La zone piétonne du centre de Bruxelles, entre la place Fontainas et le boulevard Adolphe Max, a été mise en place dimanche pour dix ans. Cette zone est devenue l'une des plus fréquentées de la capitale, mais elle a également été critiquée pour être trop axée sur les touristes et les événements, plutôt que sur les résidents.
En outre, le fait qu'il s'agisse d'une zone mixte, où se croisent piétons, cyclistes et utilisateurs d'e-scooters, suscite encore régulièrement des débats.
Quatrième artère de circulation la plus visitée de Bruxelles
Depuis son réaménagement, qui, outre un nouveau pavage et davantage de verdure, a également consisté à rendre l'avenue Anspach centrale interdite aux voitures sur environ 800 mètres, la zone piétonne est devenue la quatrième ‘artère de circulation’ la plus visitée de Bruxelles, avec 29 100 visiteurs par jour. Plus de la moitié des offres commerciales consistent en des établissements de restauration, y compris une variété d'options de restauration rapide.
Cependant, la Ville de Bruxelles évoque également plusieurs projets de rénovation dans et autour de la zone piétonne, tels que l'Oxy Tower (anciennement le Mint Center), le Brouck'r (situé au cinéma UGC), ou encore le Dome (anciennement l'Actors building). Critique.
Cependant, des organisations comme Inter-Environnement Bruxelles (IEB) ou Arau, soucieuses du patrimoine, déplorent un manque de vision commerciale et un risque de surtourisme. “La ville a fait un choix : au profit du visiteur et au détriment des habitants”, affirment-elles. Les nouveaux projets révèlent un manque de logements abordables et les problèmes de mobilité persistent.
‘Centre commercial à ciel ouvert’
Le bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close (PS), défend quant à lui un projet “courageux” qui a “augmenté le nombre d'habitants” dans le centre-ville et transformé une “ville ennuyeuse”. Il souligne également que de plus en plus d'entreprises s'y installent, “et pas seulement des petites, si vous regardez Engie, TotalEnergies, et Bank of New York.”
Mais Arau estime que les contours de la zone piétonne dans les avenues centrales sont un modèle dépassé des années 1980, avec l'idée de créer un centre commercial à ciel ouvert. “L'objectif est de promouvoir une fonction commerciale et touristique”, explique Marion Alecian, directrice de l'organisation civique.
“Le problème est que cela se fait au détriment des commerces de proximité et de ceux qui définissent l'identité bruxelloise. Il y a un retour qualitatif, on se retrouve avec un grand projet standardisé”, estime-t-elle, ajoutant que “l'augmentation du nombre de résidents par quartier doit être analysée. Car nous recevons beaucoup de plaintes de résidents qui veulent partir à cause des nuisances autour de la zone piétonne.”
Arau pointe également du doigt les projets immobiliers qui nuisent à l'environnement et qui sont inaccessibles aux habitants. “Ces immeubles offrent des logements de luxe, ce qui rend la vie le long du boulevard encore plus difficile. Ces quartiers ont besoin de logements abordables et de logements sociaux”, explique M. Arau.
Plus d'événements et plus de résidents
Le bourgmestre promet d'intégrer la “diversité sociale” dans le centre-ville. Nous gérons environ 30% de logements dans la ville de Bruxelles. Mais la mixité, c'est aussi générer des revenus. J'accepte donc que le secteur privé construise des logements, dont les prix peuvent parfois être plus élevés.
Cela nous permet également de financer les services publics et les programmes d'aide sociale. Nous sommes donc également heureux que des personnes à hauts revenus choisissent de vivre dans la ville”, explique M. Close, qui souligne également qu'il y a désormais plus d'événements et plus d'habitants dans le centre-ville. “Cela fait 20 ans que j'organise des événements à Bruxelles parce que je voulais sortir la ville de sa léthargie”, affirme le bourgmestre.
Close note également qu'en plus des projets de réaménagement du quartier Lemonnier pour la construction de la nouvelle ligne 3 du métro, il envisage un autre grand projet d'urbanisme : le réaménagement du Sablon, situé entre la place Royale et la place Poelaert.
“Il y a une grande dynamique et nous voulons en profiter pour lui donner un aspect plus moderne. Nous n'avons pas encore décidé de la marche à suivre, mais la rénovation des espaces publics reste l'une de nos principales priorités. La ville de Bruxelles est en constante évolution”, reconnaît-il.
Une meilleure qualité de l'air
Une enquête menée par Bruxelles Mobilité révèle que le soutien à la zone piétonne a augmenté entre 2017 et 2021, en particulier parmi les visiteurs fréquents du centre-ville de Bruxelles, par rapport aux résidents de la périphérie de la ville.
Selon Bruxelles Environnement, la qualité de l'air dans le centre s'est également quelque peu améliorée grâce à la reconstruction, qui a finalement coûté 27,8 millions d'euros, dépassant le budget de plus de 7 millions d'euros. Les concentrations de dioxyde d'azote (NO2) ont été particulièrement réduites, même si elles restent supérieures à la norme de l'Organisation mondiale de la santé.


