Les jours où une voiture en fin de vie finissait à la casse sont de plus en plus comptés. Le secteur belge du recyclage automobile récupère déjà 98% du poids d’une voiture mise au rebut, mais le prochain défi est plus ambitieux : maintenir les pièces intactes en circulation plutôt que de tout réduire à des matières premières.
L'entreprise de démantèlement de véhicules « Autohandel Didier », située en Flandre occidentale et fondée en 1993 par Didier Vanwijnsberghe, illustre bien la façon dont ce secteur s'industrialise de plus en plus. Cette entreprise familiale, qui exerce ses activités depuis En offrant une seconde vie aux véhicules accidentés depuis des années, l'entreprise vise à renforcer encore son rôle dans l'économie circulaire.
Pièces détachées d'occasion pour voitures
Vanwijnsberghe prévoit d'agrandir son site belge – tLe nouveau site pourra à terme accueillir soixante personnes. L'entreprise souhaite se préparer à la poursuite de la croissance de son site français de Cambrai, acquis en 2022 et qui emploie actuellement 10 personnes, et investir dans le stockage automatisé et la numérisation.
Cette entreprise familiale dispose désormais d'un stock de plus de 200 000 pièces détachées d'occasion, allant des pare-chocs et rétroviseurs aux moteurs, composants électroniques et batteries de véhicules électriques. Chaque pièce est identifiée par son numéro OEM, photographiée, puis proposée en ligne à des clients bien au-delà des frontières belges.
“ Opter pour une pièce d’occasion permet de réduire les émissions de CO₂ de 80% en moyenne par rapport à la fabrication d’une pièce neuve ”, explique Vanwijnsberghe. La réutilisation d'un pare-chocs, d'un onduleur, d'un moteur, d'un phare ou d'une boîte de vitesses en état de marche permet de préserver une part bien plus importante de l'énergie et de la valeur économique inhérentes à ces composants que leur broyage et la récupération de l'acier, de l'aluminium et des plastiques.
“” Alors que de nombreuses entreprises doivent adapter leurs activités pour évoluer vers une économie circulaire, la circularité est au cœur de notre activité depuis des années », explique Vanwijsberghe.
Démantèlement industriel
Autohandel Didier est bien plus que l'équivalent moderne de la casse automobile traditionnelle ; c'est un exemple de la direction que prend le recyclage automobile en Belgique : s'éloigner de la casse traditionnelle pour s'orienter vers un démontage industrialisé, un inventaire numérique et la réutilisation de composants complets.
Vanwijnsberghe est un acteur belge majeur dans le domaine du démantèlement automobile et du marché des pièces d'occasion. Cependant, sa force réside bien plus en amont dans la chaîne circulaire : tirer le maximum de valeur d'un véhicule endommagé avant que ce qui en reste ne soit envoyé au broyeur.
En 2025, Autohandel Didier comptait environ 36,8 ETP, affichait une marge brute de 5,2 millions d'euros et un bénéfice net de 1,57 million d'euros.
Véhicules hors d'usage et batteries
Autohandel Didier n'est toutefois pas le seul acteur sur le marché belge. On compte plus de 100 entreprises de traitement et de broyage agréées qui collaborent avec Febelauto, l' Organisme belge chargé de la gestion des véhicules hors d'usage et des batteries industrielles.
Parmi les équivalents les plus proches, on trouve De Jonghe Recuparts à Deurne, qui revendique plus de 16 000 pièces contrôlées dans un entrepôt de trois étages ; Auto Recyclage Nols à Liège, qui démantèle toutes les marques et est également agréé pour les véhicules hybrides et électriques ; et Auto Demontage Overpelt, qui se spécialise notamment dans les marques Ford et Opel, et vend tout, des moteurs aux panneaux de carrosserie en passant par les composants électroniques.
La Belgique figure parmi les pays les plus performants d'Europe
La Belgique figure véritablement parmi les pays les plus performants d’Europe en matière de recyclage des véhicules. Selon Febelauto, en 2025, la Belgique a atteint un taux de valorisation de 98% par rapport au poids des véhicules. Plus impressionnant encore, près de 25% ont été classés dans la catégorie de la réutilisation des pièces, et environ 69% dans celle du recyclage, ce qui donne un total d’environ 94% de réutilisation et de recyclage des matériaux avant même de prendre en compte les autres filières de valorisation. En 2000, la valorisation totale n’était que d’environ 75%.
La Belgique se distingue également par des performances nettement supérieures à celles de ses voisins en matière de réutilisation effective et de recyclage des matériaux, tandis que les Pays-Bas devancent légèrement la Belgique si l'on tient compte de la valorisation énergétique et d'autres applications utiles. Les derniers chiffres nationaux vont dans le même sens. Les Pays-Bas ont atteint une valorisation totale de 98,81 TP3T en 2025, tandis que l’Allemagne n’en était qu’à 93,31 TP3T en 2023.
Manque de traçabilité
Mais la Belgique présente un talon d’Achille de taille : une traçabilité insuffisante. Le pays est très performant dans le recyclage des voitures qu’il reçoit, mais moins efficace pour savoir où chaque vieille voiture finit par aboutir, en partie parce que les plaques d’immatriculation suivent traditionnellement le propriétaire plutôt que le véhicule, et parce que des opérateurs agréés et non agréés coexistent dans la chaîne. Ainsi, la Belgique recycle presque tout ce qui provient d’une voiture mise au rebut — à condition que celle-ci parvienne au système officiel de recyclage.
L'UE estime qu'environ 3,5 millions de véhicules – soit environ un tiers de ceux qui quittent les routes européennes – ‘ disparaissent ’ en réalité chaque année, à la suite d'exportations non déclarées, de démantèlements illégaux ou par d'autres voies.
Cela signifie que des entreprises telles qu’Autohandel Didier se retrouvent soudainement dans une position stratégique importante : l’UE souhaite que davantage de pièces soient récupérées, répertoriées, testées et revendues, plutôt que de voir les véhicules mis à la casse ou broyés entiers.


