste de directeur général chez OMERS Infrastructure, un fonds de pension canadien implanté à Londres, où il s’occupe des sociétés du portefeuille et des opérations.
Auparavant, il a mené à bien l'introduction en bourse de la société d'énergies renouvelables Infinis Energy et a occupé des postes liés au redressement d'entreprises appartenant au groupe de capital-investissement Clayton, Dubilier & Rice.
Ce dernier lien mérite particulièrement d'être souligné. CD&R a pris une participation dans Belron en 2018 et reste l'un des actionnaires minoritaires susceptibles de se retirer aujourd'hui.
Mercredi, D’Ieteren a officiellement confirmé que les actionnaires de Belron étudiaient des “ options stratégiques ” concernant les participations minoritaires, parmi lesquelles figure explicitement une éventuelle introduction en bourse.
Aucune décision n’a été prise et aucun calendrier n’a été fixé, mais D’Ieteren souligne son intention de rester actionnaire à long terme.
Le président Nicolas D’Ieteren ajoute que la ’ vision en matière d’investissement “ de M. Machiels sera précieuse dans une nouvelle phase où l’actionnariat proactif et ” l’allocation disciplinée du capital “ prendront de plus en plus d’importance. Ces propos laissent entendre que cette succession ne se limite pas au simple remplacement d’un dirigeant partant à la retraite.
Deux D’Ieteren très différents
Les derniers chiffres en expliquent la raison. Le résultat avant impôts ajusté du groupe D’Ieteren, attribuable au groupe, a progressé de 6,61 TP3T au premier semestre, pour atteindre 482,4 millions d’euros, soit une hausse de 8,41 TP3T à taux de change constants.
Le chiffre d'affaires, qui s'est élevé à environ 6,1 milliards d'euros, est resté globalement stable. Tous les secteurs d'activité ont contribué positivement à la croissance des résultats, à l'exception de D’Ieteren Automotive.
Belron a encore une fois réalisé une performance exceptionnelle. La part de D’Ieteren dans son résultat avant impôts ajusté a bondi de 28,61 TP3T pour atteindre 308,2 millions d’euros. Le chiffre d’affaires organique a progressé de 7,31 TP3T, tandis que sa marge d’exploitation ajustée est passée de 21,41 TP3T à 23,01 TP3T.
Le contraste avec D’Ieteren Automotive ne pourrait guère être plus marqué. Son résultat avant impôts ajusté a chuté de 66,61 TP3T pour s’établir à 36,4 millions d’euros, tandis que son chiffre d’affaires reculait de 10,81 TP3T.
Sa marge d'exploitation ajustée a reculé à seulement 2,11 TP3T, pénalisée par la baisse des volumes, un mix de prix défavorable, un resserrement des marges de distribution et les difficultés rencontrées par ses propres concessions. La direction prévient que cette tendance à la baisse ne devrait pas s'inverser au cours du second semestre.
Par ailleurs, les autres participations industrielles de D’Ieteren ont affiché de solides performances. Le distributeur de pièces détachées automobiles Parts Holding Europe (PHE) a vu sa contribution au résultat avant impôts ajusté augmenter de 18,41 TP3T pour atteindre 106,8 millions d’euros.
TVH Parts, le spécialiste belge des pièces détachées pour chariots élévateurs et équipements industriels, a augmenté son chiffre d'affaires de 16,91 % pour atteindre 44,2 millions d'euros.
Même Moleskine, la marque italienne de carnets et d’articles lifestyle qui constituait depuis longtemps un point faible du portefeuille de D’Ieteren, a affiché une certaine amélioration, bien qu’elle ait tout de même enregistré une perte avant impôts ajustée de 4,7 millions d’euros. Le groupe a donc maintenu inchangées ses prévisions pour 2026, tablant sur une croissance du résultat avant impôts ajusté comprise entre un faible et un moyen pourcentage à un chiffre.
Ce n'est pas lui qui est à l'origine des 344 suppressions d'emplois
La coïncidence entre le départ de Deprez et la restructuration annoncée chez D’Ieteren Automotive est frappante, mais rien ne permet d’affirmer qu’il s’en va pour cette raison ni qu’il ait personnellement conçu le plan de suppression d’emplois.
Cette restructuration est pilotée sur le plan opérationnel par Denis Gorteman, PDG de D’Ieteren Automotive. Jusqu’à 344 postes pourraient être supprimés alors que l’importateur s’adapte à un marché de l’automobile neuve en recul structurel, à l’électrification, à la numérisation, à une concurrence accrue et à l’évolution des habitudes de mobilité.
En tant que PDG du groupe, M. Deprez assume inévitablement la responsabilité stratégique du portefeuille, mais les chiffres laissent entrevoir une autre explication à sa succession.
Il laisse derrière lui une société D’Ieteren qui dépend bien moins des ventes de Volkswagen, d’Audi et de Porsche en Belgique que l’entreprise dont il avait hérité.


