On savait déjà que le gouvernement flamand accordait une aide compensatoire aux grands émetteurs de CO2. Mais selon le journal De Standaard, cette aide est passée de 36 millions d'euros en 2019 à près de 270 millions d'euros aujourd'hui. Parmi les 10 premiers bénéficiaires figurent de grandes entreprises telles qu'ArcelorMittal, BASF, ExxonMobil et TotalEnergies.
L'aide concerne la “compensation des coûts d'émission indirects” que la Flandre accorde aux entreprises à forte consommation d'énergie dont les factures d'électricité ont augmenté en raison du système européen d'échange de quotas d'émission (ETS).
Le ‘fameux’ STE
Les entreprises couvertes par l'ETS-1 doivent acheter des quotas d'émission pour chaque tonne de CO2 qu'elles émettent. Les recettes provenant de ces quotas ETS reviennent à la Flandre, qui en utilise une partie pour compenser les coûts indirects des émissions.
“Si nous ne soutenons plus financièrement nos entreprises industrielles par le biais de ce mécanisme, elles mettront la clé sous la porte en Flandre”, répond le ministre-président flamand Matthias Diependaele (N-VA). En échange, les entreprises doivent soumettre un plan climatique, “avec l'obligation d'investir dans des mesures d'économie d'énergie”, précise-t-il.
‘Pas de contrôle du tout’
Mais selon le député flamand Aimen Horch (Groen), qui a posé une question parlementaire à M. Diependaele à ce sujet, cela n'a aucun sens. “Il n'y a aucun contrôle”, déclare M. Horch.
“Une entreprise comme ArcelorMittal fait un réel effort pour produire de l'acier vert, il faut donc la soutenir. Cependant, TotalEnergies et ExxonMobil génèrent des profits substantiels en Belgique.
Pendant ce temps, les émissions de gaz à effet de serre d'ExxonMobil ont augmenté de près de 10% entre 2018 et 2023. Et pourtant, en 2024, elle a reçu plus de 15 millions d'euros de subventions climatiques.”
Selon d'autres sources, TotalEnergies a émis 376 MT d'équivalent CO2 l'année dernière, soit une diminution d'environ -2,6% par rapport à 2023. Pour compenser les émissions annuelles de TotalEnergies en 2024, il faudrait environ 53,7 millions de terrains de football de forêts matures, soit environ 376 000 km², ce qui correspond à la superficie de l'Allemagne.
Selon des analyses historiques, TotalEnergies contribuerait à hauteur de 0,95% aux émissions mondiales de CO2. En revanche, la société américaine ExxonMobil est considérée comme l'un des plus grands pollueurs de l'industrie des combustibles fossiles.

Le rapport de Greenpeace a déjà mis en évidence ces pratiques
L'année dernière, Greenpeace a publié un rapport intitulé ‘Le pollueur est payé’. Selon ce rapport, les entreprises belges qui polluent le climat reçoivent chaque année au moins 4,4 milliards d'euros en impôts.
La part la plus importante - 2,3 milliards d'euros - provient également des quotas d'émission gratuits dans le cadre du système d'échange de quotas d'émission. Les quotas d'émission sont distribués gratuitement dans des secteurs tels que la chimie et le raffinage, car, selon le gouvernement, il existe sinon un risque important que les entreprises se délocalisent hors d'Europe.
Selon Greenpeace, la valeur des quotas d'émission gratuits était la plus élevée chez ArcelorMittal Gand en 2022, avec plus de 567 millions d'euros. C'est deux fois plus que la deuxième entreprise du tableau, BASF Anvers.
En outre, les entreprises polluantes en Belgique reçoivent de l'argent sous forme d'exonérations des accises fédérales sur l'électricité (1,3 milliard d'euros) et le gaz (259 millions d'euros), d'exonérations des certificats d'énergie verte et des certificats de cogénération (397 millions d'euros) et de compensations pour les coûts d'émission indirects (179 millions d'euros), ajoute Greenpeace.
L'appel lancé par Greenpeace lors de la publication du rapport, à savoir que “seules les entreprises ayant de véritables plans climatiques devraient pouvoir bénéficier de subventions, dans une mesure limitée et à condition que ce soutien conduise à une réduction des émissions de CO2”, semble être tombé dans l'oreille d'un sourd.
Le bénéfice net d'ExxonMobil pour le premier trimestre de cette année est d'environ 7,1 milliards d'euros, contre 3,7 milliards d'euros pour TotalEnergies.
BASF a enregistré un bénéfice de 808 millions d'euros pour le premier trimestre, contre 736 millions d'euros pour ArcelorMittal. Ces chiffres sont globaux et ne se réfèrent donc pas à chaque site au sein d'un pays.


