Après des mois de négociations tendues avec la Commission européenne, le gouvernement fédéral belge a décidé de limiter considérablement son projet d'extension des déductions fiscales pour les véhicules hybrides rechargeables (PHEV).
Ce qui avait été présenté comme une incitation générale à soutenir les entreprises qui abandonnent les anciennes voitures à moteur à combustion ne s'appliquera désormais qu'aux travailleurs indépendants. Les entreprises et leurs employés sont exclus de cette mesure fiscale.
Le ministre des finances Jan Jambon (N-VA) a confirmé la révision de la décision vendredi, la décrivant comme un compromis nécessaire pour sauvegarder 282 millions d'euros de fonds de relance de l'UE et pour maintenir intacts les engagements plus larges de la Belgique en matière de climat.
“Le nouveau régime fiscal pour les véhicules hybrides reçoit enfin le feu vert après les négociations avec l'Europe”, a déclaré M. Jambon dans un communiqué. “Cela permet de maintenir l'électrification des flottes à un niveau abordable et réalisable pour tout le monde - au moins pour les travailleurs indépendants - tout en apportant la certitude dont le marché automobile a tant besoin.”
BMW M5 payée par le gouvernement
Le champ d'application révisé signifie que seules les personnes physiques disposant d'un numéro de TVA valide et soumises à l'impôt sur le revenu des personnes physiques bénéficieront de l'extension de la déductibilité.
Les véhicules achetés ou loués par l'intermédiaire d'une structure d'entreprise resteront soumis au calendrier de suppression progressive existant, qui a été établi par l'ancien ministre des finances Vincent Van Peteghem. Les entreprises verront la déductibilité fiscale pour les VEHR diminuer, passant de 75% en 2025 à 50% en 2026, 25% en 2027 et disparaissant complètement en 2028.
Pour les indépendants, les hybrides rechargeables qui émettent moins de 50 g de CO₂/km sont éligibles à la déductibilité 100% jusqu'au moment du changement de propriétaire. Ils peuvent commander une BMW M5 (39 g) dans le cadre de l'avantage fiscal. Même leurs dépenses en essence bénéficient d'une déduction de 50% jusqu'à la fin de 2027, date à partir de laquelle la mesure disparaît.
Les nouvelles règles prévoient également une extension de la déductibilité des véhicules hybrides rechargeables achetés précédemment. Cela entraîne un problème assez étrange, car les voitures (Euro 6e) datant de la période comprise entre le 1er juillet et le 31 décembre 2024 verront leur déductibilité passer de 75% en 2025 à 100% en 2026. Notez également qu'avec l'entrée en vigueur des règles d'homologation plus strictes (Euro 6e bis) à partir de 2026, la barre des ‘faux hybrides’ passera de 50 g/km à 75 g/km.
Drapeau rouge
Le plan initial du gouvernement, inclus dans l'accord de coalition, avait promis une approche plus généreuse. Un accord conclu aux alentours de Pâques aurait étendu la déductibilité presque totale pour les véhicules rechargeables conformes jusqu'en 2026 et au-delà, reflétant les incitations pour les véhicules entièrement électriques.
Cependant, l'Europe a levé le drapeau rouge, avertissant que cela irait à l'encontre des engagements contraignants de la Belgique dans le cadre du Plan national de relance et de résilience (PNRR). Ce plan lie l'aide financière à des progrès mesurables en matière de réduction des émissions.
Les observateurs du secteur et les groupes de pression, comme EV Belgium, ont rapidement souligné les risques. Philippe Vangeel, directeur d'EV Belgium, a décrit la faille proposée comme un coup porté à la crédibilité de la transition verte de la Belgique. “De telles politiques créent des doutes, des retards et de la méfiance sur le marché”, a déclaré M. Vangeel.
“Tout le monde sait que les émissions des véhicules rechargeables dans le monde réel peuvent être jusqu'à 3,5 fois plus élevées que les chiffres des tests. Il a cité des rapports de la Cour des comptes européenne qui montrent que de nombreux conducteurs de véhicules rechargeables rechargent rarement leurs véhicules, ce qui les rend inefficaces par rapport aux voitures à essence ou diesel, car ils transportent des batteries lourdes qui sont à peine utilisées.
Une étape plus sûre
Selon la NV-A, la nouvelle dérogation pour les conducteurs indépendants doit tenir compte du fait que tous les travailleurs indépendants ne sont pas prêts à passer entièrement aux véhicules électriques à batterie. Pour beaucoup d'entre eux, un véhicule hybride rechargeable semble encore être une étape plus sûre vers la mobilité zéro émission.
Toutefois, à la lumière des derniers chiffres, un assouplissement des règles fiscales pour les VEHR ne peut être considéré que comme un pas en arrière. Aujourd'hui, environ 70-80% des nouvelles commandes de voitures de société sont électriques, selon une étude récente d'Acerta.
L'expert en ressources humaines a noté que la production moyenne de CO₂ de ces véhicules a diminué d'un tiers en seulement deux ans. Cela est directement lié aux fortes incitations du gouvernement précédent.
‘Une véritable poubelle’
Lies Eeckman, directrice générale de Polestar - une marque automobile qui a complètement abandonné les véhicules hybrides rechargeables il y a trois ans - a qualifié le raisonnement des travailleurs indépendants qui ont du mal à passer au tout électrique de “foutaises” sur la VRT. Elle a également déclaré que cette décision revenait à faire trois pas en arrière.
La FEBIAC, la fédération belge de l'automobile, a fait remarquer dans un mémo adressé à ses membres que le changement de règles restait conforme à l'objectif principal du gouvernement : retirer de la circulation plus de 380 000 vieilles camionnettes et voitures de société fonctionnant à l'essence et au diesel.
Pourtant, l'incertitude persiste. Les textes définitifs doivent être adoptés par le Parlement, et le calendrier détaillé de mise en œuvre n'a pas encore été dévoilé. La question de savoir si de telles échappatoires servent leur cause restera au centre du débat.


