Bureau du Plan : les avantages fiscaux liés aux voitures de société coûtent 6 milliards d'euros à la Belgique 

Le traitement fiscal favorable des voitures de société en Belgique prive l'État d'un manque à gagner de 6 milliards d'euros par an, selon un nouveau rapport accablant du Bureau fédéral du Plan.

L'analyse, publiée jeudi, montre comment un système initialement conçu pour alléger les coûts salariaux s'est transformé en l'une des niches fiscales les plus coûteuses et les plus inéquitables du pays.

Près de 60% des voitures neuves vendues en Belgique sont des voitures de société, c'est-à-dire des véhicules fournis par l'employeur mais largement utilisés à des fins privées. Ces véhicules sont considérés comme un ‘avantage en nature’ et sont taxés beaucoup plus faiblement qu'un salaire équivalent. Il en résulte, selon le rapport, une érosion constante de l'assiette fiscale, principalement due à de généreuses exonérations de l'impôt sur le revenu et des cotisations de sécurité sociale.

Aux frais de l'État

Dans le cadre du régime actuel, les voitures de société sont exonérées de charges sociales et les cotisations patronales ne dépendent que du type de carburant et des émissions de CO₂.

Les règles de TVA permettent également une récupération partielle, indépendamment de l'utilisation privée réelle. Ces facteurs se combinent pour créer un système qui, selon les critiques, subventionne la conduite privée - en particulier pour les hauts revenus - aux dépens de l'État.

Bien entendu, les mécanismes qui sous-tendent ce calendrier n'apportent rien de nouveau. Mais le Bureau du Plan a maintenant modélisé l'impact fiscal du remplacement du système actuel par un système dans lequel les employés couvrent la totalité des frais de kilométrage privé ou reçoivent une compensation équivalente en espèces. 

Dans un tel scénario, l'État percevrait environ 5,2 milliards d'euros de plus par an d'ici 2028, principalement grâce à l'augmentation de l'impôt sur le revenu et des charges sociales. La perte annuelle de recettes, maintenue par le régime fiscal actuel, est estimée entre 3 et 6 milliards d'euros. Les lacunes dans les données sur le kilométrage, la valeur des voitures d'occasion et le comportement des utilisateurs ne permettent pas d'obtenir un chiffre précis.

Traitement fiscal favorable

Les véhicules électriques et les véhicules hybrides rechargeables sont au cœur du problème. Ils représentent aujourd'hui une part croissante du parc de voitures de société en Belgique, soit entre 70% et 80% des voitures de société nouvellement vendues.

Ces modèles bénéficient du traitement fiscal le plus favorable. Une voiture de société électrique, par exemple, n'entraîne que 187 euros de cotisations sociales annuelles, contre près de 3 000 euros si elle est imposée comme un salaire.

Cependant, les VE et PHEV, qui contribuent de manière disproportionnée aux coffres de l'État, sont également un levier pour une écologisation rapide des flottes d'entreprises. Les émissions des voitures de société ont diminué d'un tiers depuis la mi-2023, passant de 100,3 g/km à 66,6 g/km, selon le prestataire de services RH Acerta.

Avec l'augmentation du nombre de voitures de société entièrement électriques, le taux de CO₂ de référence utilisé pour le calcul des taxes a baissé de 10% en un an. En ce sens, la perte de coût fiscal pourrait également être interprétée comme un investissement dans la politique climatique. 

L'argument n'est pas passé inaperçu au niveau international, où la Belgique a souvent été présentée comme un exemple de la manière de décourager la vente de voitures à moteur à combustion dans le cadre de la lutte contre les émissions de CO2. “

Cela (...) illustre le rôle positif que les voitures de société peuvent jouer en augmentant la demande de véhicules électriques et en tirant le marché vers une électrification plus rapide”, a écrit Sandra Wappelhorst, chercheuse à l'ICCT, dans un rapport publié le mois dernier.

Progrès et contradictions

Les avantages environnementaux ont une incidence sociale, car soixante-dix pour cent des entreprises ciblent les deux groupes aux revenus les plus élevés. Les appels à la réforme se multiplient depuis des années, bien que la plupart des experts s'accordent à dire que l'électrification est l'un des grands avantages du système. D'autres voix estiment que ces pertes fiscales devraient être investies dans les transports publics.

Néanmoins, aucun pays n'a réussi à passer à un parc de véhicules électriques sans s'appuyer sur des incitations fiscales et, en tant que telles, sur des concessions fiscales. Même la Norvège, souvent considérée comme l'étalon-or de l'adoption des VE, a donné le coup d'envoi de sa transition avec des allègements fiscaux généreux mais coûteux, bien qu'à un niveau plus global et privé. En Belgique, on s'accorde de plus en plus à dire que la tentative du gouvernement actuel d'inverser l'abandon progressif des véhicules hybrides rechargeables devrait être abandonnée.

Actuellement, il n'y a pas beaucoup de volonté politique de revoir le système. La voiture de société, qui reste un symbole de progrès et de contradiction, est donc on ne peut plus belge.

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