Étude T&E : la croissance du secteur aérien réduira à néant tous les efforts en faveur de l'environnement

Les efforts déployés par le secteur de l'aviation pour atteindre les objectifs climatiques seront vains en raison de la croissance prévue du trafic aérien, rapporte Transport & Environment dans un nouveau rapport, qui passe en revue les objectifs environnementaux européens en matière de trafic aérien. Selon l'ONG, l'UE doit développer des mesures pour réguler la croissance du trafic aérien afin de réduire efficacement les émissions de CO2 dans le secteur.

Les conclusions de T&E ne sont pas nouvelles. Il y a plusieurs années, l'Organisation de l'aviation civile internationale a indiqué dans une étude que les émissions de CO2 dues à l'aviation doubleraient, voire tripleraient d'ici 2050 par rapport à 2015 si aucune mesure supplémentaire n'était prise. Toutefois, le rapport de T&E constitue un nouvel avertissement pour le secteur et les voyageurs, qui doivent réfléchir sérieusement à leur empreinte carbone.

Jusqu'à 9 milliards de passagers

Selon les constructeurs aéronautiques Airbus et Boeing, le nombre de passagers aériens doublera entre 2019 et 2050. D'après les statistiques mondiales de l'OACI, cela signifie que les 4,5 milliards de passagers des services réguliers en 2019 seront remplacés par environ 9 milliards en 2050, soit la population mondiale prévue d'ici à 2050.

Les prévisions indiquent donc qu'il y aura probablement 16 millions de vols dans le monde d'ici 2050, soit une augmentation de la demande de 44% par rapport à 2019, à raison d'une augmentation annuelle moyenne de 1,2% par an.

Les FAS ne sont d'aucune utilité

Pour répondre à cette demande, T&E estime que les avions au départ de l'Europe consommeront à eux seuls 59% de carburant de plus qu'aujourd'hui. Soit environ 70 millions de tonnes de carburant par an.

Même le passage aux carburants aéronautiques durables (SAF) - la loi européenne sur les carburants verts exigera l'utilisation de 42% de SAF - ne changera guère la situation, car la quantité de carburant fossile nécessaire pour faire face à la croissance du trafic aérien sera toujours la même que le nombre de tonnes de kérosène nécessaires en 2019, soit environ 40 millions de tonnes.

Les émissions de CO2 en 2049 seraient également pratiquement équivalentes à celles de 2019. C'est moins vrai en 2050, où l'incorporation de SAF passera de 42% à 70%, ce qui réduira considérablement les émissions sans les arrêter.

Davantage de carburants synthétiques sont nécessaires

En outre, l'ONG se demande si l'industrie de l'énergie peut produire suffisamment de FAS pour répondre à la demande, une lacune que l'industrie de l'aviation a déjà comblée. a également soulevé. En outre, tous les biocarburants disponibles ne sont pas véritablement durables.

Selon l'étude, en raison de la rareté du marché, l'Europe devra probablement importer jusqu'à 80% de biocarburants, alors que le potentiel réel de décarbonisation de ces SAF est très douteux - 4 litres de bio-kérosène sur 5 ne sont pas vraiment durables.

T&E appelle donc à un engagement plus important dans le développement et la production de carburants synthétiques ou d'e-carburants, car leur fabrication nécessite moins d'électricité verte que celle des SAF. Par exemple, pour répondre aux besoins de l'Europe en matière de SAF en 2050, il faudrait 585 TWh d'électricité renouvelable, soit plus que la consommation actuelle d'électricité de l'Allemagne.

“Selon les scénarios de croissance d'Airbus et de Boeing, en 2049, les émissions de l'aviation européenne ne seront donc inférieures que de 3% à celles de 2019”, indique T&E. “Et en 2050, lorsque l'UE se sera engagée à atteindre des émissions nettes de GES de zéro, le secteur émettra encore 79 millions de tonnes de CO2. À ce rythme, le secteur européen de l'aviation épuisera son budget carbone d'ici 2026.”

Limiter la croissance du trafic aérien dans l'UE

T&E ne voit qu'une solution pour atteindre les objectifs climatiques du secteur de l'aviation de réduire ses émissions de 90% d'ici 2040 par rapport à 1990 : limiter la croissance du trafic aérien en Europe et agir sur les vols fréquents et la sous-taxation du secteur. Sinon, 960 millions de tonnes de CO2 supplémentaires pourraient être émises entre 2023 et 2050 par rapport à la modélisation de la Commission européenne.

Ce faisant, elle préconise même “des mesures de politique publique pour garantir que les niveaux de croissance sont effectivement contrôlés”, ce qui ne manquera pas d'être applaudi par les PDG des compagnies aériennes et les différents actionnaires.

Apostolos Tzitzikostas, le nouveau commissaire européen chargé des transports, a donc du pain sur la planche, d'autant plus que la suite du "European Green Deal", désormais allégé, devrait bientôt prendre forme.

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