L'année dernière, 16 403 amendes ont été délivrées dans la région bruxelloise pour des automobilistes ayant pénétré dans la zone à faibles émissions (LEZ) avec une voiture trop polluante. Cela représente une diminution de près de moitié par rapport à l'année record 2023, au cours de laquelle 29 643 automobilistes avaient été verbalisés.
Entre-temps, plusieurs associations de citoyens ont entamé une procédure devant la Cour constitutionnelle afin d'annuler le report de deux ans de la LEZ de Bruxelles. Elles qualifient ce report de pernicieux pour la qualité de l'air actuelle.
“Une source de revenus sur le capot des automobilistes”
En 2022, en raison notamment d'une longue période d'avertissement, le nombre d'amendes était encore limité à près de 20 000, mais en 2023, ce nombre a grimpé à près de 30 000. Aujourd'hui, ce nombre est redescendu à 16 403, ce qui représente une amende de 5,7 millions d'euros. Toute personne conduisant une voiture trop polluante dans la zone se verra infliger une amende de 350 euros.
Bob De Brabandere, chef de file du Vlaams Belang au Parlement bruxellois, se demande si la LEZ n'a pas dégénéré en une source de revenus sur le capot de l'automobiliste, “alors que ses objectifs ont été largement atteints”. “Malgré l'écologisation du parc automobile et l'amélioration de la qualité de l'air, le gouvernement bruxellois continue de maintenir la LEZ”, affirme M. De Brabandere qui, avec son parti, plaide en faveur de l'abolition des zones LEZ.
Un sérieux revers
Les associations citoyennes BRAL, Les chercheurs d'air, la Fédération des maisons médicales et la Ligue des droits humains ne sont pas de cet avis. Elles ont demandé à la Cour constitutionnelle d'annuler le report de deux ans de la LEZ.
Le report, qui permet aux diesels Euro 5 de circuler pendant deux années supplémentaires, a été décidé par le Parlement bruxellois en octobre dernier à la suite d'une manœuvre politique du MR et du PS, entre autres. Trois citoyens souffrant de problèmes respiratoires soulignent également la demande.
Les initiateurs estiment que le retard de la LEZ représente un sérieux recul dans la protection du droit à la santé et à un environnement sain. “Selon les estimations, la pollution de l'air, notamment causée par le trafic routier, est responsable de centaines de décès prématurés à Bruxelles chaque année”, rappellent-ils. “Dans aucune de ses stations de mesure officielles, la Région bruxelloise n'atteint les valeurs recommandées par l'OMS pour le dioxyde d'azote (10 µg/m3). Pire, sur certains axes de circulation importants, même les normes européennes les moins strictes en vigueur ne sont pas respectées.”

“La LEZ est l'outil le plus efficace”
Selon le BRAL et ses collaborateurs, seule l'introduction de la LEZ peut soulager et améliorer la qualité de l'air à Bruxelles. “La zone à faibles émissions est à ce jour l'outil le plus efficace pour réduire la pollution de l'air. Depuis son introduction en 2018, le nombre de polluants dans l'air a considérablement diminué.”
Les associations estiment que le report de la LEZ viole le ‘principe du statu quo’. “Il s'agit du principe qui garantit le droit à la protection de la santé et à un environnement sain. Ce principe interdit d‘’abaisser de manière significative” le niveau de protection des réglementations existantes sans raison valable. En outre, le report violerait également le principe de non-discrimination, à savoir que le report “affecte de manière disproportionnée la santé des habitants des quartiers les plus pauvres”.”
Le Conseil d'Etat a également émis des réserves sur le report. “Il conviendrait non seulement de justifier le report de la phase prévue, mais aussi d'expliquer comment les progrès en matière de qualité de l'air et de réduction des émissions de gaz à effet de serre envisagés avec cette phase peuvent encore être atteints avec d'autres mesures”, a écrit le Conseil dans un avis.


