La Flandre devient l'actionnaire principal de Brussels Airport

La Flandre deviendra le nouvel actionnaire principal de Brussels Airport. Par l'intermédiaire de sa société d'investissement PMV, elle investira 2,77 milliards d'euros dans l'aéroport situé à Zaventem, en Flandre, en acquérant une participation de 39% dans l'opérateur aéroportuaire. “Nous voulons être dans le cockpit quand il s'agit de l'avenir de notre aéroport. Si nous ne participons pas aux décisions, quelqu'un d'autre le fera à notre place”, a déclaré le ministre-président flamand Matthias Diependaele (N-VA).

Du côté wallon, l'accord est considéré avec méfiance car l'une des superpuissances économiques de la Belgique passe sous contrôle flamand. jeter de l'huile sur le feu entre autres sur la question des nuisances causées par les vols de nuit. Mais même en Flandre, tout le monde n'est pas d'accord avec l'opération.

“Participation stratégique”

La Flandre détenait déjà une petite participation d'environ 1% dans Brussels Airport. Avec le rachat du paquet d'actions mis en vente par le fonds de pension canadien RREO, 38% viennent s'y ajouter. La Flandre acquiert ainsi une participation de 52% dans BAISA, le consortium privé d'actionnaires qui détient à son tour 75% de Brussels Airport Company (BAC).

Après le port d'Anvers, l'aéroport de Bruxelles est le deuxième pôle de croissance économique de la Flandre, avec 60 000 emplois directs et indirects. Le chef du gouvernement flamand, M. Diependaele, souligne donc qu'il s'agit d'une ’participation stratégique“ à ce moteur économique essentiel pour la Flandre.

Dossier sensible à la communauté

M. Diependaele reconnaît que 2,77 milliards d'euros représentent un investissement considérable, mais il affirme que cet investissement sera amorti par les dividendes à partir de 2028. “À partir de 2028, les dividendes dépasseront les intérêts. Il s'agira alors d'une opération rentable pour la Flandre”, a déclaré M. Diependaele.

Le gouvernement fédéral, avec son collègue Bart De Wever comme Premier ministre, détient également une participation de 25% ou plus dans l'aéroport et envisage d'augmenter sa participation. Mais la Flandre sera désormais un actionnaire plus important que le gouvernement fédéral. Cela soulève immédiatement des questions.

Par exemple, la Flandre va-t-elle désormais s'affirmer davantage dans le dossier sensible des trajectoires de vol et des nuisances sonores ? “Cela n'a rien à voir”, a déclaré M. Diependaele. “Le rôle que nous jouons en tant qu'actionnaires est distinct de celui que nous jouons en tant que régulateurs. Des murailles de Chine sont également prévues à cet effet.”

“L'équilibre fédéral menacé”, selon le PS

En tout cas, les socialistes francophones du PS ne sont pas rassurés. Ils craignent, par exemple, que l'équilibre fédéral soit menacé. Selon eux, l'opération s'inscrit dans une stratégie politique délibérée : un affaiblissement progressif mais méthodique des instruments fédéraux au profit d'un pouvoir régional flamand de plus en plus prononcé.

“L'aéroport de Bruxelles est situé en Flandre, mais sert de plaque tournante nationale, voire internationale”, a déclaré le député Ridouane Chahid. “Il doit rester un levier d'équilibre et de coopération entre les régions. Aujourd'hui, il devient le symbole du démembrement fédéral et du recul institutionnel.”

Les socialistes demandent : “Qu'en est-il des votes francophones au sein du gouvernement fédéral ?”. “Cela va bien au-delà d'un simple dossier économique. Il s'agit d'un avertissement politique clair : La Flandre résiste à ses pions, renforce ses ressources, étend son influence, tandis que les francophones regardent ailleurs”, estime M. Chahid.

Le journal La Libre Belgique parle quant à lui d'un “tournant” dans l'histoire de l'aéroport, et le bourgmestre francophone de Woluwe-Saint-Pierre, Benoît Cerexhe (Les Engagés), qualifie la reprise partielle d“”onde de choc".”

Il est particulièrement préoccupé par les conséquences pour les habitants de la Région bruxelloise. Selon lui, Brussels Airport n'a jamais vraiment respecté les Bruxellois. “Je crains que cette nouvelle ne mette Bruxelles et le Brabant wallon encore plus en difficulté.”

Par ailleurs, des voix dissidentes en Flandre

Même en Flandre, tout le monde n'est pas d'accord avec l'opération. Pour Groen, la décision illustre un “manque de vision et de débat”, et il qualifie l'investissement de “dangereux précédent”, car le gouvernement flamand devient à la fois le principal actionnaire de l'aéroport et le gouvernement qui doit décider et contrôler les autorisations. Actuellement, par exemple, l'augmentation du nombre de vols à l'aéroport de Bruxelles est également plafonnée.

“Une plainte est actuellement en cours, car l'aéroport ne respecte pas sa licence”, a déclaré le député flamand Aimen Hoch. “Comment peut-on être objectif quand on gagne soi-même de l'argent ? La Flandre paiera-t-elle les sanctions qu'elle a infligées? Si vous investissez, vous devez aussi avoir une vision claire. Quelle est la quantité de bruit acceptable ? Comment atteindrons-nous les objectifs climatiques ? Que faisons-nous avec vols de nuit? Le gouvernement ne donne aucune réponse.”

Egbert Lachaert, membre de l'Open VLD, a également dénoncé le fait que 2,77 milliards d'euros sont consacrés à “un lion flamand à Zaventem”. “Chaque Flamand qui travaille reçoit environ 1.000 euros de dettes pour rendre l'aéroport ‘flamand’. Ce n'est pas une tâche essentielle”, a déclaré M. Lachaert.

Le député indépendant Maurits Vande Reyde s'oppose également à ces plans. Il dénonce le fait que la dette flamande continue d'augmenter, mais il pense aussi que cela fait évoluer la Flandre vers une “économie d'Etat, dans laquelle la N-VA veut contrôler toutes les entreprises”. Quoi qu'il en soit, il ne veut pas que la décision soit adoptée sans discussion par voie d'amendement au Parlement flamand mardi.

“Pas illogique”, déclare la ministre fédérale de la Mobilité

Pour le ministre fédéral de la Mobilité Jean-Luc Crucke (Les Engagés), “il n'est pas illogique que la Flandre soit présente dans un aéroport flamand, tout comme la Wallonie est présente dans l'actionnariat des aéroports wallons”.”

“L'actionnariat belge, qu'il soit flamand ou wallon, mérite le respect et nous oblige d'ailleurs à aborder les défis stratégiques des aéroports avec le sens des responsabilités et de l'intérêt général”, a déclaré le ministre.

Pour sa part et dans le cadre de ses pouvoirs, il promet d'être “un partenaire loyal et attentionné dans l'amélioration des conditions économiques d'exploitation et des exigences environnementales”. Quoi qu'il en soit, il semble déjà écrit dans les étoiles que tôt ou tard, cette nouvelle va provoquer un nouveau bouleversement dans l'économie (plus les questions environnementales) et la politique belges.

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