Une enquête commandée par la chaîne de services belge Auto5 a révélé que la moitié des jeunes conducteurs reportent l'entretien essentiel de leur voiture, même lorsque cela compromet la sécurité ou réduit la durée de vie de leur véhicule.
À première vue, cette affirmation soulève la question suivante : reflète-t-elle une véritable tendance sociétale ou sert-elle les intérêts d'une entreprise dont l'activité repose sur la vente et l'entretien de pneus ? Cependant, dans un contexte européen plus large, le tableau devient plus nuancé : bien que les études universitaires rigoureuses sur le sujet soient rares, plusieurs enquêtes indépendantes menées au Royaume-Uni vont dans le même sens.
Cependant, derrière le comportement des jeunes conducteurs se cache un changement structurel encore plus important qui inquiète les entreprises de services telles qu'Auto5 et les ateliers des concessionnaires : à mesure que les véhicules électriques se multiplient sur les routes, l'économie de l'entretien automobile est bouleversée.
Plus attentif aux prix
Que signifie l'enquête montrer ? Les jeunes conducteurs, soumis à des contraintes financières et conduisant souvent des véhicules plus anciens, semblent plus enclins que les conducteurs plus âgés à négliger l'entretien, à retarder les réparations ou à continuer à rouler avec des pneus usés, selon une enquête menée auprès de 800 personnes, commandée par Auto5.
“ Ils se révèlent nettement plus sensibles au prix : plus de la moitié d'entre eux (53,41 % TP3T) comparent activement les prix d'entretien, contre seulement 27,11 % TP3T des propriétaires de voitures plus anciennes. ”
“ Ils sont également beaucoup plus enclins à rechercher des alternatives moins coûteuses (60,61 TP3T contre 34,61 TP3T) et à passer d'un concessionnaire de marque à un garage indépendant multimarque (51,11 TP3T contre 37,51 TP3T). Les conducteurs âgés de 55 ans et plus sont les moins enclins à comparer les prix (24,31 TP3T), à rechercher des alternatives (28,41 TP3T) ou à changer de garage pour l'entretien de leur véhicule (361 TP3T). ”
“ Cette tendance à reporter l'entretien, combinée à l'augmentation des coûts de maintenance, a un impact direct sur la sécurité routière ”, prévient Auto5. “ Les véhicules mal entretenus sont plus sujets aux accidents causés par des défaillances techniques, les composants critiques tels que les freins, les pneus, la suspension, les systèmes de direction et l'éclairage jouant un rôle décisif. Les systèmes modernes d'aide à la conduite sont tout aussi vulnérables : ils ne fonctionnent correctement que lorsque les capteurs et le calibrage sont correctement entretenus. ”
Indispensable pour la sécurité
“Près de deux automobilistes sur trois sont tout à fait d'accord pour dire qu'un entretien régulier et adéquat est essentiel pour la sécurité (62,81 TP3T), la durée de vie de leur véhicule (62,31 TP3T) et la prévention des pannes (60,31 TP3T). Chez les jeunes conducteurs, cependant, ces chiffres baissent considérablement, passant à 51,8%, 44,9% et 42,4%, ce qui indique qu'ils sous-estiment clairement l'importance et l'impact d'un entretien adéquat. ”
Ces conclusions, partiellement confirmées par les résultats britanniques et principalement basées sur des déclarations volontaires, corroborent l'idée que les résultats d'Auto5 reflètent un véritable comportement plutôt qu'une anomalie belge isolée.
Cette tendance se dessine dans un secteur qui repose encore largement sur les véhicules à moteur à combustion interne (ICE). Au 1er août 2025, la Belgique comptait plus de six millions de voitures particulières immatriculées selon Statbel, et son secteur de l'entretien et de la réparation générait environ 4 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel.
Les véhicules électriques à batterie restant minoritaires dans le parc automobile, la grande majorité de ce chiffre d'affaires provient toujours des vidanges, des filtres, des freins et autres pièces d'usure classiques associées aux moteurs à essence et diesel.
Le secteur réalise chaque année des centaines de millions d'euros de bénéfices grâce aux travaux liés aux ICE. Dans ce contexte, le fait que les jeunes conducteurs négligent l'entretien de leur véhicule est plus qu'un simple problème de sécurité. Cela affecte directement les fondements économiques des garages, des chaînes de réparation rapide et des fournisseurs de pièces détachées.
Acteur responsable ?
Alors que le passage aux véhicules électriques continue de réduire la demande de services d'entretien traditionnels, Auto5 est confronté à une double pression : moins de visites aujourd'hui, car les conducteurs retardent l'entretien, et moins de visites demain, car les véhicules électriques nécessitent intrinsèquement moins d'entretien.
En présentant cette question comme un problème de sécurité plutôt que comme un problème commercial, l'entreprise espère se positionner comme un acteur responsable dans un contexte en pleine mutation, en utilisant des messages d'intérêt public pour renforcer la pertinence des ateliers alors que son modèle économique fondamental est remis en question.
Les chiffres financiers soulignent l'importance des enjeux. Le chiffre d'affaires d'Auto5 est passé de 92 millions d'euros en 2022 à plus de 106 millions d'euros en 2024, mais les bénéfices sont faibles et volatils.
La société a déclaré une perte en 2022, une rentabilité modeste en 2023 et un bénéfice net d'environ 1,2 million d'euros en 2024, soit une fraction infime de son chiffre d'affaires global. Avec près de 600 employés et des coûts d'exploitation fixes importants, même de légers changements dans le comportement des clients ou la composition de la flotte peuvent avoir des conséquences importantes.
L'industrie défend ses revenus vulnérables
Dans cette optique, la décision d'Auto5 de mettre en avant les habitudes d'entretien des jeunes conducteurs n'est pas seulement un avertissement en matière de sécurité routière ; elle reflète également la volonté d'un secteur qui tente de défendre une source de revenus vulnérable pendant une période de transition technologique.
Cette transition revêt une importance considérable. Les véhicules électriques nécessitent beaucoup moins d'entretien courant que les voitures conventionnelles : pas de vidange d'huile, pas d'échappement, pas d'embrayage, moins de pièces mobiles et moins de pannes mécaniques.
Les études menées dans le secteur indiquent que les revenus générés par l'entretien d'un véhicule électrique sont inférieurs de 30 à 45 % à ceux générés par l'entretien d'un véhicule à combustion équivalent. À mesure que leur part dans le parc automobile augmentera, les revenus liés à l'entretien des moteurs à combustion interne devraient chuter considérablement.
D'ici 2030, la Belgique pourrait voir ses revenus liés à l'entretien des véhicules à moteur à combustion interne chuter d'un tiers ; d'ici 2040, cette baisse pourrait dépasser 60 %. Un marché qui représente aujourd'hui 4 milliards d'euros va progressivement se transformer en un marché basé sur les pneus, les mises à jour logicielles, les diagnostics de batterie et les services liés à la recharge.
Les préoccupations en matière de sécurité vont de pair avec ces réalités économiques. Les jeunes conducteurs sont déjà surreprésentés dans les statistiques d'accidents en raison de leur inexpérience, de leur prise de risques et des voitures plus anciennes qu'ils ont tendance à conduire.
Retarder l'entretien, en particulier les interventions sur les freins ou les pneus, ne fait qu'accroître cette vulnérabilité. Cependant, l'Europe manque encore de données fiables établissant un lien direct entre le comportement en matière d'entretien en fonction de l'âge et les conséquences des accidents.
Les conclusions d'Auto5 doivent donc être considérées comme des signaux d'alerte plutôt que comme des preuves irréfutables, mettant en évidence un risque sous-estimé mais potentiellement important. Si l'enquête d'Auto5 illustre quelque chose, c'est bien la manière dont les habitudes des jeunes conducteurs et les progrès des nouvelles technologies sont en train de transformer non seulement notre façon de conduire, mais aussi la manière dont nous entretenons les voitures qui nous permettent de nous déplacer, voire notre décision même de les entretenir.


