Étude : l'abandon progressif de l'essence et du diesel est crucial pour l'avenir de l'industrie automobile européenne

L'interdiction des moteurs à combustion en Europe est-elle une malédiction ou une bénédiction pour l'industrie européenne ? La baisse des bénéfices, les fermetures d'usines et le recours massif à la sous-traitance mondiale semblent indiquer la première hypothèse, mais une étude de l'université du Sussex affirme le contraire. “Changer de vitesse (ou agir comme le fait Trump aux États-Unis, ndlr) serait une erreur”.”

Alors que l'Europe s'apprête à mettre en œuvre son plan d'élimination progressive des ventes de voitures à essence et diesel d'ici à 2035, le débat sur l'avenir de l'industrie automobile du continent a atteint son paroxysme. Les critiques mettent en garde contre le fait que des politiques aussi perturbatrices pourraient paralyser l'industrie automobile européenne, déjà mise à rude épreuve.

Compétitivité à long terme

Toutefois, une nouvelle note d'information de l'Initiative européenne pour la politique de mobilité et le climat (EMPOCI), publiée par l'université du Sussex (Royaume-Uni), suggère le contraire.

Selon l'étude, rédigée par d'éminents experts industriels et politiques de toute l'Europe, une élimination progressive et stricte des véhicules à moteur à combustion interne est nécessaire pour atteindre les objectifs environnementaux et maintenir la compétitivité industrielle à long terme de l'Europe.

Le paysage automobile est en train de se transformer fondamentalement, les véhicules électriques étant au cœur de l'avenir de l'industrie. Le rapport EMPOCI affirme que cette transition est inévitable et que l'Europe doit agir de manière décisive pour conserver son statut de leader industriel. 

Les principaux concurrents mondiaux, en particulier la Chine, ont déjà pris de l'avance dans la technologie des VE, et toute hésitation de la part des décideurs politiques européens pourrait éroder davantage la position concurrentielle de la région.

Le rapport fait également référence aux États-Unis en tant que précurseur, mais il a compilé ses informations et ses conclusions avant l'investiture de M. Trump. Néanmoins, Tesla, dont le siège est au Texas, reste le deuxième fabricant mondial de VE après le Chinois BYD.  

Les investissements soutenus de la Chine dans la technologie des batteries et les chaînes d'approvisionnement efficaces en ont fait la force dominante du secteur des véhicules électriques. Pendant ce temps, les constructeurs automobiles américains, déjà soutenus par d'importantes mesures d'incitation gouvernementales, continuent d'étendre leur présence dans le domaine de l'électrification. 

Devenir un retardataire

Le rapport met en garde contre le fait que l'abandon des politiques d'élimination progressive nuirait à la crédibilité de l'Europe et au risque qu'elle court, faisant d'elle un retardataire dans la course mondiale à la mobilité durable.

“Revenir sur les politiques d'élimination progressive serait une erreur”, affirme le document. “Non seulement cela affaiblirait la capacité de l'Europe à être compétitive, mais cela perturberait également la planification à long terme des constructeurs automobiles et des fournisseurs.”

Le rapport de l'EMPOCI expose plusieurs raisons essentielles pour lesquelles le maintien d'un calendrier strict d'élimination progressive des moteurs à combustion interne renforcerait l'industrie automobile européenne.

Premièrement, elle oblige les constructeurs automobiles à s'engager dans les technologies de la prochaine génération plutôt que de compter sur des améliorations progressives des anciens moteurs à combustion. Deuxièmement, elle apporte une certitude réglementaire à long terme, permettant aux constructeurs automobiles et aux fournisseurs de planifier leurs investissements en toute confiance.

Troisièmement, elle réduit le risque d'immobilisation d'actifs en décourageant les investissements dans des technologies dépassées. Enfin, elle garantit que tous les acteurs du secteur - des fabricants aux développeurs d'infrastructures - travaillent ensemble, minimisant ainsi les perturbations et les inefficacités.

Qu'en est-il des biocarburants ?

Certains acteurs de l'industrie ont fait pression pour que les e-carburants soient une alternative aux VE, arguant qu'ils pourraient prolonger la viabilité des véhicules à moteur à combustion interne. Cependant, le rapport EMPOCI rejette cette approche comme étant peu pratique, soulignant que les e-carburants resteront probablement coûteux et inefficaces par rapport à la technologie électrique à batterie.

“Garder la porte ouverte aux nouveaux véhicules à moteur à combustion interne ne ferait que retarder l'innovation nécessaire”, indique le rapport. “Les biocarburants ne constituent pas une solution évolutive pour le transport de masse.”

Bien que le rapport soutienne fermement l'élimination progressive en 2035, il souligne également que des mesures politiques supplémentaires sont nécessaires pour assurer une transition en douceur. Il s'agit notamment d'incitations plus importantes à l'adoption des VE, d'investissements accrus dans la technologie des batteries et d'une infrastructure de recharge élargie.

La reconversion des travailleurs et le soutien économique régional seront également essentiels. Avec le déclin de la production de la CIE, des milliers d'emplois en Allemagne, en France et en Europe centrale pourraient être menacés. Le rapport invite les décideurs politiques à prolonger le financement des programmes de transition professionnelle et des initiatives de diversification économique.

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